Il ne faut pas oublier de laisser un petit commentaire sur prd et bazzart.
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Vide cor meum (céleste)

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Mircea Brâncuși
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MessageSujet: Vide cor meum (céleste) Dim 24 Mai - 5:00



Vide cor meum
you’ll find my crown on the head of a creature
and my name on the lips of the dead
i am speaking of dread and hunger
do you know hunger?





La librairie déborde d’ouvrages, il ne sait pas ranger, ne tolère pas de classer dans un ordre millimétré. Il préfère que les livres s’entassent et que les mortels viennent à la découverte, se montrent curieux plutôt que de chercher un auteur précis. Quelques touristes qui s’égarent et s’étonnent de trouver une librairie ouverte si tard. Une remarque, un sarcasme et ils ne saississent pas le sous-entendu. Celle qui travaille pour lui laisse voguer un sourire. Elle sait que le patron n’est pas humain, qu’il n’est qu’une enveloppe mais elle se tait – tant qu’elle ne dit rien, lui n’agit pas. La boutique qu’il ferme et Casar qu’il ramène chez elle, le véhicule qui gronde dans la nuit, la bise qu’elle claque à sa joue. L’ébauche d’une relation qu’il ne peut pas lui accorder.

La maison pleure du silence. Des semaines que la créatrice l’a abandonné, qu’elle vogue à travers le monde afin de dérober quelques peintures et œuvres intéressantes. Une collectionneuse partie rendre les toiles anciennes. Un Caravage qui apparaît soudainement ? C’est probablement eux. La maison abrite des trésors de l’ancien temps, tout se cotoie, les civilisations diverses, les objets curieux et les plus convoités. Chacun témoigne de leurs voyages. 3h35. Il est au balcon, un verre porté aux lèvres, le carmin qui dessine les lippes à la nuit. Un garçon est étendu dans son lit. Mort. Ne restait que ce verre, un caprice que de boire dans du cristal.

Des feuilles sont étendues sur son bureau, à l’étage, des esquisses et des crachats de paillettes qu’il n’a pas su éradiquer. Un feuillet de douze pages aussi, qu’il a pris le soin de relier, des mots précieux qu’il a relu à travers les siècles, apprenant les phrases par cœur. Il se souvient d’une conversation avec la créatrice, deux siècles de ça. Une autre ville. Probablement Athènes ou Buenos Air.

« Je le saurai si elle était morte ? »
« Oui. C’est une douleur que tu n’imagines pas »
« Il n’y a aucun moyen de retrouver un enfant ? »
« Tu dois lui laisser la liberté qu’elle réclame »

Une enfant qui l’a abandonné. Céleste la princesse dérobée qui ne s’est pas retournée en claquant la porte. Elle vers qui il n’a pas couru. Un abandon. La mémoire s’est éteinte avec les années. L’enfant ne subsiste que dans les carnets de ses souvenirs, ces moleskine qu’il traine et n’accepte pas d’abandonner même si leur nombre devient trop conséquent. Huit cent années qu’il compile afin de ne rien oublier. Des lieux, des visages, des mots, tout doit être posé sur papier. Le balcon est abandonné pour l’errance. La maison qu’il connaît par cœur, force d’y vivre depuis maintenant vingt années. Bientôt, il devra changer de lieu pour éviter les soupçons. Le visage qui ne change pas. Les fenêtres sont fermées les unes après les autres, la porte d’entrée qu’il verrouille, à la crainte d’intrus durant la journée. Les rideaux tirés. Ne reste plus que l’étage où il s’y glisse lentement. Mircea ne remarque pas la fenêtre déjà fermée au bout du couloir, pas plus qu’il ne voit les traces de pas. Ce n’est qu’une odeur, celle de la pluie qui s’est faufilée à travers toute la maison. Petrichor. L’orage dehors qu’il n’avait pas remarqué. Le bureau devient son refuge pour les derniers livres rapportés, pour ces trouvailles dérobées en tordant le cou à quelques malheureux qui ne désiraient pas les vendre. Il n’entend pas la venue de l’intrus, pas plus que le son d’un vase qui se brise plus loin. Il oublie l’environnement pour sa lecture.

Sursaut. Des mains à ses yeux, le jeu des enfants. Devine qui c’est. Pas de cœur pour manquer un battement mais l’incompréhension. Il ne devine pas l'identité. « L’effraction d’une propriété est punie par la loi. On serait en Louisiane, j’aurais eu le droit de vous abattre » Un souvenir qu’il évoque malgré lui, les années à Bâton-Rouge.

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MessageSujet: Re: Vide cor meum (céleste) Mar 16 Juin - 16:47



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Dans la ville nocturne, les pas s’affolent d’un dynamisme effrayant, des talons qu’elle manipule, petite fée sur des échasses barbares, une robe épousant les formes juvéniles, voluptueuses. Certain tueraient pour les charmes de la beauté narquoise, son sourire toujours à ses babines ensanglantées de ce repas aimé, des cous qu’elle frôle dans les caresses virginales d’une tromperie sublime, tandis que les mains pourchassent les formes enviées de certaines figurines.

Mais le jeu de la demoiselle, petite fille inachevée mais grandie par le don du père, réside dans son écrin boursoufflé ; de pentes glissée, de ponts sautés ; suicides dans les journaux qui se gravent à la rétine alors que l’enfant jette le papier autre part, comme la vague revient dans le salon les néons, images vulgaires d’un monde à sa perte. Le journal qu’elle lit après la journée éphémère pour ces silhouettes de terre, elle fabrique des rêves au sommeil dilapidé, le chérubin de quatre cent années trouve l’ennui, toujours ce supplice dans les chairs de sa cruauté, jamais elle s’immole dans le lait de la gentillesse, l’égoïsme pour la tendre fille qui navigue dans sa chambre à coucher, caresse les cheveux de sa protégée, enfile une veste de princesse, rose s’il vous plait, ses cheveux de blés sur ses épaules frêles.

Elle pense ; deux mois déjà dans cette nouvelle ville, celle des retrouvailles avec le patriarche, la statue d’Hercule à son image, ses songes virevoltent le passé, cette réminiscence des désirs et apprentissage, qu’a-t-elle fait, pourquoi s’est-elle enfuie, un soir, là où l’opaque noircie des rêves semblaient tourbillonner dans l’éther maudit des damnés, pourquoi alors, ivres de promesse, de présence de son bien aimé ; un coup de tête, la valise possédée de ses biens, trésors arrachés du propriétaire, puis la route et les corps jonchant le sol poussiéreux, gravats des sacrilèges, pétrole des fusillés. Elle a vu les guerres, curieuse marraine, toujours propre dans ses habits de dentelles, toujours fascinante dans ses parures antiques, elle a vu les hommes, toujours édentés des violences souveraines, Dieu à la bouche, la religion aux oreilles.

Elle s’est remémorée, les années futiles, fardeau d’une jeunesse sacrifiée à la métamorphose d’une oie blanche, pour servir le roi, le maître, pour enfanter l’honneur de la famille noble, tel était son rôle, tel était son destin imposé. Mais l’adolescente, des onyx brûlants les vêpres du châtiment, les lèvres courroucées sur un trait fin lorgnant ses joues de coquine, devant l’effigie de Marie, priait l’autre, le dément, certainement par contradiction avec les bonnes sœurs répugnantes, des visages pourpres, grossis par les vices de l’argent, sur leur main des mousses de luxure, sur leur genoux des hypocrisies concupiscentes.

Les fenêtres se dérobent sous les paumes de délicatesse, patiente raffinée, elle s’amuse à imaginer les jeux des garçons là dans ce lycée qu’elle a croisé, les filles au crépuscule des idoles, mal fringuées, basanées par les vertiges des publicités placardées sur les panneaux embrumés, l’élégance n’existe plus, un soupir pour cette disparition malheureuse alors que le corps s’embrase aux milliers de joyaux dévoilés. Ainsi il vit dans cette maison artificielle. Pas de plafond où les angelots fidèles de leur arc strident visent l’amour des dames chaleureuses, ni de couleur pastelles qu’elle affectionne doucereusement. Puis ce silence, ce calme qu’elle exècre. S’adaptant des époques, caméléon mouvant dans les sables d’ocres des mentalités, elle change de peau comme une chemise qui s’efface, bouillante par les marées solaires ; elle porte le casque sur les oreilles, du rock hurlement cognant à ses tympans d’immortelle ; l’envie de se mettre à exploser le son d’une guitare gutturale… pour les voisins sentencieusement.

« Tu ne me reconnais pas ? », la bouderie au bout de la voix de miel, un son perturbé par l’agissement du démoniaque, elle relâche, délaisse les yeux à la clarté venimeuse ; le timbre change, étoilé de la fausseté de ses sentiments ; fière enfant qui se recule vers l’autre pièce. Un vase s’écroulant par terre en des milliers de bruit cristallin ; le oups qui s’échappe fatigué de la gorge de satin tandis qu’elle s’’enracine dans le fauteuil de cuir. Bien sûr le livre qu’il tenait à la main se désintègre, les pages se glacent, arrachées par le caprice de l’enfant terrible. « A Bâton rouge tu tuais tout le monde. Surtout mes amants. Et tu oses m’oublier ? » L’esquisse bataille jusqu’aux lèvres embrassées de l’apôtre, mordues où le sang gicle. « Je crois que nous ne partageons plus rien. Que je ne suis plus ta fille. N’est-ce pas ? » L’énervement dans ses agates sublimes où pétillent des nuances de nectars subtiles, des pourpres gracieux qui valsent dans les filets d’ébènes. Le ressentiment hurle des imprécations. « Regarde-moi ! »

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Mircea Brâncuși
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MessageSujet: Re: Vide cor meum (céleste) Mar 16 Juin - 17:41



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Reconnaître l’enfant qui l’a abandonné, la petite qui s’est échappée à son attention, la belle qui s’est arrachée à l’emprise, elle qu’il n’est pas venu retrouver, elle qu’il a préféré laisser à la vie. Les années manquantes, le doute et le creux à la poitrine. Abandonné. Crevé. Toutes les enfants sont parties, toutes ont désiré la mort ou le relâchement des fers, la liberté qu’il a toujours octroyé plutôt que de supporter les coups et surtout la haine, la tempête au regard, les gestes fous. De l’une qu’il a disloqué. Les membres jetés, la hargne avait pris le dessus. Et la tête qui parlait, encore et encore, qui crachait des atrocités, qui l’accusait. Langue qu’il avait jetée dans le feu. Le hurlement encore imprimé à sa mémoire.

La présence l’inquiète, les mains à ses yeux qu’il ne reconnaît pas. Immortelle qui se tient à son dos. Aucune odeur si ce n’est la mort dans son sillage. Une faucheuse. « Tu ne me reconnais pas ? » La tête qui fait confirme la négative. Non il ne reconnaît pas, il ne sait pas qui elle est. Des enfants, elle est peut être Arabella, Mahaut ou alors… non. Ce n’est pas elle. Céleste, le prénom qui roule à la langue, l’envie qu’elle soit de retour. Une utopie comme toutes les autres. Les pas de l'étrangère s’éloignent pour la porte, et lui ne se retourne pas, à l’attente du jugement, des demandes, de ce qu’elle veut de lui. Un vase qui s’éclate au sol, les morceaux qu’il imagine, la dispersion d’un objet couteux, d’une rareté acquise depuis peu. Les doigts qui se crispent contre le bois. Détruire ses possessions. L’unique moyen d’engendrer la colère. Les pas de fées reviennent vers lui et s’échoue l’enfant dans le cuir. Le geste de recul qu’il a en apercevant l’angelot retrouvé. ELLE. Les yeux grands ouverts de la surprise, les ambres au scintillement de la surprise, de l’adoration. Et tout s’éteint lorsqu’elle déchire un original du XVIIème, lorsqu’elle se permet l’affront qu’il a toujours corrigé – sans succès. Mircea ne bouge pas. Immobile qui observe et attend le premier geste. Céleste l’enfant terrible – la sauvageonne jamais dressée.

Elle évoque les années en Louisiane et les amants piétinés. Un rire qui éclate à la pièce, un écho monstrueux. « Une ville n’était pas suffisante pour tes appétits » Les corps retrouvés décapités. La jalousie qui conduisait ses actions alors qu’il refusait à effleurer la belle, qu’il ne pouvait concevoir de vouloir l’enfant – le remplacement pour sa fille perdue, la dévorée de ses canines assassines. Consommation. Céleste sur qui il n’a jamais posé une main. Le corps s’enfonce dans le fauteuil, dos contre le cuir pour fuir le geste qu’il pressent. Les lèvres pressées contre les siennes, le baiser non rendu et l’acharnement qui fissure, le sang à la bouche qu’il essuie du revers de la main. Le baiser annulé. Les yeux qui accrochent l’Accusatrice. Le père levé du trône, l’approche de l’enfant provocatrice. La main qui claque et déboite la mâchoire, pendante, la force qu’il ne prend pas le soin de contrôler, le visage qu’il massacre. « Céleste… Céleste. Enfant capricieuse et idiote. Tu pars et tu espères de l’amour, de l’attention ? » Un second coup qui rogne contre l’épaule, envoie la petite à terre. Aucune réplique possible. Pas le temps. Il agit avec vitesse. Elle qui lui doit obéissance. « Tu m’abandonnes, je te remplace… tu peux repartir, il n’y a plus rien pour toi » Les crachats de sa folie, de l’amour malade, de la dépendance qu’il n’avoue pas. Offrande des sentiments négatifs. D’elle qu’il veut autant qu’il l’a méprise. A l’envie d’arracher son sourire, que le visage ne soit plus qu’un masque sous ses doigts. « Retourne à tes massacres, retournes voir tes amants… » Les derniers mots alors qu’il tourne le dos, incapable d’en supporter plus, incapable de l’achever ou même du contraire, de la violence de ses émotions. Chaos des ressentis. Il court à sa perte, à d’autres pièces, loin.
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MessageSujet: Re: Vide cor meum (céleste) Mar 16 Juin - 18:36



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Céleste sourit des dents rougies par le sang qui circule hors de l’épiderme pâle de la lune enchanteresse qui éteint ses ravages ; une main à la claque pourfendue sur la joue démunie, choquée par la punition. Elle se retrouve fillette, fluette dans les bras d’un père chassé, convoité, jalousé. De plusieurs humaines dans la chambre impériale elle entendait les cris, les jouissances d’un plaisir interdit, l’arbre toujours proche de ses lèvres mais jamais donné, offert dans les songes nébuleux de la détresse.

La gifle qui circule encore dans les stries veinées de bleus, elle se relève sereinement, la révélation au bord de la crise qui ne tardera pas à venir percer le jonc immaculé des retrouvailles sympathiques. La mauvaise gosse siffle, le serpent monstrueux sortant de sa menue poitrine, ses vêtements froissés par le coup du bourreau malaimé. « N’inverse pas les rôles veux-tu ? Celui qui ne s’est pas approché pendant deux cents ans, celui qui a massacré les Lancelots ce n’est pas moi. Sois sage et tais-toi. Subit tu es ma fille ! Subit tu es une fille ! Entendre ces gémissements vomitifs dans cette salle à côté, ta chambre où tes bras me repoussaient. » Les mots s’élèvent dans le froid cadavérique de la nuit mortifère, les mots qui s’envolent dans l’opalescence de la demie lune argentine.

L’envie de dépecer un triste sbire solitaire mais les affaires à régler avant, ces sensations incongrues, l’emprise de la jalousie sur son nez papillonne des montagnes verdoyantes des actes inavoués. « N’as-tu pas pensé que j’avais envie de partager cela avec toi ? Non tu n’as pas pensé. Non tu n’as pas pensé à ce que je pouvais ressentir ! Deux cents ans, c’est une goutte d’eau. Je reviens et voilà comment tu m’accueilles. Et ça se dit triste ! » Elle s’approche, trois pas de distances tandis qu’elle plante ses rubis dans ceux de la royauté bafouée. « Avoue le ! Je veux te l’entendre dire ! Dis-le ! Cet hypocrite que tu es ! » De larmes qu’elle a rejeté depuis l’enfance, depuis les mains jointes à l’appel persuasif de la vierge ignorant les pluies de tristesse d’une pécheresse perdue dans l’immensité d’une société malade ; elle s’ébat dans les limbes suppliant de l’amour décharné. Des paroles de moire, linceul gelé au lac des infidélités, elle a cru rêveuse, l’enfant des merveilles, elle a cru les mondes ensorcelés, un monde à partager entre lui et elle.

Le cauchemar puis la déchéance lorsqu’elle a constaté le caractère volage de son paternel, de patriarche d’ailleurs, un mot encensé dans l’atmosphère saturée. D’une discussion avant le départ définitif, une bêtise dilapidée, l’engueulade comme une goutte d’eau faisant chavirer l’océan dégouté ; elle était partie l’heure suivante. Céleste resplendit par les vengeances mortuaires, redoutable effrayante qui bouscule les nuées d’objets, représailles démontre-t-elle, le salon n’est plus qu’un champ de ruine dévasté par la colère du Gavroche maltraité, fatigué, déprimé. Les pas qui s’écoutent, tamisés sur les tapis anciens tandis qu’elle s’enroule dans les couvertures de fils dorés trouvés sur le lit de pierre du saint, quelques meubles encore détruit par les ongles, la créativité de la fée, les sourcils froncés de transpercer de sa force dénudée les possessions du gredin.

Le salon, la chambre, la salle de bain ; les tuyaux démontés d’une vitesse affolante pour un simplet, elle, c’est la tempête brimée des émotions fouettées. Elle ne cherche pas à le retrouver, sa vue l’insupporte encore. « T’es-tu demandé pourquoi tes autres réclamaient la mort ? C’est qu’ils ne voulaient pas de toi. Qui voudrait de toi. Ta fille peut-être aurait souhaité sa mort depuis longtemps, il faut la comprendre, te supporter ce n’est pas un cadeau… c’est un supplice. » Les sous-entendus qui percutent les murs anesthésiés de leur décoration, peintures mordorées, tailladées, morcelées sur le parquet, de ciseaux tenus ferme dans les paumes elle gratte les décombres d’un Caravage rapiécé. « Tu as raison. Je t’ai aussi remplacé. ». La porte qui claque, semblant de la perte définitive, cachée à l’ombrage du seul meuble restant, elle aperçoit les pas de l’ogre, se faufile dans la dernière pièce… bibliothèque des amusements dispersés. Etouffante rapidité et les livres se cornent, les étagères chutent sur le plancher, l’écho assourdissant sur les paupières fermées. Assise la stellaire mélopée dans le siège confortable de catacombes fabriquées.

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Mircea Brâncuși
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MessageSujet: Re: Vide cor meum (céleste) Mer 17 Juin - 11:19



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Le crachat au visage, les paroles acides. Serpent sournois qui dégueule son venin et moque, terrasse. Elle pour qui la violence cavale dangereusement, d’un visage qu’il veut griffonner. Saccager. Langue à mordre. « Ton rôle est celui d’une enfant… d’une précieuse et non pas des corps à mes draps » MENTEUR. Des enfants aux ombres, elles ont toutes rejoints le satin. Toutes. Sauf elle. Pour l’espoir qu’elle soit le double, réincarnation d’une petite perdue. « Tu m’as repoussé, tu craignais pour ton dieu, de l’offense, souviens-toi la première fois, la nuit de ta transformation, tu refusais, tu craignais » Les inquiétudes qu’elle avait, les questions, les peurs qu’il avait tu d’une main à la bouche. Un tais-toi avec tes bêtises. Et ensuite ? C’est lui qui s’était éloigné, à la peur d’elle.

La maison se délite sous la colère de l’enfant, des meubles qu’elle retourne, des toiles qu’elle saccage, il n’ose pas s’avancer au devant du carnage, il saisit la fureur qui anime les gestes et de tout ce qu’il possède – ne reste rien. Sa vie qu’elle envoie aux flammes et les beautés renversées qu’il constate, des pas maladroits alors qu’il chavire dans le couloir. Les tableaux de l’aimé, de l’Absent sont à la fureur de l’enfant, les clair-obscur fissurés, les beautés fanées qu’il tente de ramasser et de recoller mais c’est impossible – rien ne permet de reformer les morceaux. De tasses qu’elle jette au sol, du passé qu’il ne peut pas reconstruire, les morceaux dilapidés, sa maison qui devient un terrain de hargne, le tableau pour leur guerre, pour leurs retrouvailles sanglantes – les noces pourpres. Mircea avance à la crainte de découvrir les méfaits de son enfant. Sa vie qu’elle éclabousse de colère, sa vie qu’elle envoie voler. Non. Il s’acharne à tout collecter, à ne rien laisser pourrir. Les larmes geignent sur les joues, le sang qui dégorge sur le visage d’opale. La panique d’une fureur qu’il ne sait pas contenir, qu’il n’a jamais su maintenir sous ses commandements. Une enfant sauvage, un animal capricieux ne répondant à aucun nom si ce n’est celui du plaisir. Rien d’autre. Personne pour lui dicter les lois, pour ordonner. Un mauvais choix. Un regret de chaque jour. L’enfant sur laquelle il n’a aucun ascendant. Rien. Les larmes ne sèchent pas. Le massacre. Les mots qu’il ne veut pas entendre, les mains sur les oreilles mais l’écho se répercute, la litanie, le claquement de langue. Non. Qu’elle ne mentionne pas sa fille, qu’elle n’évoque pas le passé. Pas ça. Pas elles. Le mur auquel il se rattrape. C’est une plaie béante à sa mémoire, les souvenirs qui ricochent. L’enfant qui hurle et l’appelle, le supplie. Papa. Papa. Et des autres, des remplacements ! Elle ment Céleste, elle ne dit jamais la vérité, elle ne peut pas…

Les années de plus, la vivacité des gestes, les capacités qu’elle n’a pas encore acquises. Le cou qu’il attrape d’une main, des os qu’il éclate, attend qu’ils se reforment et détruit de nouveau. La poupée qui vole au mur, la sanglante qu’il accule contre la bibliothèque, dernier vestige. « Tu veux savoir comment est morte la première ? Tu veux savoir ce qui arrive aux enfants capricieuses, aux langues trop pendues, aux mains destructrices ? » Le bras gauche qu’il arrache sans effort, un déchirement de tissus, comme une poupée qu’on saccage de colère. Le membre qui vole plus loin. Le hurlement qui devient bénédiction. « Un par un… et j’ai dispersé les morceaux, pendant des jours… elle hurlait, elle suppliait. Est-ce que tu vas ramper Céleste ? Est-ce que tu seras à genoux pour demander pardon ? » L’absence de contrôle, le monstre revenu pour les méfaits. L’enveloppe arrachée pour la présentation du diabolique. Sourire mauvais qui court aux lèvres. « Je t’ai tout donné, je t’ai donné une nouvelle vie, de quoi voir le monde, de quoi mener les mortels et… tu gâches tout »

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MessageSujet: Re: Vide cor meum (céleste) Mer 17 Juin - 12:52



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Les souvenirs qui se déploient dans l’atmosphère dangereuse, Céleste n’entend pas, ne veut pas, le déni au cœur mordu, elle s’encombre des parfums de douleurs, dans la bibliothèque assise dans le fauteuil de cuir, se relevant face à lui.

« Et nous ne l’avons pas fait. Et alors ? » dit-elle. Car du sexe ce territoire affamé des humains elle n’en trouve aucune récompense, aucune persuasion de plaisir, elle se dégoûte des corps léchés, des corps caressés ; ce qu’elle souhaitait c’était la réponse ; était-ce un père ou un amant ? De plusieurs preuves qui se distillent dans les agates baissées vers le passé elle aurait dit que c’était le père, mais de plusieurs actes commis… Perdue l’enfant les draps de satin, jalouse aussi, jalouse, verte de jalousie. « Je suppose que je n’ai pas besoin de toi. En fait. Je n’ai jamais eu besoin de toi. » Alors pourquoi est-elle revenue, à cette date précise, là, cet anniversaire celui de sa deuxième naissance vers le patriarche de ses sentiments ? Deux cent ans et quelques fois elle pensait à lui certainement, enlevé par le fait qu’elle trouvait des plaisirs ailleurs, ceux de tuer par des œuvres papillonnantes, des têtes sur les placards et d’elle Aurore le cadeau du ciel. Mircea qu’elle a oublié, qu’elle a rejeté consciemment, marre des ravages, de cette dépendance.

Aujourd’hui, le retour d’une princesse déchue, et le roi dans son alcôve humide, sec ; elle le sent, cette haine bouillonnante ployant dans les veines de bras musclés tandis qu’il arrache, écartèle, dilapide l’un de ses membres ; au sol qu’elle observe, fière, le mur de glace qui se relève du glaive ; la voix n’est qu’un filet entre les parois de gorge morcelée. « Tu l’as tué car tu n’as pas de cœur. Tu as tué ta propre chair. Sûrement qu’elle a dû souffrir pendant quelques jours, pour ton désir égoïste.» L’ombre de la lune se joint sur la peau envoutante de l’enfant des cieux, l’ange acariâtre qui se pétrifie loin de lui, du toucher des délices, penchant la tête vers des illusions sordides, les images se bousculent et forment les rêveries d’une barbarie ensanglantée, tableau des maléfices, l’acte premier d’un fratricide.

« Je ne demanderai pas pardon. Je ne connais pas le pardon. Je refuse le pardon. Ne m’as-tu jamais connu ? Pourquoi m’avoir transformé ? Tu savais qui j’étais ? Ou alors n’étais-je qu’une poupée, l’hôte de ta fille disparue ? Je ne suis pas elle ! » C’est cela, là, en bas, dans le sacre du cœur, les rives des émotions disparues, dans les jalons de la colère fourmillent les discordes de l’amertume, elle dégueule encore des paroles éblouies de vulgarité cette fois-ci les larmes à ses joues peinturées de pourpre, elle veut s’enfuir. « Et je t’en remercie de cette offrande. De l’immortalité que tu m’as procurée. De ces moments passés ensemble. Je ne les ai pas oubliés, je l’ai fait exprès. Comme une gamine qui demande l’attention de l’adulte et cela tu ne l’as pas compris. »

La fenêtre ouverte, des jambes qui se tendent puis saute l’enfantillage, une dernière parole pour la fin. « La prochaine que tu transformeras j’espère qu’elle t’accordera le bonheur. Qu’elle puisse être ta fille, celle que tu cherchais. Ce n’était pas moi. ». Le voile recouvre ses cheveux de blé luisant dans le crépuscule de la matinée royale, enchantée des ruisseaux de beauté, l’aurore s’habille de ses dentelles amusés. Tremble dans la nébuleuse opalescente une jeune fille, se fixe la démente son acuité pour observer la forme de l’homme disparu dans les affres de la nocturne dame qui soupire de la divergence de ses enfants, quelle tristesse entend-elle Céleste.

D’un bras qui repousse légèrement, elle navigue à l’appartement, relève le chambranle d’un plancher grinçant tandis qu’elle recouvre son plus beau trésor dans les linges de l’insoumission. Valeur sentimentale mais voluptueuse, retourne distraitement dans l’autre territoire inconnu, envié, la curiosité envenime les réflexions de la déesse éplorée. D’une table qu’elle répare, elle pose le paquet cérémonieusement, la toile, la plus belle, contre le mur laminé ; elle griffonne la note d’adieu, obnubilée par la concentration elle n’ouï pas le monstre proche.

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