Il ne faut pas oublier de laisser un petit commentaire sur prd et bazzart.
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walking with a ghost (judah)

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Mircea Brâncuși
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MessageSujet: walking with a ghost (judah) Dim 14 Juin - 10:36



walking with a ghost
Is there anything I could do just to get some attention from you?
In the waves I've lost every trace of you, where are you?

L’absence marque les années, le temps passé à hurler, à s’en déchirer les poings, les stries vivantes. La dépendance ne l’a jamais quitté. Des lettres écrites, des mots envoyés à toutes les adresses connues, à tous ces lieux où ils ont vécu, les lieux de passage, tous. Et les réponses muettes. Boite aux lettres vide. Ne subsistent que les rêves, l’illusion qu’il était là, qu’il l’accompagnait toujours. Probablement que non. Juste l’envie. Il n’était pas là, à surveiller, à voguer. La douleur. Elle s’est imprimée à sa mémoire. Le manque de l’autre. Deux siècles seulement, un rien pour un vampire. De trop pour lui. Des musées que Mircea a arpenté, dérobant tout ce qu’il pouvait, ramenant ses toiles, les siennes, à lui. Les œuvres parsemées à travers le monde, les noms divers pour une même technique, une même furie d’un clair-obscur impérial. Elles sont à la maison, exposées, aimées, les toiles qu’il admire pendant des nuits, souvent des semaines. Les prières adressées et les mots jamais entendus. Des mois à parcourir le monde, à s’arrêter à leur ancienne maison, à fouiller le vide. Florence et les ruines d’une vie. Mircea est l’enfant égaré, la main tendue qui ne trouve pas sa jumelle, les pleurs parfois, le sang qui tâche le visage. Deux siècles et pas un oubli. Cœur percé. Depuis l’arrivée à Budapest, il multiplie les erreurs, les corps jetés à la rue, les massacres aux belles demeures, les bêtises, l’appel, un reviens-moi. Personne ne répond. Judah. Judah. Le prénom à s’en déchirer les lèvres, à s’en percuter les cordes, à s’en arracher les poumons. Et parfois, c’est l’impression d’une ombre furtive à la chambre, d’un sourire qu’il voit se dessiner, d’une histoire dont il se souvient, du Chat de Cheshire sournois. Des folies de son esprit. Des envies.

19H12. L’éveil. Les journées sont devenues plus longues. L’obligation de clore les volets, d’y ajouter la protection de rideaux. Rares sont les journées où il est capable de dormir, l’esprit toujours en éveil, les manuscrits qu’il recopie, tous ces livres retrouvés qu’il aime et ne tolère pas d’abandonner à la décrépitude. 19H17. Les rayons percent timidement au salon. Sa carcasse qu’il traine. Personne n’est là. Céleste absente. Personne. La parure dont il vêt le corps, les stries qu’il cache, les morsures de loup qui sont toujours un questionnement des mortels. Des histoires qu’il invente. Et les autres, au dos ? Un fait qu’il tait, les plaies cicatrisées mais toujours présentes, les coups pour les pas de travers. Caravage jaloux. Le grenat plutôt que le noir des cérémonies funestes. Un banquet qu’il se réserve pour ce soir. Des cygnes au cou  délicat qu’il va tordre. Un carnage souhaité, le bain de sang. Plus de respect pour cette nuit, juste l’appétit, le vorace qui ne s’est pas nourri depuis deux jours.

L’opéra est une excuse, un lieu pour la chasse, pour repérer toutes ces vies qui palpitent, la plèbe des mortels qu’il n’est pas venu aimer mais terrasser, les envies vulgaires, pas de beauté à façonner. Juste se repaitre. Le véhicule gronde à la nuit, un nouveau jouet, un pour remplacer celui offert à Ambroise. Furie métallique sans aucun intérêt mais les regards l’amuse, les envieux. Personne pour l’accompagner ce soir. Et que va t-il voir ? Mircea a oublié. L’opéra qu’il ne savoure plus. Les pas mènent à l’intérieur du bâtiment, architecture grandiloquente qui le ramène des années en arrière. Le passé toujours présent. Les couloirs s’enroulent et les vies courent, les mots s’échangent, de quelques politesses qu’il accorde, des paroles et la valse reprend. Quinze minutes encore avant le début. Il vogue avec la certitude de ne pas être seul, alors que l’étage est désert. Ses pas s’arrêtent et le doublon fait de même. Une impression. Le doute subsiste encore lorsqu’il dépasse une porte à battant qui est retenue, mais encore une fois, personne n’est là.

Le regard court autour de la salle, les visages qu’il fragmente, les vies qu’il s’accapare et soudain… le bleu royal qui le regarde fixement. Les mains se resserrent au siège. Une illusion. Clignement des yeux. Il n’y a plus rien, juste un mot soufflé à travers la salle, un murmure qu’il découpe. Son prénom qui devient un écho. L’appel. La fuite est impossible. La représentation vient de débuter. Un regard qu’il ose à nouveau et l’ambre se fracasse contre le visage de Judah.

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MessageSujet: Re: walking with a ghost (judah) Dim 14 Juin - 18:03



A Walk Among
the Tombstones
Nos pères étaient nos images de Dieu. Si nos pères nous ont abandonnés, qu’est ce que tu en déduis à propos de Dieu ?

Affamé de cet amour dévorant trop longtemps laissé à l'abandon. Assoiffé du sang incestueux disséminé par delà ses veines. Il était la proie favorite des obsessions les plus lancinantes, les plus entêtantes, et déjà la mélodie d'un bonheur lointain se mettait à résonner au creux de son esprit désœuvré. Elle laissait entendre par delà l'écho parasitaire de ses désirs les plus voluptueux, qu'il était peut être temps de revenir à ce qui avait un jour fait mourir les envies pour faire survivre un besoin. Et si le besoin s'était jusqu'alors tari, la solitude et la mort avaient, conjointement, réussit à refaire surgir l'ombre de cet infernal besoin. Lui qui, durant l'espace de deux siècles, avait réussi à se défaire de cet encombrant lien qui les unissait se voyait de nouveau hanté par les prémices d'une obsédante nécessité de le revoir. Néanmoins, malgré l'empressement dont il était la victime acharné, il s'était montré d'une langueur infernale en se fondant dans l'obscurité pour mieux suivre les aléas de cet autre. Il avait épousé le moindre de ses gestes dans un secret aux allures religieuses et ce n'était qu'au nom d'un désespoir causé par ses troubles, qu'il avait enfin pris la décision de faire l'ultime pas.

Tout se résumait alors à un splendide nœud papillon noué adroitement, à un complet d'un noir profond, et surtout une chemise blanche qui ne permettait la moindre trace d'une faim assouvie. Il n'avait pas pris la peine de venir accompagner tant il avait l'indélicatesse d'imaginer son retour au bras de cet autre tant recherché. Bien sûr, il ne doutait en aucun cas de l'assurance de ces méthodes, pas plus qu'il ne lui était donné la possibilité de mettre en déroute le moindre de ses plans. Il était le maître, l'autre l'enfant écorché qui lui était dévoué. Et d'un sourire carnassier, plein d'une envie à la fois placide et sulfureuse, il passait entre ces dames enjouées et ces messieurs galants pour toujours garder à l'œil la silhouette de cet enfant terrible jadis délaissé. Et, même s'il ne lui était, pour l'instant, donné que le loisir de l'observer de loin, Judah pouvait sans le moindre mal se dire qu'il n'avait en rien changé. Toujours sur son visage pouvaient être lus les soucis d'une autre vie galamment revêtu d'une sombre mais parfaite courtoisie. Cet homme, où plutôt ce vampire, était à n'en pas douter de ces créatures qui arrivaient à faire rougir les femmes, tout autant que leurs homonymes masculins, par un simple regard pas même outrancier. Il était parfait.

Ainsi, le créateur se demandait tout en prenant place sur son siège de velours raffinés, ce qui lui avait pris deux siècles plus tôt de le libérer ainsi de sa délicieuse servitude. Il se rendait, désormais, compte que nul autre enfant que celui-ci n'avait jamais réussi à mieux tenir ses engagements vis-à-vis de l'affable et tourmenté père qu'il était. Alors, éperdument épris de cette stature qui lui tournait le dos avec une anxiété palpable, il s'accoudait à la balustrade de ce balcon qu'il occupait seul, et s'adonnait à une contemplation prédatrice. Assurément aurait-elle fait naître des sueurs froides aux creux des omoplates humaines, mais elle ne fit qu'attirer l'attention de cette proie idolâtrée aux confins du possible. Un simple regard capté, et un sourire satisfait naissait sur les commissures étriquées de ses lèvres. Il était déjà presque trop tard, et dans cette obscurité qui, déjà, recouvrait déjà les rangs entiers d'une salle studieuse, Judah nourrissait la satisfaction de savoir qu'il hanterait l'esprit de sa progéniture sans qu'aucune note du Cid ne vienne l'en déloger.

L'allégresse ressentie n'était que davantage décuplée que par la voix enivrante d'un chanteur aux octaves jubilatoires. Il y avait une doucereuse métaphore dans l'opéra de Jules Massenet, et elle n'était que plus éprouvée qu'alors que ce faisait entendre le solennel hymne au père qu'entonnait le curieux félibre avec une élocution tonitruante bien qu'habitée d'un accent douteux qui aurait laissé un français inquiet de ne comprendre sa propre langue. Là, se trouvaient les délices de l'opéra, logés entre le sublime et la stupeur. Et tandis que l'on annonçait par l'allumage progressif des divers lustres de la salle un entracte bien mérité, l'immense pièce se noyait sous la clameur d'un public fasciné et hâtif de l'envie de reprendre place pour goûter à un dénouement que tous ne pouvaient imaginer autrement que tragique. Et l'ombre se décidait, elle aussi, à quitter ce balcon sans moins en lancer un dernier regard plein d'une invitation muette à l'égard de cet enfant. Il jouait des convenances en entrant dans cet autre monde si humain, se mêlant à une foule qui n'avait d'autres mots à la bouche que ceux de savantes expositions ou critiques à l'égard de ce qu'ils avaient eu sous les yeux. Mais lui se faisait silencieux parmi tous ceux là, il se plongeant dans le plaisir infini d'une attente jouissive.

Lentement, langoureusement presque, il se mouvait dans la foule, attirait inextricablement par cet autre qu'il connaissait mieux que quiconque, et se heurtait à lui avec desseins. Corps contre corps, sous la pression d'une foule dense et aveugle. Violence inouïe de cette rencontre calculée qu'il lui avait ainsi imposé. Il ne s'excusait pas pour la violence de cet acte. Judah ne s'excusait jamais dans ces jeux les plus malsains. « Qu'il est plaisant de voir que même le poids des années ne saurait rompre ce lien. N'est-ce-pas Mircea ? », ajoutait-il avec un brin de frivolité qui ne lui seyait que bien mal, mais dont il jouait à outrance.

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Mircea Brâncuși
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MessageSujet: Re: walking with a ghost (judah) Lun 15 Juin - 9:45



walking with a ghost
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In the waves I've lost every trace of you, where are you?

La peur grouille, le malaise d’une situation qu’il ne contrôle pas, le rappel qu’à présent il n’est plus seul, que la ville redevient le terrain d’un autre, de SON autre. Mircea ne souhaite qu’une chose, la fuite, la cavale au loin mais les gestes ne suivent pas la pensée, le corps paralysé, l’impossibilité à s’évader du bleu qui le percute, du sourire qu’il voit encore. L’obscurité n’est rien pour lui. Judah qu’il voit encore, à l’autre bout, trop éloigné pour qu’il vienne. Un temps qu’il possède avant la confrontation. De la représentation, il n’en voit rien, n’écoute pas, c’est le mélange des émotions. Le créateur est revenu, le diable est de retour sur ses terres. Il ne sait plus Mircea, ce qu’il désirait est en train de se produire – le retour. Mais ensuite ? Les souvenirs se mélangent, d’un amour incertain et des coups, de la violence et des plaies soignées. Il n’a jamais su ce qu’il voulait. Un regard à une époque, un geste à une autre puis l’ignorance et après les genoux qu’il avait ployé devant lui. Ne pas l’abandonner. Garçon perdu sans la présence du père. Noyé.

Entracte. La fin de la torture. L’éternel s’arrache à son siège pour fuir au dehors, à l’impression d’étouffer alors que respirer est une impossibilité depuis huit siècles. Poumons éteints. Corps mort. Il bouscule quelques vies à son passage furtif. Les gestes trop vifs, la furie de ses mouvements alors qu’il se retrouve dans le hall, qu’il aspire à l’extérieur mais un étranger le percute. Les mortels chutent lorsqu’ils se cognent. Un écho dans ses os, le tremblement de son propre corps, un geste pour retenir l’équilibre. IL SAIT. « Qu'il est plaisant de voir que même le poids des années ne saurait rompre ce lien. N'est-ce-pas Mircea ? » La voix qu’il n’a pas entendue depuis deux siècles, un fantôme de frisson qu’il peut sentir. LUI. L’enfant ne se retourne pas pour saluer le créateur, pour se plier aux vieilles convenances. Il ment encore un instant, à l’espoir que l’autre disparaisse, que tout ça ne soit encore qu’une illusion, un rêve et probablement un vilain cauchemar. Cligner des yeux, attendre et prier. Rien ne se passe. Il pivote lentement et la reconnaissance le percute avec violence. Le visage inchangé, les traits menteurs. Il y a l’envie d’enrouler ses bras, de lui dire, d’avouer le manque à sa vie, le trou à son cœur crevé. Et aussi, l’envie de fracasser le visage, de détruire le sourire, les bonnes manières, d’arracher, de piétiner, de saccager. Tu m’as abandonné ! Rien de tout ça. Il n’agit pas, il ne fait que regarder, la tête légèrement penchée, un enfant qui ne sait pas se décider. « Judah » Le véritable prénom qu’il ne connaît pas, juste l’identité offerte. La langue qui claque. Un pas en arrière, la conscience qu’il n’est plus maitre. « Un lien qui n’existe plus lorsque deux siècles sont passés à errer… deux siècles sans une parole » La hargne dans l’intonation. L’enfant blessé de l’abandon. La confrontation du regard qu’il se permet encore. « Je suis à nouveau ton favori ? L’autre est mort alors tu reviens ? » La provocation. D’un possible autre enfant, il n’en sait rien, des suppositions, la haine pour l’amour arraché. Jalousie qu’il crache. Les pas qui avancent et s’arrêtent à hauteur du revenant. « Tu ne peux rien faire… trop d’humains » Les présences de trop. Au passé, les massacres étaient possibles, saccager une ville, piétiner les têtes mais plus maintenant. La fuite qu’il organise, le retour à la représentation.

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MessageSujet: Re: walking with a ghost (judah) Lun 15 Juin - 15:50



A Walk Among
the Tombstones
Nos pères étaient nos images de Dieu. Si nos pères nous ont abandonnés, qu’est ce que tu en déduis à propos de Dieu ?

Il crachait le sang sous les coups d'un butor peu avare de ses mots qui avaient pour ultime but que celui de blesser. Profondément. Ardemment. Les reproches pleuvaient comme une nuée de criquets dévastateurs sous l'effet d'une plaie pharaonienne qu'il lui infligeait sans vergogne. Néanmoins, si la gifle avait été retentissante par la violence des mots sur les actes, il n'en avait rien montré, se contentant d'un sourire éperdument innocent et néanmoins empreint d'une envie plus que sanguine dont seul la morsure de son ego semblait souffrir. Il se disait alors, avec une aigreur maladive, que son enfant était bien terrible de voir en son père un être aussi peu doué d'amour que de dévotion. Caprice d'un enfant délaissé au cœur broyé par les années d'abandons, mais la toquade de Mircea, au regard de son créateur, n'était rien d'autre qu'une tentative de cacher les stigmates d'un lien bien vivant. Bien plus que de simples cicatrices au creux de ses poignets mutilés, ses veines étaient à vif et laissaient s'écouler ce filtre d'un amour aussi amer que doucereux dont Judah s'abreuvait avec inconstance.

« La jalousie ne te sied guère, Mircea. », laissait-il s'écouler du bout de la langue taquine, et déjà son regard habité d'une lueur amusée qu'il tournait vers le livret qu'il avait gardé en main, il faisait montre à son protéger que toutes tentatives de rebellions s'avéraient inutiles. L'un comme l'autre le savait, et toute l'amertume de Mircea à l'encontre de Judah se verrait toujours submergée par la volonté du patriarche sur son enfant. « Néanmoins, tu as entièrement raison, elle est morte. Non pas que je le lui souhaitais, je n'ai jamais souhaité cela à aucun de mes enfants, pas même à toi... », il laissait les mots mourir sur ses lèvres dans un sourire acerbe avant de reprendre de plus belle, « mais son temps semblait être venu. La pauvre aura été dévorée par des ambitions qui la dépassaient. ». Habité par quelques automatismes, il s'humectait les lèvres comme un lion se léchait et pourléchait les babines, en lançant quelques regards ennuyés par-dessus les pages calligraphiés du livret d'opéra dont la lecture semblait être aussi factice que le calme de l'intéressé.

Et tandis que l'on sonnait le rapatriement des égarés vers leur siège, laissant ainsi la possibilité à l'enfant désobéissant le loisir de s'enfuir, lui se posait tranquillement comme le roi fou sur son échiquier. « Dois-je te contraindre à m'accompagner, ou auras-tu le bon sens de le faire sans que je t'y oblige ?! », il avait ainsi laissé tomber sa contemplation, et en avait, tout autant, abandonné ce sourire facétieux face à la foule amoindrie des curieux retournés à leurs habitudes contemplatives. Le bal des faux-semblants s'achevait sur quelques notes incandescentes, et comme pour appuyer sur davantage encore sur l'avantage en nature qu'il possédait, il se retournait sans un regard, certain de son ascendance sur l'homme qui semblait être son aîné sans l'être pour autant. Il parlait avec l'assurance d'un public converti à défaut de n'être qu'idolâtrie, et se targuait de quelques connaissances d'un passé pas si lointain. « Qu'est-ce-que sont deux siècles dans cette vie que je t'ai offerte ?  A peine plus que les battements de quelques papillons éphémères, à peine plus que les battements de ces humains qui t'ont fait oublier ma présence. », il se mordait la langue pour ne pas se laisser emporter par cette possessivité explosive qui menaçait à tout instant de faire céder l'apparente douceur au grès de sa violence inassouvie. « Je ne suis pas dupe, pas plus que jesuis aveugle. Tu peux te montrer outré face à mon retour, mais je le suis bien plus face à ton oubli. », et dans un mouvement de la main, sans plus de manières que cela, il lui faisait montre de prendre place à ces côtés en ce petit balcon qui surplombait la plèbe. « Là est ta place, Mircea. Pas avec le peuple, mais avec moi. »

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Mircea Brâncuși
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MessageSujet: Re: walking with a ghost (judah) Jeu 18 Juin - 15:36



walking with a ghost
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Jaloux. JALOUX ! Le sourire ricoche comme une pourriture coriace. Il ne l’est pas, ne l’a jamais été. MENTEUR. Il est l’enfant qui rampe et demande l’attention, le gosse vorace qui préfère décapiter les autres plutôt que de tolérer leur présence et d’apprendre à les connaître. Enfant jaloux, incapable de partager le créateur, SON père. Le terrifiant. Et d’un autre, il imagine les possibilités, entrevoie l’idée qu’il ne soit plus l’unique, qu’une compétition existe et que Judah soit uniquement venu pour faire son choix. Perdant ou vainqueur ? La joie éclate aux ambres, une surprise heureuse alors qu’il apprend que la rivalité n’existe plus, que plus personne n’est là pour entraver l’amour malsain qu’il éprouve pour lui. Et pourtant, la rancœur est toujours là. D’un abandon. Des années passées à errer, à espérer une trace, un mot, n’importe quoi. Les années où il a côtoyé la folie de près. Le manque. La douleur. La dépendance. Le cœur alarmé des pas qu’il n’entendait plus. Personne. Le souvenir d’un visage, de quelques gestes et finalement plus rien, juste la voix comme dernier appel dans ses songes. « Le soleil ou tu l’as décapité ? Tu as gardé un morceau… en souvenir ? » Les amusements, les fureurs et l’éclat d’une joie diabolique qui palpitent dans les ambres. Une protégée détruite.

Le suivre. Baisser la tête, murmurer un oui et abandonner sa vie. Contraindre. Judah n’a qu’un mot à prononcer et il suit. L’énigme du lien qui les unis. Fil invisible qu’il ne sait couper. Mircea imagine de prendre le chemin de droite plutôt que la gauche pour un retour en enfer. Un instant, c’est l’hésitation, à ne plus savoir ce qu’il souhaite. Le créateur ou l’absence. Les pas qui s’arrête et la tête qu’il lève, d’une prière silencieuse à quelques dieux narcissiques. Personne. La manche qu’il attrape dans un geste bref. « Tu m’as délaissé pour un autre… abandonné et tu espérais que je rampe, que je n’ai aucune compagnie, ni distraction ? J’en ai besoin… d’eux » A la frayeur d’un enfant devant la colère du père, à la terreur de la réprimande pour les siècles de bêtises et les outrages. Il se refuse à courber l’échine, à confesser ses pas de travers, il refuse que lui soit arraché, encore, le droit de voir des humains, de les aimer. Les mortels sont une nécessité à sa solitude, un remède inutile, une solution boiteuse dans laquelle il se complait depuis des siècles. Des présences à la maison et surtout les enfants qui s’échouent, eux qui deviennent les Perdus, les adorés comme la vieille histoire d’un Peter Pan solitaire. Des vies qui gravitent autour de lui, Mircea ne sait s’en passer. La solitude qu’il ne tolère pas, la peur de mourir si la vie ne palpite pas à ses côtés. Narcissa et Ambroise, les deux qu’il protège, la distinction des amours. Des formes qu’il connaît, des six qu’il ne mélange jamais.

Il s’assoit sur le siège présenté, à la place aux côtés du créateur, là où surplombe le regard sur le peuple, ces vies déjà pourrissantes, les battements qu’il entend, les dialogues qu’il peut comprendre. Des cadavres qui marchent vers la tombe dès leur naissance, mais il les aime. A la déraison. Et Judah… c’est une différence, c’est la figure de chaque amour. Du creux au cœur, de la dépendance. Lui. « Tu reviens pour me passer la laisse au cou ? » La tête qu’il tourne d’un geste vif, le regard qui ose affronter. Les souvenirs à la mémoire, de scènes diaboliques, l’enfant puni pour ses méfaits. Et de ça, il en redemandait. Il crève toujours pour un regard de Judah, pour une parole, un geste. « Si tu dois me tuer… je choisis la décapitation » La pièce reprend.

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MessageSujet: Re: walking with a ghost (judah) Lun 22 Juin - 14:53



A Walk Among
the Tombstones
Nos pères étaient nos images de Dieu. Si nos pères nous ont abandonnés, qu’est ce que tu en déduis à propos de Dieu ?

Le miroir se brise, et les éclats, dégringolent dans une mélopée stridente. Déconstruction tragique d'un reflet des idéaux montés avec grâce, et tandis que la larme sanglante roule sur le velouté de sa joue il esquisse un sourire maladroit. Maladresse de langage et de comportement vis à vis d'un enfant avide d'une émancipation à jamais refusée. Il a peut être raison, mais quand bien même le tort ne lui serait pas donné, le maître en ces lieux ne se laisse prendre au jeu des convenances. Rien n'est offert en guise de pardon, pas même l'oreille attentive, pas plus que l’œil désolé et éploré d'un iris assombri qu'il ne daigne détourner d'une once du spectacle pitoyable de l’ode de Rodrigue à son père. Ô souverain. Ô juge. Ô père. Le rêve est dévoyé et dans le silence mortel d'un créateur naguère peu avare en paroles, s'en suit un ouragan bien silencieux. Tout n'est que colère, explosion furieuse avortée par un calme religieux, comme une gloire offerte aux spectateurs aveuglés par les notes barbares d'un ensemble fort mal-accordé. Les notes sautes, et la sauvagerie enfantine se répand dans l'air, faisant tressauter les frissons sur la peau des naïfs innocents qui ne sauraient contraindre leur instinct au calme plus qu'à la volupté.

Un simple regard suffit, pourtant, à savoir que l'autre est énervé. Ses doigts fins et pourtant abîmés de ce que furent sa vie d'humain, entaillés d'une myriade de petites cicatrices qui blanchissent sa peau à jamais, s'enfoncent dans le bois de ces fauteuils d'un autre temps. Ils sont eux aussi marqué par les grains de sel évadés de leur sablier, et à jamais, désormais, marqués de l'empreinte de ses doigts qui brise l’écorce d'un bois centenaire. Retenue fort difficile pour le capricieux millénaire, mais il tient bon dans cet engagement plein de convenances. « Bien sûr que tu ne peux vivre sans eux. Tout comme le loup ne peux vivre sans le mouton. Tout comme le lion ne peux s'éprendre de la gazelle. Tu es un tueur Mircea, et quand bien même tu tenterais d'échapper à ta nature, je serais toujours là pour te rappeler que c'est cette même nature qui t'aura fait dévorer l'âme de tes enfants sans la moindre hésitation. », la parole est lointaine, empire armé concentré contre les murs d'une vertus sacrifiée. Rien d'autre que des mots agités en bannière derrière les murs érigés en dernière mesure, s'évitant ainsi l'éclat d'une violence que ces autres ne pourraient oublier tant ils sont enfermés dans leur petits esprits étriqués.

Chimène se perd dans les tremolos d'une voix  de soprano tragique, et dans un écho souverain il revêt le linceul de sa gloire d'antan. Ses mains abandonnent le bois défait de son assise pour se joindre sous son menton, comme soudainement apaisé par l’œuvre autant que les voix qui accompagnent la tragédie à venir. « Ta mort ne m'a jamais intéressé, je préfère de loin te regarder te débattre dans le mensonge que tu as fait de ta vie. Je préfère te voir échouer et revenir vers moi à force d'une défaite prévisible. », il s'humecte les lèvres, passant une langue carnassière sur les crocs saillants qui ont fait leur apparition dans l'obscurité de ce balcon qui leur a été abandonné. « Je ne serais que l'observateur de cette chute. Je ne serais rien d'autre que celui que tu supplieras dans ta déchéance, et à ce moment là, peut être te rendras-tu compte de l'importance que je revêts face à cette horde de moutons qui court sous le nez du loup. Tu t'attends à ce que je te garde en laisse, mais je te laisse œuvrer à tes propres choix, ceux-là même qui ne m'incluent pas. », et alors qu'il met fin à sa tirade sans accros, il se défait de cette vision qui arpente les jupons d'une Chimène éperdue. Il se redresse de toute sa hauteur, ne semble pas même prêter d'attention à cette pièce qui se déroule en contrebas, il en connaît déjà les tournants et les aboutissants, il était déjà là alors que Massenet n'en était qu'à ses balbutiements d'opérettes. « Je te souhaite bon courage dans cette vie dont tu me chasses allégrement, comme dans les autres dont je ne serais plus l'ombre. », et sans un regard, il redescend les marches ourlées d'un tapis de velours, rattachant les boutons de son impeccable complet.
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Mircea Brâncuși
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MessageSujet: Re: walking with a ghost (judah) Mar 23 Juin - 15:09



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La tête qu’il se refuse à baisser pour quelques ordres et claquements de langue. Enfant capricieux qui n’a jamais su tolérer les mots, toujours à batailler, à refuser de s’agenouiller. Et pourtant… il est docile, il suit le créateur et s’installe à ses côtés, il courbe l’échine et accepte les mots assassins qui percutent. Il secoue négativement la tête au rappel de Judah, à ses paroles qu’il refuse totalement. Le déni pour sa nature, pour le monstre qui gronde les nuits, pour la fureur qui coule et les canines qu’il sent s’allonger à l’idée de quelques carnages. Les tambours des cœurs, les vies qui palpitent… il pourrait, il suffirait d’un geste pour anéantir tout l’opéra, pour boire jusqu’à plus soif, qu’il ne reste rien, que des corps sous ses pieds, que des crevés pour son appétit, sa voracité. Gourmandise.

De l’acte imaginé, il n’en fait rien, tout ça appartient au passé, aux ruines de sa mémoire qu’il refuse de rebâtir. Plus un monstre. Mircea se veut comme eux, se veut à leur égalité et pourtant, il arrache leurs ailes, à ces petits papillons charmants qu’il capture entre ses doigts, à ces vies qu’il enferme dans sa maison. Ces jolis enfants qu’il tient et élève jusqu’à l’âge adulte, jusqu’à l’absence d’intérêt. Egorgés les agneaux dans le silence de leurs rêves. Non. Il décroche du regard de Judah. « Je tue pour me nourrir, je les tue pour survivre mais rien ne m’empêche de les aimer, de les adorer, de les côtoyer » La furie de l’autre qu’il attend, mais rien ne vient, juste les notes de l’opéra qui ont repris, l’envolée d’un chant qu’il n’entend pas.

L'absence qui se creuse. La douleur qu’il imprime. Des ces caillots de souffrance. Judah disparu, Judah renvoyé aux ombres. Le créateur qui le délaisse. Le rend à ses fers. Non. Les mains se crispent sur le bois, laissent des traces. Il court l'enfant abandonné, les couloirs, les escaliers qu’il dévale. Course. D'une épaule qu’il attrape, main posée et le corps qu’il projette contre l'autre. Le mur témoin de la violence. L’effet de surprise qui lui permet le geste, ou peut-être que c’est l’adoré qui tolère, qui se laisse faire, qui attend de voir. Qu’importe. L'amour violente des lèvres écrasées. La bouche meurtrie. L’enfant qui s’accroche, les mains à la veste de l’aimé, la débâcle des gestes. Trop d’années. Puis de trois pas il se recule soudainement. Les joues bafouées de grenat. Les larmes de la détresse. « J'ai besoin… » Les mots entraves. Épées  tortionnaires à la gorge. « Tu es revenu pour m'abandonner. Tu reviens pour la torture. Tu reviens et me rejette » La hargne qu’il projette. Des poings fracas contre le millénaire. La force d'un gosse. Les impacts miséreux. « Tu me rejettes parce que j’en ai aimé d’autres, mais toi… tu es parti pour d’autres amours, tu m’as laissé… » Le rire nerveux qui s’étrangle. « …tu voulais me voir pénitent, à genoux, à te supplier de revenir et de ne pas m’abandonner à une vie que tu avais construit pour moi ? C’est ce que j’ai fait… mais tu n’étais pas là, nulle part. Un absent » Les poings au visage.

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MessageSujet: Re: walking with a ghost (judah) Lun 29 Juin - 7:42



A Walk Among
the Tombstones
Nos pères étaient nos images de Dieu. Si nos pères nous ont abandonnés, qu’est ce que tu en déduis à propos de Dieu ?

Fureur. Colère. Rancœur. Tout se mêlait et s'entremêlait en des siècles d'existence autant que de rétention. Litres après litres d'un marasme nauséabond, trop longtemps restés ainsi à macérer, s'écoulant sur le sol une fois leur cœur crevé. S'il n'avait été fait d'autant de mépris et d'apparences, il aurait assurément laissé se déverser sa haine sur celui qui fut un jour son protégé, seulement son âme désormais grévé n'était plus que le reflet gâchis et pourris de l'être qu'il avait un jour enfanté. Rien d'autre qu'un fruit trop mûre tombé trop près de son arbre originel. Il s'en retrouvé blessé, profondément blessé, par ce qu'il prenait pour une évidente traîtrise,et il n'y avait que le poids de l'expérience pour l'empêcher de céder à ce chagrin qui menaçait de le submerger. Seulement, par delà toutes les sornettes dont il avait réussit à se persuader, il ne pouvait qu’acquiescer quand un mince filet de voix, ondine spirituelle, lui soufflait qu'il avait toujours su. Parasite de l'esprit, douloureuse prise de conscience à laquelle il se heurtait violemment. Mur de glace dans lequel il s'enfermait pour ne plus rien ressentir, pour rester l'immortel immuable survivant aux temps autant qu'à ses vicissitudes. Il avait revêtu si longtemps le masque du bourreau, qu'il en avait oublié tout ce qu'il en découlait d'être la victime.

L'allure digne et noble qui seyait à un vampire par deux fois millénaires, ou presque, il se tenait droit face à son infant qui, au regard de l'humanité, semblait en tout point plus impressionnant que son ascendant. Il serrait les mâchoires, et refusait de laisser s'écouler les larmes sur le bord de ses yeux rougis, refusant de se laisser emporter par une sentimentalité exacerbée, et les points serrés, il faisait face, encaissant le moindre reproche sans rien laisser montrer de ses fêlures qui venaient à fissurer son masque d'impassibilité. Marbre placide face à la détresse de cet autre tant aimé qui, toujours, cherché à l'accabler. Les larmes carmins sur la page émaillée de ses joues émaciées réveillaient l'envie d'y poser la main, d'étreindre contre un cœur décharné, mais à la place de toute cela il se posait en moralisateur blessé. « Combien d'enfant ai-je eu Mircea après toi ?! », répliquait-il avec un calme qui n'était pas digne des envolée lyrique dont il avait l'habitude. Il semblait soudainement habité par toutes les années qu'il avait laissé de côté, et il se redressait comme un animal hérissé. « Un seul. Fruit de mon désespoir à voir mon favori se trouver mille et unes excuses pour se dérober à mon regard. Rien de plus qu'un jouet dans un malle de poupées cassées, détruite par la vicissitude d'une vie, détruite par ce regard que je n'ai jamais cessé de tourner vers toi. », répondait-il, sarcastique, à ses propres questions.

Le silence planait alors, comme un temps de latence sur ses pensées, comme un besoin de laisser aller ses mots au travers de cet esprit ravagé. Il desserrait alors les poings, attrapant les poignets de son adoré déchu, tombé de son piédestal. Détruit. Rien de plus que des gravats amoncelés. Il ne bronchait pas même alors que les poings venaient à se fracasser contre son être dans une violence perturbée, ne reculant pas face à l'adversité... Seulement l'ultime coup, porté au visage sans coup de semonce pour l'annoncé, le fit reculer, l'enfonçant soudainement contre ce mur abrupte. Brutale embardée qui le blessait, et faisait s'écouler de sa pommette abîmée un filé de sang déjà raréfié. Aucune excuse, pas même celle de la colère, n'était accordé à cet enfant qui, par trop de fois, s'était rebellé. Un grognement sourd remonté alors le long de sa trachée tandis qu'il faisait un pas pour en réduire l'allonge, prenant dans ses bras l'enfant capricieux, et serrant à en lui coupler ce souffle inutile. « Tu es prompte à me faire ces reproches que tu n'as jamais su écouter quand c'était à moi de te les susurrer! Combien de fois ai-je encrer mon corps au tien pour te faire comprendre le poids de ce manque !? Et toi tu n'as jamais rien voulu voir. Tu goûtes désormais aux fruits de ces graines que tu as semé. », glissait-il au creux de son oreille tandis que le sang de ses larmes écarlates venaient tacher sa joue encore blême. « Tu as fait ton choix Mircea. Tu l'as fait il y a de ça bien longtemps, inutile de te cacher derrière ses larmes, je n'en retiens que l'hypocrisie de tes actes, et le refus d'en accepter les conséquences. », lâchait-il morose sans pour autant s'écarter, enfouissant une main dans ses cheveux, goûtant à ce qui se voulait être une dernière ivresse de l'autre. Il humait son parfum, se réconciliait avec sa présence, comme pour s'éviter la douleur d'une dague plantée dans le cœur.

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Mircea Brâncuși
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MessageSujet: Re: walking with a ghost (judah) Ven 10 Juil - 3:47



walking with a ghost
Is there anything I could do just to get some attention from you?
In the waves I've lost every trace of you, where are you?


Un enfant rejeté pour les pattes cannibales, un enfant à leurs gueules gourmandes. Des années il a erré à l’attente de retrouver le créateur, des années à supplier le retour, à courir les rues, à se noyer dans les nuits et les bras des filles pour oublier. Des siècles à arpenter le monde pour un retour sans espoir. Une figure qu’il a aperçu à quelques coins de rues, des similaires qu’il a pris avec lui, de ces corps qu’il a piégé dans ses bras, dans sa vie, d’eux qu’il a aimé pour la ressemblance avec le maitre fuyard. Des ersatz sans qualité, des mensonges à la nuit tombée et après ? Les défaut révélés. Des yeux d’une couleur autre que le bleu, un rictus absent contre un joyeux aux lippes et d’autres… tant d’autres différences. Des similaires massacrés. Eux qui n’avaient aucun droit de porter le visage du sien, de son maitre. D’eux qui l’ont aidé à survivre à l’absence, au manque. Le cœur crevé de l’attente. Enfant à la main tendue dans le vide, du fantôme des belles années.

Il cogne Mircea, de la douleur qu’il crache contre l’immuable, de celui qui ne bouge pas, ne ressent rien – ses poings qu’il fracasse jusqu’à ce qu’ils ne soient plus que sang et douleur. Des os éclatés, des mains devenues inutiles alors qu’il s’acharne encore, qu’il refuse l’évidence. La question le surprend, l’arrête dans sa guerre à sens unique. Il fait peine à voir ce peter pan ramené à la civilisation. Lui à qui on demande soudainement de grandir, d’être comme eux, des adultes, de choisir entre ses amours et un seul. Non. Il secoue la tête et s’envolent les mèches rebelles. Un garçon de huit cent années. La question du créateur fait frémir, de la peur qui court à l’épiderme, à s’imaginer l’armée qu’il a créé, de tous ces enfants adorés. « Des dizaines, un nombre qui ne s’évoque pas. Ils sont morts ? Est-ce que je suis le dernier ? » Il en vient à souhaiter que tous soient morts, envoyés au bucher, piétinés pour leurs vanités. Mais c’est une utopie. Mircea n’est pas le dernier et certainement pas le premier. Des autres qui ont existé, des précieux ramassés. Pourtant… de Judah, il connaît si peu de choses. Des détails. L’étreinte l’oblige à rester contre l’autre, à enfouir le visage dans le cou. Il n’y a pas d’odeur à laquelle se raccrocher, il n’y a que la mort et la présence d’un corps pourrissant. Mircea s’y accroche, les mains vissées, à l’incapacité de se défaire. « Pourquoi tu n’es pas resté là-bas ? Tu aurais pu… vivre avec tes adorés, tes autres enfants, mais tu abandonnes toujours, tu te lasses. Tu me dis capricieux mais regarde-toi… à revenir vers un jouet qui n’est pas assez brisé » Un jouet qui fonctionne encore, qui rôde les nuits. Les paroles sont hachées de sa détresse, du mal qu’ils se sont faits. Il demande l’étreinte, cherche la douleur d’une friction, des bras qui l’entourent, de ce mal à sentir ses os sur la menace d’un craquement.

Doucement, le visage s’écarte. A l’oreille qu’il murmure. « Je t’ai cherché, j’ai foulé le monde… j’ai connu les nuits de chaque pays et tu n’étais pas là. Toujours absent » La dégringolade de ses émotions, du martyr. Les souillures rouges à son visage. « Je ne peux pas les tuer… Judah… j’en ai besoin. Laisse-les moi… ils vont se fâner, tu le sais » Des jouets qu’il réclame, de ces vies qu’il tient entre ses doigts, eux les humains aimés, eux qu’il se refuse à massacrer pour l’amour d’un autre.

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MessageSujet: Re: walking with a ghost (judah) Dim 26 Juil - 15:28



A Walk Among
the Tombstones
Nos pères étaient nos images de Dieu. Si nos pères nous ont abandonnés, qu’est ce que tu en déduis à propos de Dieu ?

La violence des mots surpasse la soudaine douceur des actes. C'est un voile jeté sur leurs corps évanescents, un linceul qui recouvre leurs cœurs putrescents. Il n'y a plus rien à sauver de ce qu'ils étaient, plus rien à garder de ce qu'ils sont désormais. La mort est assurée, le traité de guerre est signé, pourtant personne n'en sortira vainqueur, tous deux le savent, tous deux s'en torturent. Ce sont les larmes qui rougissent leurs joues, et les étreintes mensongères qui laissent encore présumer du contraire, mais tout se déchire dans la hargne des mots du fils contre le père. Tout s'écroule sous l’aveu mortel qui perce le jour dans leurs illusions les plus moribondes. C'est la fin d'un monde, la fin d'un univers, et l'acerbe sentiment d'en avoir toujours été exclu s'insinue sous la chaire du millénaire.

Un frisson macabre le traverse tandis qu'il s'arrache aux tambours battants de leurs âmes effondrés. Le métronome cesse sa course, la mesure cesse d'être battu, et la mélodie de leurs existences faussées se tarie à leurs oreilles. Tout est terminé. Tout s'est tu sous la violence de leurs actes manqués. La mécanique de leurs cœurs ne résonnent plus à l'unisson, et ils déraisonnent à deux sur la culpabilité de tout un chacun. Il n'est pourtant aucune vérité meilleure que les autres, il n'est aucun mensonge qu'ils s'épargnent. Il n'y a rien de plus à faire que laisser s'écouler le venin de la colère, rien de plus à faire que laisser le temps soigner les plaies. Pourtant il bouillonne de ce besoin de le faire payer, un peu plus encore, un peu plus à jamais, de rompre ce lien existant que l'enfant aura bafoué par son ignorance folle, par ses amours diluviens.

« Soit, Mircea. », il sourit de cet air carnassier qu'on lui connaissait si bien quand l'idée malsaine venait à traverser son esprit. « Je te condamne à ne plus être mon enfant à partir de cet instant. Je te renie et t'offre ma vue omniprésente, mon œuvre face à ta décadence. Tu souffrais de mon absence, tu souffriras désormais de ma présence indifférente. »,  souffle-t-il de cette froide indifférence naissante. Il se défait alors de l'étreinte imposée, remet de l'ordre avec langueur dans sa tenue froissée par la force d'un enfant éploré, il tire sur ses manches, puis sur son col, sans un regard pour l'autre. Sans une parole de plus. Rien. Il n'existe plus désormais que l'enfant rejeté, abandonné, qu'il puni de ses choix. Il part. Sans un regard en arrière. Sans une once de remord affiché.

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