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Pas de deux | Teodora

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poisoned soul

MessageSujet: Pas de deux | Teodora Mar 16 Juin - 16:38



Pas de deux
   ft. Teodora Serban

L’Opéra de Budapest était  un des bâtiments les plus monumentaux et les plus austères de la ville. L’italienne avait beau le dévisager sous toutes ses coutures de pierre à chaque fois qu’il entrait dans son champ de vision, elle ne parvenait jamais à lui trouver un charme quelconque. Seul son rôle dénichait une forme de grâce à son goût. Antre de la danse classique, repère des amateurs du sixième art, il était la scène parfaite des représentations les plus huppées de la capitale hongroise. Et ce soir, la vampire y avait réservé un siège particulier afin d’assister à l’une des places les plus appréciables le spectacle.

La « jeune » femme avait vêtu les atours que chaque habitué de ces lieux pouvait arborer. C’était certes un concours de richesse et d’opulence qui allait de pair avec tous ces ornements, toutes ces sculptures et ces manières policées, mais Apollonia n’y aurait renoncé pour rien au monde – car au-delà de la douceur facile du luxe, il n’y avait rien de plus délectable que de se sentir puissante et femme à la fois ; et seule une robe bleue roi parfaitement taillée pouvait permettre d’accéder à cette sensation.

Franchir les grandes portes de la salle principale réveilla en elle de vieux souvenirs. L’ambiance solennelle, quasiment religieuse qui y régnait ressemblait pour elle à la paix intérieure qui subsistait avant le début d’une tempête prometteuse. S’installant là où elle l’avait souhaitée, elle avait pris soin de se nourrir auparavant, s’épargnant ainsi les éventuelles petites faims qui auraient pu nuire à sa distraction. Elle se congratula de cette initiative, car cette nuit-ci, il y avait définitivement foule à l’Opéra.

Lorsque les tentures s’écartèrent et que la lumière se braqua sur la scène, le souffle factice de la Verrecchia se coupa pour toute la durée de la transe dans laquelle les danseurs la plongèrent. Ses iris eurent tôt fait de fouiller chaque silhouette pour y reconnaître finalement celle qu’elle cherchait depuis le début. Elle n’eut aucun mal à retrouver sa prestance gracile et ses mouvements fluides et dès lors décida de ne plus lâcher un instant cette dernière. Teodora brillait. Elle dansait aussi bien qu’elle faisait souffrir – car tuer n’était pas quelque chose qu’elle pouvait faire sans la moindre miettr d’état d’âme, songea ironiquement Apollonia avant de se replonger dans les sauts et les tournoiements de l’humaine.

Après deux heures qui parurent avoir défilé comme de ridicules secondes pétillantes et trop fugaces, le public avait salué la performance et avait choisi de retourner à sa vie routinière et mortelle. Elle avait été la dernière à se lever, mais la première à emprunter un accès dérobé qu’elle connaissait grâce à Teodora.

Son talent pour se fondre dans les tréfonds obscurs lui permit d’accéder aux coulisses avec une aisance enfantine. Elle savait déjà où elle devait, non, où elle voulait aller. Ses pas parcouraient sereinement les corridors et lorsqu’elle déboucha dans les loges réservées aux artistes, Apollonia s’y reprit à deux fois avant de s’engouffrer dans un silence et une discrétion totale dans celle qui portait le nom de la chasseuse. Elle n’y était pas encore, mais les affaires qu’elle y avait abandonnées lui signalaient qu’elle reviendrait. Parfait, souffla la malice perverse de son esprit alors qu’elle s’installait paisiblement dans un fauteuil, à l’opposé du large miroir éclairé et de la coiffeuse.

La porte sembla avoir attendu cet instant exact pour s’ouvrir et dévoiler à la fois l’hôte et l’invitée de cette farce. Le regard de la vampire alla du visage de Teodora au large bouquet de clématites qui trônait royalement sur le rebord de la table de maquillage, cadeau ostentatoire qu’elle avait prévu de faire livrer depuis le début. « Tu aimes ? J’ai souvenir que c’était tes préférées. » Apollonia sourit, ses lèvres rouges dévoilant une dentition parfaitement inoffensive. Elle lui sourit comme elle a pu le faire pendant des mois, sans arrière-pensée, presque enfantine.

Et elle soupire même comme si elle se pinçait de la méfiance polaire de son interlocutrice. « Allons, ne me regarde pas comme ça. Je ne suis pas un monstre. » La brune ose tenter l’esquisse d’un pas vers elle. Il y a encore suffisamment de mètres qui les séparent et pourtant l’italienne n’ignore en rien que chacun de ses gestes est soupesé, surveillé, prédit, suivi par la chasseuse. C’est sa nature, c’est ce pour quoi elle est faite et destinée, il n’y a rien d’étonnant à cela. Avec le temps, Apollonia s’est habituée à ce que chacune de leur rencontre se mue en un ballet où la proie et le prédateur sont deux rôles inconstants.
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MessageSujet: Re: Pas de deux | Teodora Mar 16 Juin - 18:05



pas de deux
ft. apollonia

Son reflet lui rendit son regard déterminé, Teo réajusta le tutu, les pointes, puis abandonna derrière elle sa loge – elle laissa un dernier regard sur les objets qu'elle y laissait, vérifiant qu'elle n'oubliait rien d'important. Elle redressa sa posture, détendit ses épaules et suivit le mouvement vers la scène de l'Opéra.

Aucun cheveu ne dépassait du chignon serré de Teodora, les cheveux bruns parfaitement lissés sur le haut de son crâne : aucun détail n'était laissé au hasard, car ce soir, elle se devait d'être la perfection, encore plus que d'habitude. Les gens ne la jugeraient pas sur sa marque de chasseuse ou le nom qu'elle portait, non, tout reposait sur sa danse ce soir là. Elle allait briller – parce qu'elle ne savait faire que ça, Teodora, c'était briller, ou rien. La brune attendrait avec impatience les critiques qui valoriseraient son dur labeur, qui la féliciterait. Un sourire se dessina sur ses lèvres, elle jeta un regard aux autres membres du corps de ballet, alors qu'ils prenaient leur place.  Teo prit la sienne, inspira profondément.

Elle ne voyait pas le public : elle n'avait pas le temps de s'attarder sur les visages dans la foule, trop occupée à s'élancer, ressentir l'émotion qu'elle faisait partager à travers ses gestes pour arrêter son regard à des endroits précis. Elle captait les regards, fixés sur elle, mais Teodora n'aurait pas pu dire si celui-là était quelqu'un qu'elle connaissait, ou un simple inconnu. C'était peut-être pour le mieux : si elle avait vu Apollonia au milieu des autres, elle n'aurait exprimé qu'une chose, une incontrôlable envie de la tuer. Mais Teo ne l'avait pas vu, et elle dansait, aussi bien qu'elle pouvait danser, sans se soucier de savoir que la vampire l'observait.

Tombée du rideau, deux heures plus tard. La jeune femme relâcha la pose finale, haletante, un sourire sur le visage. Elle sera dans ses bras quelques collègues, se félicitant pour le spectacle. Teodora songeait déjà à retrouver le confort de son appartement, reposer ses muscles et membres après cette représentation intense. Elle fit quelques étirements dans les coulisses, laissant les autres danseurs prendre de l'avance, se répartir dans les loges.  Elle attrapa sa bouteille d'eau et dévala les marches, prenant le chemin de sa loge - « Teodora Serban » était-il écrit, à côté de la porte. Teo afficha un petit sourire. Elle posa sa main sur la poignée, défaisant son chignon de sa main libre.

Son sourire disparu bien vite.

Ses yeux s’élargirent, ses sourcils se foncèrent alors que ses pupilles allaient et venaient entre la vampire, installée comme une reine dans son domaine, le bouquet sur le table et son sac à main dans lequel Teodora gardait toujours une arme enduite de sang de lycan. Bien trop loin pour qu'elle puisse l'atteindre. Merde. Elle serra les poings, retins son souffle, comme si elle s'attendait à ce qu'elle se jetât sur elle pour l'attaquer.
« Tu aimes ? » demandait Apollonia et Teodora ne décocha pas un mot, la mâchoire serrée. Ne te laisses pas tromper. Ce n'est pas une innocente. Pensa Teo, fixant ce sourire qui s'affichait sur le visage de la femme. Sourire charmant, séduisant, repoussant, détestable.
Pourquoi diable avait-elle fermé la porte derrière elle ? Elle se sentait prise au piège par sa propre négligence, le dos contre la paroi alors que l'autre s'approchait d'elle. La chasseuse laissa échapper un rire sans joie. Pas un monstre ?

Pas un monstre, non, peut-être pire.

Teodora traversa la pièce, frôlant la vampire, agissant comme si elle n'était pas là, pas importante. Elle poussa le bouquet de fleurs au sol, sans un regard – elles étaient peut-être ses fleurs préférées, mais ce n'était pas une raison pour les accepter – attrapaa le sac, où l'arme résidait sagement, le gardant à portée de main. La brune releva le menton, se retourna pour lui faire face, restant sur ses gardes.

Qu'est-ce que tu veux, qu'est-ce que tu fais ici ?  le ton était froid, cassant, les mots étaient crachés. Je pourrais te tuer. Teodora n'ajouta rien.

Elle se garda bien se prononcer son prénom – elle redoutait de le sentir contre sa langue, contre ses lèvres, comme un poison.

Teodora fixa la brune, droit dans les yeux, laissant la danseuse pour laisser place à la chasseuse.
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MessageSujet: Re: Pas de deux | Teodora Lun 22 Juin - 16:43



Pas de deux
  ft. Teodora Serban

La chausseuse la défiait des pieds à la tête, lui ordonnait presque physiquement de déguerpir sans qu’aucun mot ne vienne approuver cet aura de méfiance glacée. Apollonia n’avait jamais guère eu besoin de l’empathie lycanthropique ou des talents de psychologie d’un spécialiste pour savoir que Téodora n’aimait pas sa présence et la rejetait avec la virulence d’un organisme souhaitant annihiler un virus mortel. Du moins c’était ce qu’elle avait toujours pensé depuis qu’elles avaient rompu – depuis qu’elle avait découvert qu’elle la trahissait, depuis le début, que ce n’était qu’un mensonge. Ou pas ? L’italienne ne pouvait s’empêcher de graviter autour de la danseuse comme un électron libre maudit, un aimant irrésistiblement attiré par celui qui pourtant finissait toujours par le repousser. Une danse sans fin entre les deux femmes que la vampire n’était en aucun cas prête à interrompre. Quant à savoir pourquoi …

Faussement consternée par tant de facilité devant l’insulte, ses yeux se lèvent au ciel alors que son interlocutrice prend enfin la parole et fait entendre sa voix. Ce n’était bien sûr par pour la flatter ni l’encourager, là encore il n’y avait pas de surprise, tout juste une petite toux d’amusement que l’immortelle ne chercha même pas à réprimer. « Tu exagères. » Surnaturelle, fantastique, sans doute. Monstrueuse ? Peut-être aussi. Indubitablement. Mais de sa bouche à elle, c’était une arme dont on avait enclenché la détente, une balle tirée en plein cœur sans sourciller. Dommage, il y manquait cette once de conviction, cette touche finale qui distinguait le désir réel du souhait factice. Apollonia préférait, elle, le voir comme un compliment ; elle incarnait en quelque sorte le cauchemar qui hantait l’existence de la jeune femme depuis bien assez de temps pour être qualifiée de monstrueuse …

Un sourire énigmatique se forma sur sa bouche carmine alors qu’elle passe à côté d’elle. Un ridicule centimètre les a séparées et malgré tout la vampire se maudit, se hait de suivre du regard sa silhouette, de ne pas réussir à détacher ses yeux d’elle – et pas uniquement parce qu’elle la sait capable de lui planter une lame en plein cœur. Elle la retirerait tout aussi vite après, songe t-elle avec un rictus intérieur, et Apollonia se tourne, orientée vers elle comme le tournesol face au soleil.

Sa présence l’intrigue et l’irrite, la brune en a parfaitement conscience. Elle avance d’un pas vers la Serban. Un suffira à la tendre d’anxiété. « Eh bien ça me paraît évident non ? » Elle franchit encore quelques poignées de centimètres mais finit par arrêter sa provocation et annonce, le plus sérieusement du monde. « Je suis venue te féliciter. Tu as été talentueuse ce soir. »

La sincérité est désarmante, troublante, trop pour pouvoir être complètement crédible. L’humaine l’avait suffisamment connue et cernée pour la savoir capable des plus affreux mensonges. Néanmoins à cet instant, dans ses iris, quelque part dans son timbre de voix, le spectre de la vérité a laissé des traces. Se pouvait-il qu’elle soit nostalgique de ce temps où elle avait pu être spectatrice de ses heures de gloire sans être repoussée, considérée comme une ennemie létale ? Elle poursuit, sans se démonter, calmement, méthodiquement. « Ca faisait un moment que je voulais venir te voir mais … J’ai supposé que tu n’allais pas être d’accord. Et puis j’ai décidé de ne pas me soucier de ton avis. » Apollonia rit, faisant valser la certitude qu’elle ne ment pas cette fois-ci. « Tu n’es pas obligée de voir le mal dans tout ce que je fais, Téo. » Difficile d’y croire, encore plus difficile de ne pas être tentée de céder à cette suggestion. Parfois, Apollonia pouvait être si douce, si agréable …
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MessageSujet: Re: Pas de deux | Teodora Lun 22 Juin - 19:59



pas de deux
ft. apollonia

La tension était tellement palpable, elle étouffait Teodora. Elle n'avait pas pour habitude de fuir, non, elle affrontait les problèmes tête haute jusqu'à vaincre, mais à cette seconde là, elle aurait voulu pouvoir s'éloigner le plus possible de la vampire. Elle croisa les bras, barrière plus qu'inutile dans la situation, alors qu'elle s'acharnait à afficher un visage totalement dénué d'émotions – si ce n'est un dégoût. Mais la première personne qu'il fallait convaincre, c'était Teodora. La petite voix au fond d'elle ne s'empêchait pas de fanfaronner joyeusement : avoue, Teo, tu es plutôt ravie qu'elle soit là, non, avoue le.  Elle aurait voulu l'étouffer, cette misérable petite voix, et tuer de sang-froid Apollonia. La danseuse devait se contenter de la foudroyer du regard.

Elle secoua la tête, chassant les paroles de l'italienne. Mensonge, mensonge, encore des mensonges – tentait-elle de se persuader. Les mots de la femme était un poison, un doux poison certes, mais qui pouvait la tuer comme n'importe quel autre poison. Apollonia s'acharnait à réduire les centimètres, lentement, jouant avec sa – non, Teodora n'était pas la proie. Elle pouvait retourner la situation, si elle le voulait. Si elle le voulait. lui susurra sa petite voix, amusée.

Tu aurais du te contenter d'une carte. Cracha-t-elle. Son regard essaya de sonder celui de la vampire – vérité, mensonge, elle tentait de faire le tri dans ses émotions et sa raison. Elle essayait de ne pas être touché par le compliment – elle lutta contre l'envie de sourire, ravie qu'on reconnaisse son talent.

Mais non, le rire de la brune brisa le vague espoir de sincérité. Teo ferma les yeux, inspira pour calmer ses pulsions. Apollonia ne révélait pas ses bons côtés, seulement le côté destructeur, les pulsions meurtrières, l'envie de tuer qui se terrait depuis qu'elle avait tué son premier vampire. Teo serra la mâchoire – en plus de s'inviter dans sa loge comme si elle était chez elle, elle la connaissait trop bien. Et Dieu, que Teodora détestait savoir qu'on la connaissait si bien. Elle détestait aussi la manière qu'elle avait de prononcer son nom. La chasseuse glissa ses doigts à l'intérieur du sac, les refermant sur le manche du couteau. Geste qui la rassurait et bizarrement, la calmait.

Et bien tu m'as vu. J'espère que tu es contente, tu peux partir maintenant. A moins que tu préfères que je te tranche la gorge – qu'on en finisse. La menace était très claire, Teodora sourcilla à peine. Elle campa sa position, ses yeux dérivant, observant le visage de la vampire, qu'elle connaissait que trop bien. La chasseuse pinça les lèvres. Non, tu ne veux pas de mal ? Pardon, j'ai dû confondre, tu n'es pas une tueuse, une menteuse ? Non, ça ne devait pas être toi.

D'un pas, Teodora se rapprocha d'Apollonia. Les souvenirs se pressaient à la surface, pour lui rappeler le goût des baisers échangés – des erreurs. Elle voulait la repousser et se trouvait toujours attirée dans l'orbite de la vampire, poussée par une force qu'elle ne contrôlait pas. Elle fit tourner le balisong entre ses doigts fins, souffla à mi-voix.

Sors d'ici, Apollonia. Sors de ma vie, je dirais même. Je pensais avoir été assez claire la dernière fois.
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MessageSujet: Re: Pas de deux | Teodora Jeu 25 Juin - 16:07



Pas de deux
  ft. Teodora Serban

Un soupir mourut sur ses lèvres, désolé, profondément blessé. La brune repoussa d’un geste guindé une mèche, dégageant son épaule. Elle tiquait vraisemblablement sur cet entêtement de la part de Teodora à couper tout lien avec elle, sans saisir – ou sans vouloir comprendre – la nuisance qu’elle pouvait représenter et qu’elle aimait en réalité incarner. Au départ, si elle avait approché la danseuse, ça n’avait été que par calcul et par arrangement. Une façon de se protéger d’une famille de chasseurs, un moyen d’en savoir plus sur eux, peut-être même une occasion d’en éliminer une trop faible et de marquer le coup. Mais quelque chose quelque part avait fait dérailler la trajectoire de ses projets. Et elles étaient devenues l’une pour l’autre un mauvais souvenir dont on peine cependant à se séparer. Sa voix se mua, perdit de sa chaleur. « Il me semblait que la dernière carte que je t’ai envoyée n’a jamais été lue. » Ne me prends pas pour une imbécile, approfondissait son regard assombri par les lueurs tamisées et la tension diffuse qui contaminait jusqu’à ses songes.

Jusqu’alors, ses taquineries n’avaient été que d’une légèreté presque vaporeuse. Mais sa consoeur changeait d’angle, se faisait plus mordante, incisive. Ce qui éveillait ses propres instincts. « Me trancher la gorge ? » Apollonia éclata de rire à nouveau sans se soucier de l’ostentation de sa moquerie. Bien sûr qu’elle dédaignait les menaces de son ancienne amante. Elle n’avait jamais vu la couleur de ces dernières depuis leur rupture. Elle craignait au départ une revanche sur le tard, des représailles à contre-coup. Avec le temps, sa méfiance s’était assoupie et avait laissé place à une impatience frustrée. Sa colère était aussi légitime que verbale et ne s’était en conséquence jamais exprimée dans le meurtre ou dans le coup de sang. Pourtant Apollonia n’avait attendu que cela, de la voir exploser, de la contempler alors que la folie la rongerait et qu’elle se laisserait séduire par l’idée de la réduire au silence, avec douleur et lenteur.

Teodora était bien trop raisonnée et maîtresse d’elle pour ça. Trop accrochée à son self-control, son confort. C’était sans doute pour cela que les choses avaient commencé à se dégrader entre les deux femmes. Apo avait refusé de considérer la paix intérieure comme une possibilité de vie.

Elle écarta lentement ses deux bras, formant une symbolique plutôt étrange et ironiquement similaire à la position du Christ condamné sur sa croix, avant de rétorquer dans un feulement outrancier. « Mais je t’en prie, Teodora Serban ! Fais ton office ! Je meurs d’impatience de voir ça. » Nul doute qu’elle oserait s’approcher d’elle pour tenter une attaque. A moins que la peur de ne courir un danger plus osé, plus audacieux la bride de toute volonté de contact, même brutal, avec l’immortelle. L’italienne n’aurait su le prédire avec certitude.

L’immortelle poursuivit, l’étincelle dans ses iris et la vibration dans sa voix se durcissant au fur et à mesure qu’elle parlait et avait choisi de conserver un seul mètre de sécurité bien trop maigre entre elle et l’humaine. « Tu ne me donnes pas d’ordre. Je fais ce que je veux. » L’autorité était difficile à digérer pour elle que l’on avait brimé et entravé trop longtemps durant son existence. Même de sa part à elle, après l’affront qu’elle lui avait fait, elle ne l’acceptait pas si facilement. « J’ai toujours toléré tes fantaisies et tes emportements réguliers à mon égard mais ne joue pas à ce jeu là avec moi, Téo. Toi comme moi savons que si tu es armée, je ne suis pas en reste de ce côté-là. Et je m’en voudrais de te blesser, toi. » Et c’était vrai. Elle non plus n’avait jusqu’à ce jour jamais réellement attenté à la vie de la chasseuse. Détruire sa distraction la plus prolifique n’était pas un bon plan pour quelqu’un qui avait encore de bonnes dizaines d’années à vivre devant elle. Malgré tout, elle n’ignorait pas l’envie profonde, sous-terraine de déchiqueter délicatement cette fine carotide qui palpitait, tentatrice. Elle ne pouvait pas faire taire la soif de violence, celle concentrée sur cette fille sortie de nulle part qui avait détruit quatre centenaires de joyeuse auto-destruction pour venir y jeter son grain de sable. Elle n’acceptait pas, elle n’accepterait jamais de la laisser à quelqu’un d’autre. Morte ou vivante, Téodora n’avait aucunement le droit de périr de la main d’un autre qu’elle et c’était quand elle l’aurait choisi. Simplement. Egoïstement. « Enfin, je crois. Je ne souhaite pas vérifier cela pour le moment, n'est-ce pas ? » Son sourire, à cette seconde, n’avait plus rien de charmeur ; il était devenu carnassier.
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MessageSujet: Re: Pas de deux | Teodora Jeu 25 Juin - 19:19



pas de deux
ft. apollonia

Ouvertement, Apollonia se moquait d'elle – Teodora serra les poings, elle tremblait. Elle était sûre, presque sûre que la vampire se réjouirait de la voir s'abaisser à une telle extrémité, de laisser la folie meurtrière prendre le dessus, de se laisser aveugler par une colère brûlante – si elle faisait ça, Teo lui prouverait que... Que quoi, exactement ? Qu'elle n'était pas mieux qu'une vampire, qu'elle n'était pas aussi « parfaite » qu'elle le pensait, qu'elle n'était pas aussi maîtresse d'elle-même qu'elle aurait voulu l'être ? Quoi que cette action aurait pu prouver, Teo ne voulait pas le voir, ni l'admettre, préférant s'enfoncer dans sa fierté.
« Fais ! » disait Apollonia, un frémissement dans les muscles dans le bras de Téo en guise de réponse – c'était si simple de tuer, à vrai dire. Il suffisait d'une seconde – et c'était la mort. Purement et simplement. Un frémissement, et Teodora obéissait, collant le couteau contre la gorge de son ancienne amante, dangereusement proche – il aurait suffit qu'elle appuie, que l'acier entre en contact avec la peau froide de la brune, et tout serait fini. C'était si simple. Ses yeux fixèrent les siens, inspirant trop bruyamment, traduisant que son calme n'était qu'apparent. En écoutant un peu, on entendait facilement le cœur de la Serban battre à tout rompre, à chaque mot de la vampire.

Très bien. Fais ce que tu veux, vas-y. Mais tu ne peux pas attendre de moi que je t'accueille à bras ouvert. Ce que tu veux n'est pas ce que je veux, et ne le sera jamais.

Il y avait bien eu une époque où ce qu'Apollonia voulait aurait pu correspondre aux volontés de la danseuse, mais si ce temps-là avait existé, il était maintenant révolu, réduit à l'état de mythe.
Teodora fronça les sourcils, gardant le couteau contre la gorge d'Apollonia, sans faire un geste de plus. Elle s'en voudrait, vraiment ? Teodora baissa les yeux, un sourire aux lèvres. Quelle blague. Ou non. Au fond, la jeune Serban voyait bien l'once de vérité – elles ne s'étaient pas encore entre-tuées, peut-être parce que ni l'une, ni l'autre ne le voulait réellement. Elle pouvait prétendre ce qu'elle voulait, elle avait l'occasion de la tuer, mais elle ne l'avait toujours pas fais. Quel échec. Teodora soupira, recula avant de planter d'un geste rageur le couteau dans le bois de la coiffeuse. Elle tourna le dos à Apollonia.

Qu'est-ce qui te retiendrais ? Tes sentiments? fait-elle, un brin provocatrice, alors qu'elle s’affairait, comme si de rien était. Retirait ses pointes, enfilait un jogging par dessus son justaucorps. Comme si quelques secondes plus tôt, elle n'avait pas une arme pointée sur la vampire.

Peut-être que si elle l'ignorait, elle finirait par disparaître – c'était le principe que Teodora cherchait à appliquer vis-à-vis d'Apollonia. Comme un mauvais rêve, si elle arrêtait de penser à elle, elle finirait par retourner dans l'ombre, comme un vague souvenir. Et c'était un cuisant échec à chaque fois, il fallait se rendre à l'évidence. Il aurait fallu qu'elle perde la mémoire pour que cela marche. Et cela n'était pas prêt d'arriver, non. Elle devait faire face à son démon – démon qui avait des yeux de biche et une gueule d'ange.

S'il te plait, le mot lui écorchait la bouche, comme s'il était couvert d'épines. Dis moi qu'est-ce que tu attends de moi, exactement ? J'ai du mal à comprendre qu'est-ce que tu retires de tout tes petits jeux.

Car ce n'étaient que des jeux, non ? Un jeu incessant du chat et de la souris dont les rôles alternaient en permanence, mais Teodora peinait à voir la finalité de tout ça.
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MessageSujet: Re: Pas de deux | Teodora Mar 7 Juil - 14:19



Pas de deux
  ft. Teodora Serban

La lame se posa tout contre elle, douceur métallique qui frôlait l’épiderme de son cou. Teodora lui tenait la dragée haute et elle, elle était acculée par une menace véritable – pour une fois. Elle entendait distinctement chaque pulsation du cœur humain battre à tout rompre, appel lancinant à l’outrage fatal. Sans même chercher à la guetter, chaque inspiration que Teodora prenait, Apollonia la vivait comme un rappel fulgurant de la différence fondamentale et irréversible qui les séparait. Elle était vivante, et elle morte. C’était un cadavre doté d’une puissance phénoménale, et elle une humaine bien trop fragile et forte à la fois. En définitive, elles continueraient toujours l’une et l’autre de s’opposer. Et malgré ça, malgré la facilité que l’italienne aurait eu à rompre le cou de la danseuse, malgré l’évidence même qu’une haine féroce s’ancrait en elle en songeant à quel point Teodora Serban pouvait être idiote quand elle jouait le rôle de la chasseuse, elle ne faisait rien pour rompre cet équilibre parfait. Parce que l’une sans l’autre, ce n’était pas tout à fait la normalité à laquelle s’était confortablement habituée la brune.

Ca faisait un an qu’elle l’attendait, cette fichue épée de Damoclès ; mais ça n’était pas la première fois qu’elle se retrouvait sous le fil d’une lame tenue par la jeune Serban. Elle guettait son « second décès » comme on essaye d’espérer un passage du Père Noël étant enfant. Avec espoir et utopie. Elle a presque envie de voir comment ça se passerait ; rien que pour la féliciter ou au contraire désapprouver un choix trop méthodique, trop prévisible. Mais Teo n’osait finalement pas, Teo se retenait à chaque fois – ou quelque chose la retenait, quelque chose auquel Apollonia préférait ne pas songer par crainte de se faire berner par un jeu quelconque de manipulation. L’aînée des Serban était bien plus talentueuse qu’elle ne voulait le laisser paraître sous ses tutus vaporeux et ses chignons disciplinés. Elle avait été entraînée par une famille qui portait une réputation honorable dans son domaine. Elle s’était laissée duper une fois, la deuxième n’arriverait jamais.

L’ombre du balisong disparut finalement, et à regret Apollonia vit la jeune femme s’éloigner d’elle, comme si de rien n’était. Comme si elle avait rêvé ces secondes où elles avaient retrouvé une proximité. C’était devenu, tristement, les seules occasions où elle pouvait voir Teodora revenir vers elle. Dommage que cela fut simplement pour attenter à sa non-vie.

La question qui suivit irrita son regard, fit vaciller son assurance et bouscula son calme. Un instant, Apollonia eut envie à son tour de la saisir par le cou et de serrer fort, si fort, jusqu’à voir les veines palpiter et sentir la vie s’étioler chez elle. Elle n’avait pas le droit de la provoquer comme ça, surtout pas si aisément. Elle lui rappelait des relents de souvenirs qui lui déplaisaient, qui la contrariaient. Des sensations qu’Apollonia souhaitait parfois conserver, et la plupart du temps oublier. « Non. Tu sais bien que je n’en ai plus depuis un bon bout de temps, Teo. » finit par répondre la vampire avec un flegme dédaigneux.

Et après la moquerie, le vrai souci. L’inquiétude qui brûlait ses lèvres et l’aurait poussée à faire tout, tout et n’importe quoi pour simplement échapper définitivement à ses incessants tourments. Apollonia le savait, elle était devenue une véritable pandémie aux yeux de la brune. « Je ne sais pas. » confessa l’immortelle. « J’ai pris l’habitude de t’avoir près de moi. Qu’est-ce que j’y peux ? Peut-être que tu me manques. Peut-être que ça s’appelle comme ça. » Un soupir, mais pas de sourire. « Ou peut-être que j’étais juste venue voir si je pouvais me nourrir ? » Le sérieux frappant avec lequel Apo énonçait cette hypothèse aurait eu de quoi enrager à nouveau la chasseuse. D’une main qui voulait tempérer le feu qui pouvait probablement consumer son interlocutrice, la napolitaine coupa. « Rassure-toi. Aucun spectateur n’y est passé. Je trouve ça dommage de se goinfrer à l’apéritif quand on a déjà vu à quel point le dessert avait l’air délicieux. » Son regard évocateur n’avait rien perdu et ce n’était en aucun cas un jogging informe qui cachait ce qu’elle connaissait déjà très bien et l’empêchait, par conséquent, de faire se sentir mal à l’aise la concernée.

La vampire s’était écartée de la porte depuis un moment. La voie aurait pu donc être naïvement considérée comme libre : en réalité, elle ne l’était pas tant qu’elle ne l’aurait pas clairement énoncé. « Ta petite sœur et ton petit frère vont bien ? Je ne les ai pas vus depuis un moment. » Elle prenait des nouvelles d’autrui comme on cherche, l’air de rien, à les immiscer dans des affaires dont ils sont encore épargnés. Elle calculait déjà sans vraiment laisser entrevoir ce à quoi elle pense.
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MessageSujet: Re: Pas de deux | Teodora Ven 17 Juil - 14:42



pas de deux
ft. apollonia


Mais est-ce que tu en as déjà eu, ne serais-ce qu'une seule fois ? attaqua verbalement la chasseuse.

C'était plus facile d'hair Apollonia si Téo lui refusait toute forme d'humanité. Si elle la dépeignait comme un monstre sanguinaire, sans pitié, plus proche d'une bête que d'un humain, c'était tellement plus facile d'oublier ses lèvres carmines, son toucher glacé sur sa peau, les intonations de sa voix quand elle prononçait son prénom... Tout aurait été tellement plus simple si Apollonia n'avait jamais fais preuve d'humanité envers elle – vraie ou fausse, là n'était pas la question.

Teodora jeta ses affaires au fond de son sac, se tourna pour faire face à la vampire, s'attendant à voir ce sourire moqueur qu'elle détestait tant sur son visage – mais elle ne vit qu'un sérieux surprenant de la part d'Apollonia. Déstabilisée. Elle fronça les sourcils, comme si l'idée même qu'elle puisse manquer réellement à Apollonia soit impossible. Elle fit rapidement taire la petite voix dans sa tête qui s'emballait. La vampire reprit – Teo serra les poings.

Bien sûr. Est-ce ta manière tordue de me supplier de revenir vers toi ? Un sourire faussement amusé. Tu devrais arrêter de perdre ton temps. C'est ridicule. Et parfaitement inutile. Mensonge.

Elle secoua la tête. Bien sûr, Apollonia ne s'était pas nourrie – elle n'aurait pas osé faire ça, dans l'Opéra, un des seuls endroits où Teodora se sentait complètement maîtresse d'elle-même. Cela aurait été plus qu'un affront, une déclaration de guerre aux yeux de la danseuse.
Elle ferma les yeux, ignorant la remarque de la vampire, enfilant un t-shirt noir par-dessus, masquant ses formes. Elle réprima les souvenirs qui remontaient à la surface, merci le regard qu'elle lui jetait. Teo se sentait fatiguée. Apollonia la drainait de ses forces – lassée d'être sur le qui-vive, lassée de ce combat permanent, mais pas assez sotte pour baisser la garde.

Elle jeta la lanière de son sac sur son épaule, contemplant la porte ouverte. La liberté – ou presque. Apollonia ne la laisserait pas partir si facilement. Teodora fit un pas. Deux. Se retrouva de nouveau proche de la femme.
La brune se mordit la joue, jusqu'à sentir le goût métallique du sang dans sa bouche. Dans son regard, une lueur de colère s'alluma, ardente, brûlante.

Ne t'approche pas d'eux, gronda Teodora, d'une voix basse. On ne touchait pas à son frère et sa sœur. Teodora était souvent sur la défensive, mais encore plus lorsqu'on mentionnait Léopold et Izabella – une de ses faiblesses. Tu peux me tourmenter si c'est ce qui t'amuse. Mais laisse Izabella et Léopold en dehors de... Tout ça.

Mêlée à cette flamme de colère, il y avait celle de l'inquiétude, aussi, malgré la dureté d'acier du ton de la danseuse.
Apollonia était son problème, son cauchemar personnel – ni Iza, ni Léo n'avaient besoin de ça. Même s'ils avaient été capables de se débrouiller avec une vampire telle qu'Apollonia, de manière possessive, Téo ne voulait pas que quelqu'un d'autre s'occupe d'Apollonia.

Elle détestait cette pensée.

Tu m'as eu, Apo. fit Téo. Pendant un moment, tu m'avais et ç'aurait pu être parfait, admit-elle à contre cœur, cela se sentait dans sa voix, si tu n'avais pas été une menteuse. Tu ne peux t'en vouloir qu'à toi-même si je te manques. Ne continues pas de me tourmenter à cause de tes échecs. Je ne suis plus – pas se corrigea Teodora, ton jouet.

La chasseuse tourna les talons vers la porte.
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MessageSujet: Re: Pas de deux | Teodora Ven 17 Juil - 15:13



Pas de deux
  ft. Teodora Serban

Apollonia ne répondit pas. Elle n’en voyait plus l’intérêt ni le plaisir. Cet entretien avait achevé d’être amusant, il état devenu dérangeant, chargé d’une amertume désagréable en bouche. Et plus elle s’emmurait dans son silence, contemplant la Serban, plus celle-ci prenait l’ascendant, menait la danse, parlait, parlait, refusait de se taire, la condamnant à la noyer dans un flot de fiel où la vérité avait des accents piquants.

Ses yeux sombres s’étaient éclairés d’une flamme malsaine. L’immortelle ne lui céda pas un pouce d’écart, restant toujours distante à elle mais conservant le nombre exact de centimètres qui les séparait alors que Teo se dirigeait vers la sortie, comme si elle eut été guidée par la danseuse de la même manière que deux aimants. « Je t’apprécie beaucoup, Teodora, mais ne dépasse pas les bornes. Ca serait regrettable de devoir abîmer ton joli visage. » Aucune trace pourtant de remords dans sa voix lorsqu’elle formula une telle hypothèse. Si elles étaient toutes les deux encore là, face à l’autre pour parler et se blesser, se mettre à l’épreuve finirait un jour par faire commettre l’irréparable à celle qui perdrait toute patience.

Pendant une seconde, les doigts de l’humaine se posèrent sur la poignée, son dos se déroba à son attention. Pendant une fraction ridicule de temps, elle lui laissa croire qu’elle avait le choix de la laisser là, en plan, et de reprendre les choses en main.

Puis, plus rapide que l’ombre, dans un froissement de tissu, Apollonia s’était retrouvée tout contre la danseuse, son bras rencontrant dans un fracas brut la porte qu’elle bloquait d’une main pâle et dangereusement crispée. « Tu as le culot de croire que je pourrais te supplier ? » De séductrice, son attitude était devenue anxiogène, glacée ; meurtrière. Teodora avait été loin dans son refus, brusque et douloureuse avec les mots qu’elle avait choisi de lui planter dans son cœur décédé. Les pieux verbaux enchaînés avaient réveillé son ego mal dimensionné et Apollonia avait réagi. A la frontière de ses doigts, le bois de la porte s’était marqué de veines inhabituelles, fendillées – la violence inhumaine du choc. La colère n’était pas feinte. A voix basse, veloutée, prédatrice, elle gronda. « Et tu oses me traiter de menteuse … Ne me prends pas pour une imbécile, on sait toutes les deux qu’une Serban ne finit qu’avec une vampire que pour l’avoir empaillée au dessus de sa cheminée. » S’il fallait que l’une ait l’avantage sur l’autre, ce devait être elle et uniquement elle. Pas Téodora. Elle était l’humaine, la brisable, celle dont la vie avait une fin tangible et connue. Sa colère empoisonnait son esprit et elle dut se contrôler pour ne pas céder à l’impulsion attisée par l’odeur du sang qu’elle avait détecté – quelque part, d’une façon ou d’une autre, elle était toujours là pour se rappeler à son souvenir éternellement avide. « Je ferai ce que bon me semble. » conclut-elle, et son regard qui s’épingla à celui de la trentenaire avait des relents de menace.

Apollonia savait que maintenant le rempart de sa fureur dépassé, il n’en faudrait pas beaucoup plus pour que cela effraie mais aussi intrigue Teodora. La chasseresse lui offrit d’elle-même le moyen de dissiper les non-dits de cette réaction disproportionnée en lui rétorquant qu’elle n’était pas un pantin ni un objet soumis à ses envies. Un rire fit frémir sa gorge, et elle esquissa un sourire mauvais. Ses lèvres n’avaient pas besoin de frôler son oreille pour qu’elle entende distinctement l’ironie qui suintait de ses paroles. « Et puis ne fais pas comme si tout ça ne t’avait pas plu. » Elle aurait pu arrêter la provocation à ce stade, mais ce n’était jamais assez suffisant pour Apollonia qui n’avait pas la notion du juste, du raisonnable en habitude. « Qui sait, peut-être même qu’Izabella sera plus réceptive que toi ? »

Teodora allait forcément répliquer. Elle allait la saisir par la gorge, lui planter cette foutue lame pour de bon en plein ventre. Peut-être même qu’elle irait jusqu’à la frapper – elle l’avait déjà fait. Mais avant même qu’un geste ne fut esquissé, la silhouette de la vampire disparut. Lâche, volatile, éphémère. Elle avait eu tout de la réalité physique d’un cauchemar.
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