Il ne faut pas oublier de laisser un petit commentaire sur prd et bazzart.
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☆ did you see the flares ? (joda)

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Joel Zsivoczky
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MessageSujet: ☆ did you see the flares ? (joda) Ven 15 Mai - 17:33



De loin, on ne voyait que quatre murs branlants surmontés d'un toit de paille qui manquait de s'envoler à la moindre brise, le tout entouré de ruines et autres restes de bois et de pierres. Une ancienne maison à l'abandon. Et puis, on s'approchait davantage, on passait la tête par ce qui servait de porte d'entrée et on s'apercevait qu'elle n'était pas abandonnée du tout. Elle n'était pas encore réellement habitée, mais elle le serait une fois que les travaux seraient finis. Peut-être dans trois mois, peut-être dans trois ans. C'était Joel qui avait tout construit et qui construirait tout, depuis la base de la base jusqu'au dernier coup de pinceau. Actuellement, il s'attelait au toit. Il ne pouvait pas laisser indéfiniment cette paille qui n'abritait pas grand-chose et laissait passer l'eau lorsqu'il pleuvait. Il était debout, en équilibre sur l'un des quatre murs porteurs, et dégageait tout un côté de paille. Il installerait les poutres, les unes après les autres. La construction du toit était sûrement ce qui lui prendrait le plus de temps, mais après ça il pourrait s'occuper de l'intérieur tout à son loisir, sans craindre qu'un orage ou une averse se déclenche. Du coin de l’œil, il aperçu que quelqu'un s'était approché. Il ne tiqua pas, ne se retourna pas. Il continua son travail comme si de rien n'était. Il savait très bien qui c'était, mais quand bien même. Il avait été plutôt clair sur le fait qu'il ne voulait pas être dérangé lorsqu'il était au « cottage », comme il appelait son futur logement ; c'était son coin, là où il pouvait être tranquille, là où il pouvait tenter de faire abstraction des pensées qui lui empoisonnaient l'esprit. Là où il arrivait à ne pas penser à sa mère et au fait qu'il ne la reverrait plus jamais, là où il arrivait à ne pas penser aux enfoirés qui l'avaient tué et au fait qu'il mourrait d'envie de leur déchirer la carotide. « Joel » lâcha durement l'homme qui était venu lui rendre visite. Joel ne bougea toujours pas. « Si tu comptes sur le fait que je descende te faire des courbettes et un baise-main, tu peux toujours courir » répliqua-t-il tout en continuant ce qu'il était en train de faire. Vasile ou pas Vasile, alpha ou pas alpha, il s'en fichait. Complètement. C'était du pareil au même : il ne voulait pas être dérangé, par qui que ce soit. Il entendit soupirer mais ne se retourna pas pour autant. Il pourrait bien soupirer autant qu'il voulait. « Joel, je n'attendais pas à ce que tu fasses ça. Mais j'aimerais bien que tu descendes malgré tout, il faut que je te parle de quelque chose. » Le jeune loup-garou serra les poings et se retourna, enfin. « Tu peux toujours courir pour ça aussi. Je veux pas être dérangé quand je suis ici et tu le sais très bien. - Ça serait bien que tu arrêtes de faire l'adolescent et que tu descendes. - T'es sourd ou quoi ?! Je veux pas être dérangé, barre-toi tu veux ? - Je ne comptes pas bouger d'ici Joel. C'est quoi ton problème ? Depuis quand tu me parles comme ça ? - Depuis que tu viens me faire chier quand je suis ici ! » Joel voyait rouge et sa respiration s'accéléra. Il avait choisi spécialement cet endroit, un peu à l'écart des autres sans pour autant s'éloigner du territoire de la meute, pour que personne ne vienne l'embêter. Pour qu'il soit au calme, pour que ce soit un lieu paisible, où il ne s'énervait pas ; et voilà que Vasile venait tout foutre en l'air. Le regard du brun était perçant, menaçant, mais l'alpha ne bougeait pas d'un pouce, bien déterminé à rester là. Et puis, soudain, l'expression de Joel changea du tout au tout. Ses traits s’apaisèrent instantanément, son regard s'illumina légèrement et ses muscles se détendirent. « Tu comptes pas bouger d'ici, hein ?! » lança-t-il alors, hautain, en donnant un coup de menton en direction de Vasile. « Et bien c'est moi qui vais le faire. » Il sauta du haut du mur et atterrit accroupi, le bout des doigts au sol pour se stabiliser, avant de se relever et de s'approcher de l'alpha, la tête haute. « Et ne t'avises pas de me suivre. » Joel tourna les talons sans attendre une quelconque réponse et se mit à courir. S'il s'était apaisé en un quart de seconde, ce n'était en effet absolument pas dû au fait que Vasile ait pu tenter d'envoyer des ondes positives. Absolument pas, non ; la raison se trouvait ailleurs, quelques centaines de mètres plus loin. La raison était brune et particulièrement mignonne. La raison, c'était cette jeune louve que Joel avait mordue un peu plus d'un mois plus tôt. C'était son odeur, qu'il avait senti. Qui l'avait sauvé d'une discussion qu'il n'avait pas envie d'avoir.

Joel ne mit pas longtemps avant de la retrouver, trente secondes tout au plus. Une fois arrivé à l'endroit où l'odeur se faisait la plus forte, il n'eut aucune difficulté non plus à apercevoir la jeune femme. Elle était accroupi aux pieds d'un arbre et semblait observer des fleurs. Joel colla son dos au tronc d'un autre arbre, quelques mètres plus loin, afin de ne pas se faire repérer tout de suite. C'était la première fois qu'il la revoyait depuis la dernière pleine lune. Depuis qu'il l'avait ramené dans son cottage en construction, depuis qu'il s'était occupé d'elle à son réveil… depuis qu'il l'avait prié de partir, aussi. Il s'était ensuite retenu de la suivre, les jours suivants, comme il avait pu le faire avant la pleine lune. Il n'avait plus aucune raison valable, après tout : il savait dorénavant qu'elle allait bien. Il n'avait plus qu'à savoir où elle se retrouverait au réveil de sa prochaine pleine lune, au cas où elle serait encore perdue et serait déstabilisée. S'il se faisait prendre en train de la suivre, il n'aurait aucune raison pour se défendre. Cela n'empêchait pas le fait que la brune occupait la moindre de ses pensées. Cela ne lui déplaisait pas vraiment, à vrai dire, d'autant plus que cela lui évitait aussi de penser à sa défunte mère ; mais ça le tuait de penser sans arrêt à elle sans aucune raison particulière. Joel prit une grande inspiration et s'engagea sur le sentier, sortant de sa cachette. Il marcha négligemment, comme s'il n'était pas venu exprès pour voir Ida, comme si la rencontre serait tout à fait inopportune. Il s'adossa, décontracté, contre le tronc de l'arbre autour duquel elle s'affairait. Il baissa le regard vers la jeune femme et haussa les sourcils. « Alors tu nous prépares quoi, un herbier ? » Il ricana, avant de s'accroupir. Il pointa différentes fleurs et les nomma à tour de rôle, adoptant un air professionnel. « Guimauve, orchis, cerfeuil, aspérule et… pâquerette. » Il esquissa un sourire en coin, fier de lui. « Meilleur qu'un bouquin, t'as vu ?! » Il se releva ensuite, reprenant sa position contre le tronc, les bras croisés sur son torse, observant Ida de toute sa hauteur. Il croisa alors le regard de la brune et un frisson lui parcouru le corps. Il fit rapidement beaucoup moins le malin et se tassa sur lui-même, son sourire ironique se transformant en une légère grimace. Le sentiment de culpabilité le reprit à la gorge, violemment. Joel était arrivé à en faire abstraction ces derniers jours, l'épisode de la dernière pleine lune l'ayant quelque peu rassuré, mais il se reprenait à présent une grande vague en pleine face. C'était à cause de lui, tout était à cause de lui. Il revoyait la brune, innocente, et puis il la revoyait, l'épaule en sang. Une seconde humaine, l'autre louve. Une seconde la vie tranquille, celle d'après régit par les pleines lunes. Il s'en voulait terriblement, mais il ne savait pas pourquoi. Il n'avait aucune idée de la raison pour laquelle il s'en voulait autant. Après tout, il ne s'était pas tant soucié de tous ceux qu'il avait pu blesser par le passé… peut-être que tout résidait là : Ida était la première qui survivait à l'une de ses morsures, elle était la première qu'il transformait. Il aurait dû en être rassuré pourtant, que pour une fois il n'ait pas tué la personne à qui il s'était attaqué ; mais au contraire de ça, au contraire de ce qui aurait été logique, il ne pouvait pas s'empêcher de ressasser, encore et encore, le fait qu'il avait gâché la vie d'une personne qui ne lui avait rien fait, qui n'avait rien demandé à personne. Il avait décidé de son avenir pour elle, à sa place. « Et alors… » commença-t-il, bien moins assuré que lorsqu'il était arrivé, « tu la vis comment, ta vie de louve ? Ça s'passe bien ? » Joel espérait qu'elle lui dise oui. Que tout allait bien, que c'était même mieux ; mieux qu'avant, mieux que lorsqu'elle était humaine. Qu'elle était reconnaissante, finalement, qu'il l'avait mordue pour le mieux. Il voulait qu'Ida lui dise ça, oui ; mais il était malheureusement le premier à savoir qu'il ne récoltait pas toujours ce qu'il voulait – à son plus grand regret.

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Ida Varga
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MessageSujet: Re: ☆ did you see the flares ? (joda) Dim 17 Mai - 4:18



« Comment va ton pouce ? » Je baisse machinalement les yeux sur mes deux mains accrochées au volant de ma vieille coccinelle. Je sais très bien que sous le pansement, il n’y a plus de sang, plus de coupure. Mais mon frère lui, pense que je souffre encore du coup de couteau que je me suis donné tout à l’heure en préparant des beignets à la pomme et au miel avec lui. Ca faisait longtemps qu’on avait pas passé du temps que tous les deux. Entre son école de médecine et ma nouvelle… nature, on n’a chacun passé du temps de notre côté. Du coup, ce matin, il m’a demandé un coup de main pour préparer une pâtisserie qu’il pourrait amener à l’hôpital pour la fête d’une de ses collègues. J’ai sauté sur l’occasion et c’est vrai que ça nous a fait du bien. Simon s’est beaucoup confié à moi sur ses cours et notamment les cas qu’il peut voir passer lorsqu’il est aux urgences pour assister les urgentistes. J’admire beaucoup mon frère, il faut avoir les épaules solides pour travailler dans le médical. Le problème c’est que je n’ai rien eu à lui raconter en retour, ce qui l’a beaucoup étonné. D’habitude, je lui raconte tous les ragots de la ville, je lui explique les nouvelles recettes que j’ai appris ou encore ma nouvelle idée pour ma future boulangerie/pâtisserie vegan que je rêve d’ouvrir à Budapest. Mais j’avais trop le cœur lourd pour lui parler de tout ça. Je n’avais qu’une seule envie ; lui dire ce qu’il m’est arrivé, ce que je vis en ce moment et à quoi je dois faire face. Mais évidemment, je ne peux pas. Je ne peux pas passer pour une folle devant ma famille et risquer de me retrouver à la rue parce qu’ils me prennent pour un monstre. « Ca va, ne t’inquiète pas. » Je fais quand même mine de grimacer en bougeant mon pouce que ça paraisse réaliste mais je vois bien que mon frère n’adhère pas complètement. Il reporte son regard sur la route, le coude appuyé sur la portière et sa main serrant sa tignasse.

Après l’avoir lâché devant l’hôpital et m’être assurée qu’il ne ferait pas tomber le carton contenant les beignets, je fis redémarrer ma vieille voiture pour partir un peu en dehors de la ville. En direction de la forêt bien évidemment. Dès que j’ai un moment de libre et que je sais ma famille assez occupée pour ne pas penser à moi, je m’échappe dans ma seconde maison. Déjà avant d’être transformée j’y passais le plus clair de mon temps. La nature a toujours été un refuge pour moi. Une passion que mon père m’a appris très tôt alors que mon frère préférait rester à la maison pour jouer aux jeux vidéos. Mais depuis ma « transformation », j’ai encore plus de plaisir à venir en forêt. Je me sens encore plus en harmonie avec ce qui m’entoure et j’essaie de mettre en pratique ce que Brynjolf m’a appris pour utiliser mes nouveaux pouvoirs. Le garde forestier est le seul loup que j’ai rencontré depuis ma morsure – je ne compte pas l’inconnu qui m’a mordue – et grâce à lui, j’ai pu éclaircir quelques points. Il faut dire que je me suis retrouvée projetée dans une monde dont je ne me doutais même pas l’existence et que j’ai dû y faire face toute seule. Mes nouveaux pouvoirs, mes sens décuplés, ma première pleine lune, mon nouveau mode de vie… Je ne savais vraiment pas comment gérer tout ça. Si bien que lorsque je me suis retrouvée face à un vrai loup qui a voulu me croquer, il a fallu que le garde forestier intervienne pour me sauver la vie parce que j’aurai été incapable de savoir qu’il fallait montrer des crocs pour que l’animal s’enfuie. Même si je me suis d’abord beaucoup méfiée, Brynjolf m’a apaisée et il a même répondu à plusieurs de mes questions. Grâce à lui, je comprends mieux ma nouvelle nature et je sais que je vais devoir beaucoup travailler pour gérer mes nouveaux pouvoirs. C’est pour ça que dès que je peux, je quitte le centre ville pour tester mes nouveaux sens et essayer de les apprivoiser.

Comme à mon habitude, je cherche un coin isolé dans la forêt et sans m’en rendre compte, je me suis éloignée de plusieurs kilomètres de la bordure. Je ne contrôle pas encore ma vitesse et j’ai tendance à me laisser emporter par les sensations qu’elle me procure. J’arrive dans une espèce de petite aire entre de grands arbres très fournis. Les rayons du soleil passent tout de même à travers les feuillages, ce qui a permis à quelques fleurs de printemps de pousser au pied d’un arbre. Je souris, plutôt contente de ma trouvaille. Je vais me mettre à genoux devant les quelques fleurs et pose mes mains à terre, bien à plat, je ferme les yeux et inspire profondément pour pouvoir me concentrer sur ce qui m’entoure et sur ce que j’ai sous les mains. Très rapidement, je fronce les sourcils, il me semble entendre un écureuil un peu trop curieux au-dessus de ma tête. Ca me fait doucement rire. L’animal s’enfuit dans les feuillages. J’ai l’impression que la terre légèrement humide sous mes mains vibres, comme si quelques chose se rapprochait. Je me concentre et tend l’oreille. Un cerf ? Non… Quelque chose qui avance sur deux pattes… « Alors tu nous prépares quoi, un herbier ? » Je lève les yeux pour me retrouver face un visage que je n’ai vu que deux fois jusqu’à présent mais dont je ne pouvais pas oublier les détails. Ce regard. Pour le moment bleu océan mais que j’ai vu à deux reprises jaune. L’inconnu qui m’a mordue il y a plus d’un mois. Celui qui m’a plongé dans un monde dont je ne connais quasiment rien et qui me fait peur. Celui qui m’a détourné de ma petite vie d’humaine bien simple pour faire de moi un monstre qui va subir la pleine lune tous les mois. Je ne détache pas mon regard de son visage, mes mains se mettent à trembler et je peux sentir mon cœur battre à tout rompre dans ma poitrine. Le jeune homme s’accroupi à mes côtés et commente les fleurs présentes sous nos yeux. Quel culot. Il croise mon regard et comprend sûrement que je ne suis pas d’humeur sarcastique comme lui car il s’écarte et prend appui sur l’arbre devant moi. Il me demande le plus simplement du monde comment je gère ma nouvelle nature. J’ai l’impression de rêver. Mais j’ai bien compris son petit jeu, cette manière de me parler avec détachement. Je baisse à nouveau la tête et ferme les yeux pour tenter de retrouver la concentration que j’avais avant qu’il ne vienne tout briser. « C’est tous les jours Disneyland. Maintenant dégage, je suis occupée. » Je serre la terre sous mes doigts. C’est la terre ou sa gorge.
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Joel Zsivoczky
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MessageSujet: Re: ☆ did you see the flares ? (joda) Jeu 21 Mai - 10:21



S'il y avait bien une chose que Joel ne pouvait pas nier, c'était que la jeune louve ne le laissait pas indifférent. C'était peut-être même d'ailleurs l'expression qui caractérisait le mieux ce qu'il pouvait éprouver envers elle ; elle ne le laissait pas indifférent, c'était certain, à tout les plans. Il était pris d'une immense culpabilité à chaque fois qu'il pensait à elle et à chaque fois qu'il croisait son regard, c'était acté. Mais il n'y avait pas que ça, il n'y avait pas seulement le fait qu'il s'en voulait de l'avoir mordue ; c'était indéniable, aussi, que la brune l'attirait. C'était peut-être même la première fois qu'il réalisait qu'une fille lui plaisait. Auparavant, Joel était épris d'une incroyable indifférence concernant la gente féminine. Il n'aurait réellement pas su dire pourquoi ; ce n'était pas comme s'il avait eu une mauvaise rupture par le passé, ou comme s'il n'avait jamais eu de modèle d'amour dans sa vie. Ses deux parents s'étaient toujours aimés comme au premier jour et il était clair que son père ne tournerait pas la page de sitôt. Ils s'étaient aimés autant qu'ils étaient possible de le faire, ils s'étaient toujours prouvés leur affection l'un envers l'autre, mais avaient aussi fait preuve d'amour envers leurs deux enfants. Joel ne savait donc pas pourquoi, pour s'être posé la question à plusieurs reprises, mais c'était comme ça. Bien sûr, István s'était plusieurs fois gentiment moqué de lui par rapport à ça. Lui-même n'était pas un coureur de jupons, mais il n'arrivait pas à comprendre que son meilleur ami puisse ne rien ressentir du tout devant une belle femme. Il avait d'ailleurs longtemps pensé qu'il était homosexuel mais qu'il n'osait pas l'avouer, avant de s'apercevoir que Joel n'éprouvait pas davantage d'attirance pour les hommes. C'était comme ça, il fallait si faire, d'autant plus qu'il n'y avait rien d'handicapant dans cette situation. Que du bénéfice, en réalité, puisqu'il n'avait pas à s'embêter de tous ces sentiments et questions qui s'y greffaient forcément. Néanmoins, son habituel manque total de libido avait été chamboulé par la jeune louve qu'il avait mordue. Et cela n'avait aucunement à voir avec le fait qu'il avait partiellement aperçu la nudité de la brune lors de sa première pleine lune, avant qu'il ne la recouvre de sa veste. D'ordinaire, Joel était complètement immunisé à cela aussi, parce qu'il avait à plusieurs reprises retrouvé des amies qui s'étaient éloignées de l'endroit où elles avaient déposé leurs habits, afin de leur rendre leurs vêtements rapidement, justement, et cela lui avait toujours fait ni chaud ni froid, pour tout dire. Ce qui avait troublé Joel, c'était bel et bien le regard de la louve, qui avait semblé lui transpercer le cœur. Trouver une femme attirante était donc tout nouveau pour lui, mais il ne pouvait pas le dire que ça le dérangeait -bien au contraire. Malheureusement, cela aurait été bien trop beau que la situation soit simple : je t'ai mordue, je suis désolé, c'est pas grave je te pardonne, t'es belle quand même tu sais, c'est la première fois que je trouve une fille aussi belle, oh oui c'est vrai ? t'es pas mal non plus dans ton genre, ils s'embrassèrent et vécurent heureux. Non, ça ne se passait jamais comme ça dans la réalité, et leur situation n'était pas une exception. Au lieu de ça, la jeune femme semblait nourrir une certaine rancune envers Joel, au vu de ce qu'elle venait de lui répondre, et bien qu'il s'en voulait de ce qu'il lui avait fait subir, il n'appréciait pas qu'on lui parle sur ce ton. Que ce soit son père, Vasile, Itsvàn ou la fille qu'il trouvait jolie. En réalité, elle ne faisait que mimer la façon dont lui-même avait parlé, mais Joel était comme ça : il refusait qu'on agisse avec lui de la façon dont il agissait avec les autres. Plus encore, il avait en horreur qu'on puisse lui imposer quoi faire. Surtout si c'était de "dégager". Le blond, toujours adossé contre son arbre, haussa les sourcils. « Je te demande pardon ? » Il marqua une pause, fixant la jeune femme qui n'avait même pas le cran de le regarder dans les yeux. « Tu vas redescendre tout de suite de ton petit nuage, et tu vas rapidement retenir qu'on ne me parle pas comme ça. » Sa voix était froide, brusque, directe et ne laissait la place à aucune contestation. Il s'accroupit alors, peut-être un peu trop rapidement, et pointa son doigt sur le genou de la brune, son regard se faisant perçant et menaçant. « Je suis désolé, t'es contente ? » Hautain, Joel venait de présenter ses excuses en cinq mots dénués de compassion. Ce n'était sûrement pas comme ça qu'il aurait voulu se faire pardonner, s'il y avait mûrement réfléchi, mais il était à présent trop énervé pour penser à le dire autrement. « Mais ne t'avises pas de faire la maline avec moi. » Il était comme ça Joel, il partait au quart de tour pour une vulgaire remarque. Oui il culpabilisait, oui elle l'attirait, mais ce n'était pas une raison pour se moquer de lui. Et quand on se foutait de lui, il n'y allait pas par quatre chemins.

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Ida Varga
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MessageSujet: Re: ☆ did you see the flares ? (joda) Sam 23 Mai - 14:27



Etonnamment, l’arrivée de l’inconnu qui m’a mordue il y a plus d’un mois de cela, ne me panique pas plus que ça. Pourtant, il n’y a même pas une semaine de cela, mon cerveau passait de question en question. Des questions que j’aurai voulu lui poser, des réponses qu’il me devait après ce qu’il m’avait fait et surtout après qu’il m’aie ramené chez lui suite à ma première pleine lune. Depuis une semaine, il n’a cessé d’accaparer mon esprit et je pense que c’est bien pour ça que je n’arrive à rien dans mon apprentissage de jeune louve, que je n’arrive pas à ressentir ce que les autres ressentent, à pouvoir utiliser mes nouveaux sens. J’ai sûrement besoin de comprendre le pourquoi avant de pouvoir débuter ma nouvelle vie. Je suis venue une bonne dizaine de fois dans cette forêt depuis ma pleine lune, dans l’espoir de flairer quelque chose, de le revoir et qu’il m’apporte des réponses mais je ne suis arrivée à rien. Maintenant qu’il est devant moi, je me sens bien trop calme et détendue pour me rendre compte que celui qui a fait de moi une louve se trouve à une poignée de centimètres de moi. C’est comme si sa présence ne me faisait ni chaud ni froid. Je rentre même dans son petit jeu sarcastique. Moi qui n’a jamais été du genre à répondre. J’ai remarqué que ma personnalité à légèrement changé depuis que je suis une louve ; je ne mâche plus mes mots, j’écoute beaucoup plus ce qui se dit en ville, je suis sur la défensive et j’ai une forte tendance à tenir tête à tous ceux qui ne pensent pas comme moi. Tout le contraire de la personne que j'étais avant. Mais je reste tout de même étonnée de rester si stoïque face à celui qui a chamboulé ma vie et qui me doit des explications.

Mais mon calme olympien ne dure pas longtemps car à peine ai-je demandé à l’inconnu de disparaître de ma vue, que celui-ci hausse le ton. Je ne relève pas, continuant de fixer mes mains qui s’enfoncent petit à petit dans la terre. Mais lorsque le jeune homme se montre brusque et directe, je peux sentir mon pouls s’accélérer. J’entends mes artères pomper du sang dans mes oreilles et je ne me rends même pas compte que j’ai enfoncé mes mains dans la terre jusqu’au milieu de mes avants bras. Je suis passée de extrêmement zen à… A quoi exactement ? C’est là que ça me frappe. Je me rends compte que mon humeur a changé en même temps que celle de l’inconnu et c’est là que je me rappelle des mots de Brynjolf. Les loups peuvent ressentir ce que leurs sembables ressentent et le garde forestier m’a clairement avoué m’avoir calmé alors que je venais d’être sauvée d’un vrai loup en chasse. L’inconnu a été touché dans son égo, il hausse le ton et je peux clairement entendre son cœur battre aussi rapidement que le mien. Non seulement il a fait de moi un loup, comme lui, mais maintenant il me passe aussi sa colère. Je retire brusquement mes mains de la terre et je me retrouve à court de souffle. « Si je suis contente ? T’es sérieux ? Tu crois que je vais te parler comme un roi alors que tu as gâché ma vie et que tu me sers des excuses pourries alors que tu aurais pu m’aider dès le début ? » Je croise les bras sur ma poitrine, un rire sarcastique sort ma bouche. Je joue à un jeu dangereux, j’en ai pleinement conscience. L’inconnu a beaucoup plus d’expérience que moi, il pourrait certainement me chasser ou me faire du mal sans que je n’aie le temps de faire quoi que ce soit. Pourtant, je ne peux pas m’empêcher. Je me lève et m’avance vers lui, un indexe pointé sur son torse. « C’est pas à toi de me dire comment je dois agir avec celui qui m’a mordue d’accord ? Je me retrouve du jour au lendemain projetée dans une vie dont je ne me doutais même pas l’existence, sans personne pour m’aider et me diriger. Je ne te connais même pas et tu as l’audace de venir me déranger pendant que j’essaie d’apprivoiser ce que tu m’as imposé et c’est à moi de ne pas faire ma maligne ? » Brynjolf me l’a dit ; lorsqu’un loup-garou mord un humain, il n’est pas lui même. C’est l’animal qui le dirige et je sais parfaitement que je n’ai aucun droit d’accuser l’inconnu de m’avoir mordue. Mais je peux l’accuser de ne pas m’avoir pris sous son aile comme quelqu’un de sensé et de gentil l’aurait fait. Je le regarde, secoue la tête avant de laisser retomber mon doigt qui s'était enfoncé dans son torse. Mon souffle se normalise et je finis par lever les yeux au ciel. « J’ai bien compris ; tu ne me dois rien et je ne te dois rien. Alors si tu viens à nouveau à me croiser sur ton chemin, soit tu m’aides, soit tu continues ta route. » La colère passe, laissant place à la tristesse. Une immense tristesse. Je déteste ne pas pouvoir contrôler mes émotions. Je renifle avant de secouer à nouveau la tête et de lever les épaules. « C’est bon, laisse tomber tout ça. Je préfère être seule en fin de compte. »
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Joel Zsivoczky
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MessageSujet: Re: ☆ did you see the flares ? (joda) Jeu 28 Mai - 9:47



Décidément, la jeune louve ne réagissait pas du tout comme Joel s'y attendait. D'après ces observations, lorsqu'il avait suivi la brune quand il s'était rendu compte qu'elle était toujours vivante après qu'il l'ait mordue, c'était une jeune femme discrète, calme, qui gardait ce qu'elle pensait pour elle. Une fille fragile, en somme. Pourtant, l'image qu'elle dégageait à présent était complètement différente. Elle apparaissait dorénavant de taille à s'opposer à Joel, et ne se privait d'ailleurs pas de le faire. Elle avait tous les droits, bien sûr, mais cela n'empêchait pas le fait que cela le mettait hors de lui. Il ne supportait pas qu'on lui réponde, il ne supportait pas qu'on le défie. Encore moins quand c'était des personnes plus jeunes, plus faibles, ou moins expérimentées que lui. Il prenait littéralement cela comme une insulte. « Exactement oui » répliqua sèchement Joel, alors que la brune répondait à ses propres attaques. « Je suis pas mère Theresa, ni un foyer pour louveteaux en détresse » ajouta-t-il sèchement. Bien sûr que, posément, ce n'est pas une chose qu'il aurait dite. Ce n'était même pas une chose qu'il pensait, en réalité ; mais la colère s'était emparée de lui et c'était elle qui parlait à présent. « Alors si mademoiselle se sent perdue, » reprit-il, un sourire narcissique et ironique collé sur le visage, « qu'elle appelle le 815 SOS jeune loup mordu. » Joel laissa échapper un rire sans joie, à l'instar de la brune, avant de se relever tout aussi rapidement qu'elle. Il anticipait le moindre de ses mouvements, prêt à riposter s'il le fallait. Il n'allait certainement pas se faire surprendre par une débutante, il n'allait pas se faire maîtriser par une gamine. Zsivoczky était particulièrement doué pour résister aux attaques, qu'elles soient verbales ou physiques, et il en montrait la preuve aujourd'hui. Alors même qu'il n'était pas indifférent à son charme, ou même à la brune tout court, il n'avait aucun remord à s'énerver contre elle, il n'avait aucun mal à se moquer d'elle. C'était comme ça que Joel fonctionnait : il y avait lui, puis les autres. Et si les autres l'énervaient, alors il ripostait ; peu importe de qui "les autres" étaient composés. Peu importait si c'était son meilleur ami ou son père, l'épicière innocente ou son ennemi juré. Il ne se privait même pas de s'énerver contre sa sœur et de lui proférer des insultes, quand celle-ci lui tapait sur le système, alors même qu'elle n'avait pas quinze ans. Bien sûr, il n'en venait pas à se battre physiquement avec des personnes visiblement plus faibles que lui, comme les enfants ou les humains innocents, mais ses armes verbales étaient tout aussi affûtées. Joel avait en effet quelques vingt années d'expérience en la matière, et se débrouillait réellement bien. « Parce que tu penses que ça m'enchante, de t'avoir mordu ? » cracha-t-il alors qu'elle l'accusait de pleine face, un index enfoncé dans son torse. Il ne fit même pas attention à ce contact physique, bien trop concentré et énervé par ce que la brune venait de dire. « Tu penses que ça me plaît d'avoir ta putain d'odeur dans les narines dès que tu es à moins d'un kilomètre de moi ? Que ça me plaît d'avoir des flashs de cette nuit en permanence ? Hein ?! » En réalité, la réponse était oui. Oui, ça lui plaisait ; ou en tout cas, ça ne lui déplaisait pas. Mais dans l'énervement et la colère, ces questions rhétoriques appelaient bien évidement la réponse non. « Tu sais quoi ? D'habitude, ceux que je mords ils meurent. Tous. Tous ceux que j'ai mordus sont morts. Et tu sais quoi aussi ? J'en ai rien à faire. Mais toi, » ce fut à son tour de pointer un doigt sur la jeune femme, sur son épaule néanmoins, « toi, tu as survécu. T'es pas morte. Alors, j'ai envie de te dire : estimes-toi heureuse. » Heureuse. Comment aurait-elle pu l'être ? Comment pouvait-elle être heureuse alors qu'elle était devenue un monstre, comme les appelaient si bien les humains qui avaient connaissance de l'existence des loup-garous, et qu'elle ne savait pas comment le gérer ? Mais sans aller jusque là, sans parler d'être heureuse ou malheureuse, la brune aurait pu ne pas se tenir là, devant lui, le cœur battant et les yeux ouverts. Elle n'en aurait pas eu connaissance, bien sûr, mais elle aurait pu être enterrée six pieds sous terre, à l'heure qu'il était. Joel retira le doigt menaçant qu'il pointait sur la jeune femme, quand elle fit de même avec celui qu'elle avait enfoncé dans son torse. Résignée, elle reprit la parole, imposant à Joel de l'aider ou de partir. Il avait toujours la respiration rapide et bruyante et ses veines étaient toujours parcourues par un sang bouillonnant de colère mais, à tout ça vint s'ajouter un sentiment différent. Un sentiment qu'il connaissait trop bien malheureusement, pour avoir été sous son emprise pendant de longues semaines, récemment. Troublé, Joel ne sut quoi répondre, fixant la jeune femme, ses sourcils haussés. L'aider ou s'en aller ? Que pouvait-il faire ? Il n'avait pas envie de partir, c'était une certitude. Pourquoi, d'ailleurs, il n'en savait trop rien, mais il ne voulait pas perdre de vue la brune. Mais, l'aider ? En était-il capable ? En avait-il seulement envie ? Il l'avait ramené chez lui dans son cottage en construction après la dernière pleine lune, certes. Mais c'était là davantage la culpabilité qui avait joué, plutôt que l'envie d'aider celle qui était désormais sa victime. Joel se passa alors la main dans les cheveux, tâchant de se donner la contenance qu'il perdait petit à petit. Et puis, quelque chose flancha en lui. Quelque chose se brisa quand la brune, visiblement triste et aux antipodes de l'état dans lequel elle était quelques minutes plus tôt, avoua qu'elle préférait être seule, qu'il valait mieux que Joel laisse tomber tout ça. La voix de la jeune femme était à déchirer le cœur et même le loup-garou d'ordinaire insensible eut du mal à ne pas être touché. La nature compatissante des lycans aidant, le cœur de Joel était noyé de cette tristesse que la brune ressentait. Sa colère s'évapora en un clin d’œil et il baissa le regard, légèrement honteux. Que pouvait-il dire maintenant, après avoir été si odieux ? Comment pouvait-il se rattraper, de toute façon, après avoir proféré toutes ces insultes ? Comment pouvait-il la convaincre qu'il ne pensait pas ce qu'il avait dit alors qu'il avait pourtant semblé si convaincant ? En avait-il seulement envie, d'ailleurs, d'avouer sa faiblesse ? Probablement pas. Malgré tout, l'ego de Joel était puissant et les excuses n'étaient pas son fort ; avouer ses torts encore moins. Il serra alors la mâchoire, faisant ressortir ses maxillaires. Il prit ensuite une grande inspiration, avant de lâcher simplement « Tu t'appelles comment ? », le ton de sa voix considérablement adouci. Il n'avait rien trouvé de mieux pour sa défense ; et bien qu'il ait suivi la jeune femme et tendu l'oreille pour capter ses discussions avec son frère, ses parents, ses collègues, il n'avait contre toute attente jamais perçu le prénom de la jeune femme. Ou, peut-être qu'il n'avait pas voulu le percevoir ; peut-être que, inconsciemment, il avait voulu l'apprendre par la brune elle-même.

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Ida Varga
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MessageSujet: Re: ☆ did you see the flares ? (joda) Dim 31 Mai - 3:35



C’est la première fois qu’on se voit vraiment, je veux dire, qu’on se parle. La première fois que nous nous sommes rencontrés, c’était lorsque le jeune homme m’avait mordue donc on ne peut pas vraiment dire que c’était une bonne rencontre… La deuxième fois, c’était à cette fête en ville, lorsque j’ai croisé son regard dans la foule et que la minute d’après je me transformais pour la première fois en louve. Là encore, on ne peut pas dire que c’était très propice à la discussion. Sans parler du moment où il m’a salement jeté à la porte de chez lui après m’avoir réchauffée et mise dans son lit. Je n’ai donc jamais vraiment eu l’occasion de parler avec lui et d’en apprendre plus sur lui. Je me suis beaucoup imaginé sa personnalité et sa vie parce que c’était tout ce que je pouvais faire ; m’imaginer. Mais à chaque fois qu’il apparaissait dans mon esprit, le jeune homme était quelqu’un de calme, discret et solitaire. Je me suis imaginée qu’on allait se revoir et peut-être pouvoir parler de tout ça. J’avais envie de lui dire que je ne lui en voulais pas, que je savais très bien qu’il ne m’avait pas volontairement mordue mais que maintenant, j’avais besoin de lui pour m’aider à m’en sortir. Mes quelques heures avec Brynjolf m’ont appris beaucoup de choses mais je connais assez bien le garde forestier maintenant pour savoir que ce n’est pas lui qui va me prendre sous son aile et passer du temps avec moi dans la forêt pour la pratique. Il a beaucoup répondu à mes questions mais il est bien trop solitaire et insociable que ce n’est pas lui qui va devenir mon meilleur ami loup. Et je ne lui en veux pas du tout. Du coup, je comptais un peu sur celui qui m’a mordue pour m’aider avec la pratique.

J’étais bien naïve.

L’inconnu qui m’a mordue est loin d’être le jeune homme que je me suis imaginée. Le fait qu’il puisse m’aider n’était qu’un doux fantasme. Il est hautain, imbu de sa personne, il se prend pour le Roi et n’hésite pas, comme première approche, à venir me déranger pendant que j’essaie de mettre en pratique ce que Brynjolf m’a appris. Cette forêt entière ne suffit pas pour son égo démesuré et je me retrouve bien déçue de voir que j’ai été mordue par un garçon comme lui. Je suis, évidemment, triste de voir qu’au final, je vais quand même devoir me débrouiller seule. J’ai bien compris; si je n’apprends pas très vite à utiliser mes nouveaux pouvoirs, je ne vais pas tenir une deuxième pleine lune avec cette nouvelle nature. Le ton monte très rapidement entre nous deux alors que nous ne sommes que des inconnus l'un pour l’autre. Néanmoins, je remarque très rapidement que l’inconnu fait quand même attention à mes mouvements. Comme s’il avait peur que je puisse agir et qu’il ne soit pas prêt. Comme si j’allais m’en prendre à un loup expérimenté alors que je ne sais même pas reconnaître une odeur parmi une autre dans cette fichue forêt. Je n’ai que mes mots pour me défendre. Je lui fais comprendre que je n’ai pas l’intention d’être soumise alors qu’il me prend de haut pour aucune raison valable et là, le jeune homme me fait comprendre que si ma vie à changé à cause de sa morsure, la sienne a également subit quelques modifications. Je suis la première personne qui survit à ses crocs – j’essaie de ne pas relever le fait qu’il a donc mordu d’autres personnes avant moi et qu’elles sont toutes mortes – et apparemment, maintenant, il est « forcé » de me flairer dès que j’approche de lui. Il était peut-être un animal lorsqu’il m’a mordue mais suite à ça il a des flash de ce qu’il s’est passé cette nuit-là. D’après lui, je devrais m’estimer heureuse d’avoir survécu. Je secoue la tête, sur les fesses d’entendre quelque chose comme ça. « Heureuse ? Pourquoi t'as pas apporté le champagne alors?! » répliquais-je sans même savoir que j’étais capable de répondre comme ça. Je retire le doigt que j’avais enfoncé dans son torse et lui propose de ne plus se soucier de moi. Puisqu’apparemment, m’avoir mordue, est également un fardeau pour lui du coup. Il se passe une main dans les cheveux. Ce geste ne passe pas inaperçu mais je suis bien trop envahie par ce sentiment de tristesse pour vraiment relever. Je n’ai qu’une seule envie ; qu’il parte. J’ai envie de me retrouver seule, comme avant, pour essayer de comprendre par moi même ce qu’il m’arrive et ce que je peux faire pour m’en sortir. Lui crier dessus, me faire crier dessus, ne va pas arranger ma situation. Autant qu’il parte et que je ne le revoie plus jamais. Je lui tourne le dos, ne tenant pas à ce qu’il voit mes yeux brillants. Je m’apprête à utiliser ma nouvelle vitesse pour le fuir et rentrer chez moi lorsque sa voix déchire le silence de la forêt. Mais sa voix est complètement différente de tout à l’heure. Calme, posée. Je me retourne pour lui faire face, mes bras croisés sur ma poitrine pour maintenant mon blouson fermé par cette fraicheur humide. J’hésite. Est-ce que je risque vraiment quelque chose à lui donner mon prénom ? Et pourquoi même veut-il le savoir ? J’aurais bien envie de lui répondre quelque chose de sanglant mais étonnamment, l’ambiance semble s’être radoucie entre nous deux. En une poignée de secondes. « Ida. » Je baisse légèrement les yeux et me rends compte que j’allais partir sans prendre mon sac, posé juste à côté de lui. « Et toi, je suppose que tu as un autre nom que « l’inconnu aux yeux jaunes » ? » Je m’approche de lui et me penche en avant pour prendre mon sac et le mettre sur mon épaule. Une odeur me parvient aux narines et sans que je n’aie besoin de me concentrer, je la reconnais ; c’est la sienne. C’est son odeur. Celle que j’ai sentie il y a plus d’un mois puis celle de ses draps de son lit improvisé après ma première pleine lune. « Ton odeur. Je la reconnais. » Mes lèvres s’étirent petit à petit en un sourire. Un sourire qui disparaît bien vite lorsque je relève les yeux vers le visage qui m’a tant énervé il y a quelques minutes.
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Joel Zsivoczky
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MessageSujet: Re: ☆ did you see the flares ? (joda) Mar 2 Juin - 15:41



Joel n'y croyait plus vraiment. La brune s'était retournée et semblait bien décidée à s'en aller. Un petit regard au sol lui valu de remarquer qu'elle n'avait pas pris son sac... si elle partait en l'oubliant, cela lui ferait au moins une raison de la revoir, ce qui le rassura légèrement. Mais pas assez. Une peur qu'il ne comprenait pas lui serra le cœur à l'idée qu'il puisse ne jamais revoir la jeune femme. Et si elle préférait ne jamais récupérer son sac plutôt que de revoir ne serait-ce qu'une fois Joel ? Le loup se sentit aussitôt très con. Très con d'avoir été si méchant avec elle, très con d'être passée à côté de la seule fille qui n'ait jamais attiré son attention, de la seule personne qui n'ait jamais survécu à sa morsure. Ida. Joel refréna un sourire ainsi qu'un soupir de soulagement. Elle n'était pas partie. Son prénom résonna dans son esprit, ce prénom si court mais si doux, si chaleureux, qui correspondait si bien à la jeune louve. Joel ne pouvait s'empêcher de la fixer, elle qui regardait le sol. Il n'arrivait plus à quitter son regard du visage de la brune, qui l'obsédait. Il s'imprégnait du moindre de ses traits, dans le cas où ce serait la dernière fois qu'il la voyait. Il se promettait secrètement de ne pas refaire la même erreur, de ne pas la laisser s'échapper, mais il se connaissait trop bien ; il connaissait son caractère et savait pertinemment qu'il n'était pas à l'abri d'une crise de colère doublée d'une démonstration d'ego virulente. C'était plus fort que lui, il était comme ça. Alors si cela devait se reproduire de nouveau, si Ida venait à s'en aller pour toujours, blessée par la méchanceté sans limite de Joel, il préférait garder un souvenir intact de la beauté de la jeune femme. Quand elle reprit la parole, elle ne releva toujours pas son regard. Joel esquissa un léger sourire au son du surnom dont elle l'avait affublé mais le réprima bien vite. Il ne fallait surtout pas qu'elle l'aperçoit dans un moment de faiblesse. Lui avoir demandé son prénom était déjà une preuve que son ego avait été mis de côté, il ne fallait pas encore plus qu'il se montre rieur. Étrangement, montrer un quelconque signe de bonheur était pour lui plus une faiblesse qu'une force. Il aimait à maintenir cette expression de dureté qui le caractérisait si bien, qui lui permettait d'être "au-dessus", d'être supérieur, d'être plus fort ; il aimait à croire que sa carapace était inébranlable, alors même qu'elle était fissurée de part en part. « L'inconnu aux yeux jaunes, c'est un peu long mais j'aime assez. » Il avait dit ça nonchalamment, tâchant d'être gentil sans en faire trop non plus. Même s'il s'était considérablement radouci, il n'oubliait pas complètement les injures qu'ils s'étaient lancés quelques minutes plus tôt. « Moi c'est Joel » finit-il par dire, comme s'il se vidait d'un poids. Ce n'était pas grand chose que de dire un prénom, mais dorénavant ils n'étaient plus des simples inconnus. Ce n'était plus "l'inconnu qui m'a mordu" ou bien "l'inconnue que j'ai mordue". Ils étaient Ida et Joel, deux loup-garous, deux jeunes commençant tout juste à s'apprivoiser.

Quand la brune se baissa pour récupérer son sac, Joel ne se priva pas pour observer ses formes et son regard glissa de la nuque d'Ida et le long de sa colonne vertébrale, jusqu'à sa taille fine et continua sur ses fesses avant de terminer son chemin le long de ses jambes. C'était bien ça qu'ils faisaient tous, non ? Les garçons ? Joel ne l'avait pas fait en vingt-cinq ans d'existence, il n'avait jamais ressenti le besoin d'observer une fille dans les moindres détails ; maintenant qu'il en ressentait le désir, qu'est-ce qui aurait pu l'empêcher d'observer la jeune femme à la dérobée ? Il n'avait aucune culpabilité ou gêne à avoir -après tout, nombreuses étaient les filles qui l'avaient reluqué, lui, et elles n'avaient jamais pris la peine de le faire discrètement. Néanmoins, quand la voix d'Ida se fit retentir de nouveau, Joel se sentit malgré lui honteux. Il se mordit l'intérieur des joues. Quand la brune releva le regard, enfin, et que son sourire se fana alors qu'elle posait ses yeux sur lui, le lycan esquissa un sourire en coin, léger, presque triste. Contre toute attente, cela le blessait qu'elle ait changé son expression en le regardant. Joel glissa ses mains dans les poches de son jean et hocha légèrement la tête. « J'espère que je sens bon » se contenta-t-il de répondre, d'abord. Il disait ça comme ça, sans attendre de réponse, mais se surprit à espérer qu'elle réponde oui. À vrai dire, ce n'était pas un sujet dont Joel et ses amis discutaient, leur odeur. Ils savaient reconnaître celles des uns et des autres, plus ou moins bien suivant la personne, mais ils ne s'étaient jamais posés la question, entre eux, de savoir s'ils sentaient bons ou non. C'était idiot, au fond ; et pourtant, Joel pouvait affirmer en toute sincérité qu'Ida sentait bon. C'était un mélange de son savon, de la lessive que sa mère utilisait, de son parfum, mais c'était aussi et surtout son odeur corporelle, qui était elle indéfinissable et insaisissable. « C'est tes sens qui sont en train de s'éveiller » reprit alors Joel, calme et froid. « Maintenant tu reconnais mon odeur, demain tu seras capable de différencier celles des fleurs, après demain celles des arbres, un peu plus complexe, et puis le jour d'après tu sauras distinguer mon odeur à plusieurs centaines de mètres. » Le loup retrouva alors son amusement ironique et esquissa de nouveau son sourire en coin, qui faisait souvent craquer les filles mais qui, en réalité, ne se voulait pas séduisant. « Il suffit juste d'un peu d'entraînement. » Joel haussa les épaules et se gratta le front, avant de replacer sa main dans la poche de son pantalon. Il était légèrement gêné mais sa fierté refusait de l'avouer. Il savait que c'était le moment où il devait dire au revoir à la jeune femme et la laisser à ses expérimentations florales, mais le fait était qu'il n'en avait aucune envie. Alors, peut-être égoïstement, il ne bougea pas d'un pouce.

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Ida Varga
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MessageSujet: Re: ☆ did you see the flares ? (joda) Mer 10 Juin - 3:25



Enfin. Enfin mes efforts payaient. Après deux semaines à venir tous les jours dans cette fichue forêt pour essayer d’apprivoiser mes nouveaux pouvoirs, j’ai enfin un petit espoir que la roue tourne. Je reconnais immédiatement l’odeur du jeune loup. Ca valait la peine de persévérer. Oui, car je préfère me dire que je l’ai reconnu à son odeur grâce à mes efforts et non pas parce qu’il est celui qui m’a mordue. Ca serait lui en être reconnaissante pour quelque chose et je n’en ai vraiment pas envie. Et maintenant que je connais son prénom, je ne veux pas me mettre à croire qu’on a franchi une espèce de barrière, qu’on pourrait être proches. Au moins, lorsqu’il était pour moi « l’inconnu aux yeux jaunes » il restait une distance entre nous deux, une distance loin d’être amicale. Et ça ne va pas changer de si tôt. Il suffit que je croise son regard après avoir reconnu son odeur pour que tous mes muscles se tendent. Il ne m’inspire rien d’autre que de la colère et… du dégoût. Un garçon aussi imbu de lui même ne fait certainement pas de lui quelqu’un de plus heureux. J’ai même de la peine pour lui. Si ça se trouve, en plus d’avoir un égo surdimensionné, le jeune homme – je me refuse pour le moment à l’appeler par son prénom – n’a peut-être aucune valeurs. Je le vois bien bagarreur, coureur de jupons et se rebeller contre sa famille. Toutes ces impressions négatives remontent à la surface lorsque je croise son regard, alors qu’il y a à peine trente secondes j’aurai pu lui sauter dans les bras tant j’étais heureuse de reconnaître son odeur. Je me refuse à croire que c’est grâce à lui que j’ai réussi à développer mon odorat. Je décide de ne rien répondre à la remarque sur son odeur. Je ne sais pas si j’aurai été capable de mentir. J’aurai aimé lui répondre qu’il sent le chien mouillé mais c’est tout le contraire. Joel – merde – a une odeur délicieuse de sapin et peut-être… d’eucalyptus. Je n’arrive pas à dire. Il sent aussi le bois, ce bois des maisons neuves qui ne sont pas encore habitées. Certainement l’endroit où il m’a ramené il y a deux semaines, après ma première pleine lune. On dirait qu’il sent aussi le cuir, mais pas le vieux blouson en cuir, non, celui qui n’a jamais été enfermé, celui qui est frais. L’odeur du jeune homme est tout bonnement parfaite et me ramène immédiatement à cette nuit, où il m’a enroulée dans son blouson et m’a ramené chez lui, dans cette pièce vide qui ne semble pas être encore habitée. Mais il est hors de question de le lui avouer, je suis encore bien trop en colère à cause de tout à l’heure. J’allais faire un pas en avant pour enfin partir loin de lui lorsqu’il se mis à m’expliquer ce qui allait se passer avec mon odorat, comment il allait se développer et ce que je serais capable d’en faire. Sa voix est froide et distante. Mais alors pourquoi prend-il la peine de m’expliquer tout ça ? Il afficha un petit sourire en coin, un rictus plutôt mais pas un rictus de méchant dans un film d’action, un rictus charmeur. Et c’est là que ça me frappe. Un silence s’installe entre nous deux alors que j’observe le jeune homme. Sa mâchoire saillante, ses yeux bleus azur, ses bouclettes retombant sur son front et ses oreilles, sa peau qui paraît si lisse. Ses épaules sont larges et même à travers son blouson, on peut deviner qu’il est musclé. Mais pas musclé comme ces gars qui restent toute la semaine en salle de muscu, musclé naturellement, grâce à son côté lou je suppose et grâce à son son job. Quel job fait-il d’ailleurs ? En a-t-il seulement un ? Je veux dire, est-ce qu’un loup qui vit en forêt à besoin de gagner sa vie ? Comme mon ami Brynjolf ? Joel est magnifique. C’est le genre de mec qui connaît ses charmes et qui doit en profiter avec la gente féminine. La gente féminine. Merde, ça fait combien de temps que je le fixe sans rien dire ? Je reviens rapidement à moi, secouant la tête. Apparemment, c’est le moment de nous dire au revoir. Mais pourquoi Joel n’en a pas profité pour filer vu que je l’insupporte autant ? Pourquoi est-il toujours là ? Pourquoi ne m’a-t-il pas dit au revoir ? Pourquoi semble-t-il ne pas vouloir partir… ? Un frisson me secoue les épaules. Je frotte mes bras pour essayer de me réchauffer. Les loups n’ont-ils pas une tempétature corporelle plus élevée ? Ou est-ce juste un mythe sorti tout droit d’un film de vampires et de loups garous ? Nous avons probablement l’air complètement débiles à rester debout l’un en face de l’autre. Un « merci » pour ses explications serait de rigueur mais à la place je lui souris timidement et tourne les talons, ma main accrochée à la bretelle de mon sac à dos. Je décide d’utiliser ma nouvelle vitesse pour m’échapper au plus vite du regard de Joel malgré le fait que je ne maitrise pas encore tout à fait ce nouveau pouvoir. J’accroche la deuxième bretelle de mon sac à dos sur mon autre épaule et me mets à filer entre les arbres. Je zigzague sans jeter un seul coup d’œil derrière moi. Le jeune loup pourrait très bien être en train de me suivre, même de me rattraper avec son expérience de loup mais je m’en fiche. Je m’arrête net devant un petit ruisseau. Merde. J’ai dû me tromper de chemin. J’y verrai plus clair si… Mon regard se pose sur un arbre. Je décide d’y grimper sans même savoir si c’est quelque chose que les loups savent faire. Malheureusement, mes bottines glissent trop sur l’écorce et je m’écorche les deux mains assez profondément. Je lâche un juron, retombant lourdement sur le dos au sol. Du sang coule de mes mains et je sais que je n’ai pas de mouchoirs avec moi. Je devrais vite cicatriser mais en attendant, la plaie fait autant mal que si j’étais toujours une simple humaine.
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Joel Zsivoczky
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MessageSujet: Re: ☆ did you see the flares ? (joda) Sam 13 Juin - 12:45



Il fallait croire qu'Ida non plus n'avait pas envie de partir, ou bien que quelque chose la retenait ici, auprès de cet arbre, auprès de Joel. Bien sûr, il n'y faisait pas attention. Il voyait bien qu'elle était là, qu'elle ne bougeait pas, mais il ne se posait pas la question du pourquoi. Il se contentait de la fixer, de ne pas la lâcher du regard, obsédé par le sien. Et puis, elle avait souri - oui, elle lui avait souri ! - et s'en était retournée. Alors, elle lui disait vraiment au revoir. Joel n'arrivait même pas à savoir s'il était déçu de la voir partir, si cela ne lui faisait ni chaud ni froid, ou si ça l'enchantait. Après tout, il allait pouvoir retourner à la construction de son cottage, activité qui lui occupait la majorité de son temps, activité qu'il appréciait le plus faire. Mais on ne te vois plus, Joel, se plaignait sa petite sœur, qui comme le reste du monde n'avait pas le droit de venir le déranger quand il travaillait. Et alors ? se contentait-il de répondre, ne s'attardant pas trop sur les besoins de Louna d'avoir un grand frère présent pour elle. Après tout, qu'est-ce que son absence pouvait bien lui faire ? Elle qui passait ses journées en compagnie des autres louveteaux de la meute, elle qui se complaisait si bien dans la vie de loup (qu'elle n'était pas encore réellement), elle qui était toujours si occupée, elle qui ne semblait pas souffrir le moins du monde de la perte de sa mère. Joel, lui, avait du mal à regarder sa petite sœur en face. Il n'arrivait pas à la regarder sans penser à sa défunte mère, elles se ressemblaient tant ; il n'arrivait pas à la regarder sans être énervé de son innocence, de son insouciance, du fait qu'elle ne souffrait pas autant que lui. Parce qu'elle était beaucoup trop jeune pour comprendre, et pour elle sa mère était simplement "partie en voyage", comme son père le lui avait dit. Un long voyage dont elle ne reviendrait jamais, mais un voyage tout de même. Elle ne l'avait pas abandonné, non, c'était même justement pour sa fille qu'elle le faisait, ce voyage. Les mensonges qu'on sert aux gamins pour qu'ils n'aient pas peur, pour qu'ils ne souffrent pas. Mais Joel savait bel et bien que sa mère n'était pas partie en vacances, mais qu'elle était morte. Purement et simplement. Alors oui on ne le voyait plus, son père ne le voyait plus, sa sœur ne le voyait plus, la meute entière ne le voyait plus, mais son cottage était son refuge, un des deux seuls endroits où il se sentait réellement bien, où il arrivait à ne pas avoir mal.

Quand Ida fut hors de sa vue, disons de sa vue humaine puisque en plissant les yeux il aurait encore pu l'apercevoir, Joel tourna les talons à son tour et marcha en direction de son cottage, justement. Il y allait sans trop de conviction, marchant doucement, shootant dans une pomme de pin ici, dans un caillou là, les mains dans les poches, les yeux tant baissés au sol, tantôt levés au ciel. Il ne savait pas quoi penser de cette jeune louve, pour tout dire, et s'il n'y avait pas trop accordé d'importance jusque là, la voir et lui parler aujourd'hui changeait un peu la donne. Désormais, cela le perturbait. Cela le perturbait de ne pas arriver à mettre de mots sur ce qu'il ressentait, sur ce qu'elle lui inspirait. Il était partagé entre la culpabilité de l'avoir mordue, l'attirance qu'il éprouvait pour elle, la colère du fait qu'elle lui ait répondu avec sarcasme, l'agacement d'être en quelque sorte responsable d'elle. Il n'arrivait pas à faire la part des choses, il n'arrivait pas à savoir s'il l'appréciait ou s'il la détestait. Physiquement, il la trouvait tout simplement magnifique, il n'y avait pas à dire ; mais le physique ne faisait pas tout malheureusement. Et Joel avait l'impression, après un petit quart d'heure passé avec Ida, qu'ils n'arriveraient jamais à s'entendre, jamais à se supporter. Ils étaient beaucoup trop différent psychologiquement, et il n'était pas sûr que dans leur cas "les opposés s'attirent". Dans toute relation, qu'elle soit amicale ou amoureuse, il fallait une part de points communs pour avoir de quoi se dire et de quoi faire ensemble, et une part de différences pour éviter l'ennui et faire découvrir de nouvelles choses à l'autre. Dans leur cas, le jeune homme avait le sentiment que la balance entre leurs similitudes et leurs différences n'était pas équilibrée. Il haussa les épaules. Tant pis, ce n'est pas une grande perte, pensa-t-il. Il était comme ça, Joel ; de ne pas s'entendre avec quelqu'un ne l'affectait pas grandement, quand bien même cette personne était la première fille qui réveillait quelque chose en lui, quand bien même elle était sa première "survivante". Joel ne faisait pas d'efforts, avec personne ; soit on l'appréciait comme il était, soit on ne l'aimait pas. C'était beaucoup plus simple ainsi et lui facilitait grandement la vie.

Joel était à une centaine de mètres de là où se situait son cottage en construction quand il entendit un cri étouffé. Il serra la mâchoire. Fait comme si tu n'avais pas entendu. Mais il ne pouvait pas. Continue de marcher, aller ! Il fit quelques pas, avança de quelques mètres. Il ferma les yeux, appuya fortement ses paupières, continua d'avancer. Puis il sentit le sang. Mais bordel ! Elle était sûrement à plus d'un kilomètre de lui, et elle arrivait encore à monopoliser son esprit ! Cela en devenait insupportable. Il avait trouvé ça plaisant, jusque là, parce que cela l'empêchait notamment de penser à la mort de sa mère ainsi qu'à son envie de vengeance, et puis que penser à une aussi jolie fille qu'Ida n'avait rien de désagréable ; mais là, c'en était trop. Parce que non seulement elle ne quittait pas son esprit, mais en plus de ça il ne pouvait s'empêcher de... de s'inquiéter. Se sentir concerné par les autres n'était pas dans ses cordes et s'inquiéter l'était encore moins. Cela l'ennuyait profondément, parce que c'était une chose qu'il n'aimait pas du tout, pour laquelle il se sentait vulnérable. Et, Joel Zsivoczky était tout simplement l'antithèse de la vulnérabilité. « Merde » cracha-t-il alors, énervé. Il était arrivé à portée de vue de son cottage quand il fit demi-tour. Il pensait à elle, il s'inquiétait pour elle, et il n'arrivait même pas à résister à s'assurer qu'elle allait bien. C'était tout bonnement plus fort que lui ; et déjà qu'il avait en horreur qu'une autre personne le commande, alors qu'il n'arrive même pas à se commander lui-même le mettait tout simplement hors de lui. Il fut auprès d'elle en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, en quelques secondes à peine. Deux minutes tout au plus après qu'il l'ait entendu tomber. « Tu pouvais pas te passer de moi, c'est ça ? » grinça-t-il en arrivant. Ida était assise par terre, au pied d'un arbre. Elle développe une passion pour les sapins, ou quoi ? Cette pensée traversa l'esprit de Joel, puis il s'approcha d'elle. Il tendit la main pour qu'elle l'attrape et qu'il puisse l'aider à se relever, mais il remarqua bien rapidement que l'odeur de sang venait d'ici. Ses mains étaient complètement rouges et le liquide ne cessait de s'en écouler. C'était toujours le pire, les mains, c'était toujours là où cela saignait le plus. Il se pencha légèrement et attrapa son poignet, à la place. Quand elle fut debout, il l'observa quelques secondes. « T'as essayé de monter à l'arbre ? » demanda-t-il, curieux de savoir comment elle s'était blessée. Il enleva alors sa veste qu'il jeta au sol, puis son t-shirt, comme si de rien n'était. En réalité, il n'avait pas réfléchi, il avait réagi à l'instinct ; mais si pendant deux minutes elle était restée assise au milieu des aiguilles de pin, c'était peut-être parce qu'elle n'avait rien pour se soigner elle-même, non ? Il déchira deux pans de t-shirt à la force de ses bras, puis releva le regard vers la jeune louve. « Tu permets ? » Joel n'avait pas de diplôme d'infirmier, mais il avait vu sa mère le soigner lui et sa sœur suffisamment de fois pour savoir comment le faire. Les loups guérissaient, oui, mais même en l'étant de naissance, le gène lycanthrope ne se déclarait qu'à l'adolescence. Il y avait donc une bonne dizaine d'années durant lesquels ils avaient été tout aussi vulnérables aux blessures que les humains lambda ; et Joel savait par expérience qu'un nouveau loup-garou (qu'il soit nouvellement mordu, ou de naissance mais fraîchement déclenché) mettait plus de temps à guérir. Et, même si on finissait par se faire à la douleur, les premiers temps n'étaient jamais très faciles.

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Ida Varga
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MessageSujet: Re: ☆ did you see the flares ? (joda) Dim 14 Juin - 3:37



Je ne peux pas mentir, encore moins à moi même ; je suis un peu chamboulée par cet échange plus ou moins étrange avec celui qui a fait de moi une louve. Je suppose que ça peut paraître loufoque dis comme ça. Est-ce que c’est toujours comme ça ? Est-ce que c’est toujours tendu si un loup tombe un jour ou l’autre sur celui qui a changé sa vie ? Ou est-ce que certains s’asseyent autour d’une table avec un café et terminent par se donner des tapes sur l’épaule à la fin de la discussion? En tout cas, j’étais vraiment loin de m’imaginer que notre première rencontre se passerait ainsi et ça, malgré le fait qu’on se soit légèrement calmé sur la fin. Cette manière qu’ont les loups de pouvoir « transmettre » leur émotions me surprendra toujours. D’extrêmement irritée, je suis passée à terriblement triste et abattue. Mais je suppose que ma nouvelle nature y est pour quelque chose et que bientôt je pourrai mieux gérer mes sauts d’humeur. J’ai, en quelque sorte, l’impression de revivre ma crise d’adolescence. Sauf que ma crise à moi, en tant qu’humaine, n’a vraiment pas été si difficile à vivre. Mes parents n’ont en pas souffert, ils l’ont surtout senti passer avec mon frère qui a toujours eu un tempérament plus explosif que moi. Et ma maman est la personne la plus douce et calme sur cette terre. Donc ma crise d’adolescence est plutôt passée en douceur. Mais cette fois, mon caractère n’est plus du tout le même et ma frustration de ne pas pouvoir gérer mes nouveaux pouvoirs à la perfection n’aide pas. Mais par-dessus tout ; cette fois je n’ai eu à faire face à la « zen attitude » de ma mère, mais bien le garçon le plus imbu de lui même et le plus sarcastique que je n’ai jamais rencontré jusqu’à présent.

Mais je sais ce qu’on dit ; s’il est comme ça c’est qu’il n’a sûrement pas eu une vie facile. Et immédiatement, je me dis que Joel est certainement né loup. Je ne connais pas encore tous les détails de la lycanthropie mais je me doute que ça ne doit pas être facile de vivre reculé de la civilisation, d’esquiver les chasseurs, de se transformer tous les mois et parfois tuer des humains. Je suis une débutante, donc je ne connais pas tout ça, surtout que je continue à vivre en ville, au cœur de la population. Joel n’a probablement pas eu les mêmes relations sociables que moi et je suppose que lorsqu’on est forcé de rester dans la forêt et de se cacher, on devient forcément un peu aigri avec le temps. Et il a beau de pas avoir de cicatrices visibles, je déduis que Joel a eu son lot de blessures.

Evidemment, ce n’est pas pour autant qu’il est pardonné de la manière hautaine avec laquelle il m’a abordé et dérangé tout à l'heure. C’est pour ça que malgré le fait qu’il se soit adoucit à la fin de notre discussion, je préfère quand même partir. Mon humeur est de nouveau calme, il faut que ça dure un petit moment quand même. Je zigzague tellement entre les arbres que je finis par me retrouver dans un coin de la forêt que je ne connaissais pas jusqu’à présent. Pourtant Dieu sait que je connais cette forêt par cœur depuis le nombre d’années que j’y viens avec mon père. Devant mes pieds, un ruisseau qui me barre la route. Derrière moi, des arbres épais comme je n'en avais jamais vu jusqu’à présent. Afin d’y voir un peu plus clair, je décide d’essayer de grimper à l’arbre mais c’est en retombant lourdement sur le dos que je me demande si la grimpe fait vraiment partie de mes nouveaux pouvoirs de louve. Je suis légèrement sonnée et je me rends compte que je me suis ouvert les deux mains à cause de l’écorce de l’arbre. Mes doigts sont crispés et j’ai l’impression de ne plus pouvoir les bouger. J’essaie de rester calme car contrairement à ma dernière chute en forêt, je sais à présent que je vais guérir toute seule d’ici quelques minutes, deux heures tout au plus. Néanmoins la douleur est difficilement supportable. Je me mords tellement l’intérieur des joues pour ne pas me mettre à pleurer que ma mâchoire ne va pas tarder à exploser. Je fais vite le tour de mes possibilités ; je ne peux pas me rendre à l’hôpital car je risque de tomber sur mon frère qui trouverait bizarre que je cicatrise en même temps qu’il me recoue la plaie, si Brynjolf était dans le coin, il m’aurait déjà entendue et serait venu me voir. Mais… D’ailleurs, si mon ami garde forestier pouvait m’entendre ça veut dire que… Je n’ai même pas le temps de relever les yeux que Joel apparaît devant moi. Pourquoi? Ca aurait été beaucoup plus simple pour lui de me laisser ici et de retourner à ses occupations de garçon imbu de sa personne. Evidemment, il ne m’épargne pas une remarque sarcastique. A laquelle je préfère ne rien répondre cette fois. J’ai trop mal aux mains pour avoir envie de me disputer en même temps avec quelqu’un comme lui. Il me tend une main pour m’aider à me relever mais je retourne mes paumes pour qu’il voit que je ne peux pas accepter sa main. Mais le jeune homme m’attrape le poignet à la place. Je me relève, la tête me tournant un peu. Après plusieurs secondes de réflexion, Joel me demande si j’ai essayé de monter à l’arbre. Je peux sentir mes joues chauffer, devenir rouges. Je me sens comme une petite fille qui aurait été surprise en pleine bêtise par sa maman. « Je… ne crois pas que je vais recommencer de si tôt. » dis-je en grimaçant alors que le sang coule entre mes doigts. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, Joel retire son blouson qu’il jeta à terre puis son t-shirt. Je détourne le regard, subitement très intéressée par cette pomme de pin accrochée au-dessus de nos têtes. Non mais, avez-vous ces petites écailles ? Et la taille de cette pive est tout bonnement… impressionnante! « AÏE ! » Joel m’a attrapé les mains et est en train de nouer de morceaux de tissu autour de mes paumes. Je sens mes jambes se transformer en coton sous mon poids. « Je… Joel ? » Je relève les yeux sur son torse nu, m’y attarde quelques secondes sans même vraiment comprendre puis je plante mon regard dans ses yeux azur. « Je crois que… » Je n’ai pas le temps de terminer ma phrase que mon corps devient trop loup pour que je le soutienne plus longtemps. Trou noir complet.
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Joel Zsivoczky
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MessageSujet: Re: ☆ did you see the flares ? (joda) Mer 17 Juin - 17:01



Le paradoxe. Toujours et encore ce paradoxe, qui semblait ne pas le quitter depuis qu'il avait rencontré Ida pour la première fois ; depuis qu'il l'avait mordue, en fait. Cette antithèse entêtante qui le perturbait tant ; son esprit séparé en deux comme jamais. Une partie favorable à cette jeune louve, et l'autre complètement contre. Une qui ne pouvait s'empêcher d'être inquiet pour elle, de vouloir savoir comment elle allait, où elle était, de la rejoindre quand elle était à proximité... et l'autre qui voulait la fuir à tout prix, ne pas avoir affaire à elle, qui la méprisait, la... la détestait peut-être. Mais pourquoi ? Qu'avait-elle fait pour mériter sa haine ? C'était celle qui avait été passive, dans toute cette histoire : celle qui avait été mordue, celle qui avait été suivie, celle qui avait été recueillie, aidée, celle qui avait été insultée, celle qui était en train d'être soignée. Elle n'avait jamais rien demandé. Alors quoi ? Elle avait osé se montrer sarcastique envers Joel ? Elle n'avait fait qu'imiter la façon dont il lui avait parlé. Et, hormis ce détail, elle n'avait vraiment rien à se reprocher ; d'autant plus qu'il savait, au fond, que l'antipathie qu'il éprouvait envers Ida datait d'avant leur discussion d'il y a quelques minutes. Ce qu'il ne s'avouait pas, c'était que cette aversion était infondée. Purement superficielle. Mais d'où venait-elle, alors ? Beaucoup d'inimitiés étaient dues, en général, à la jalousie. Les filles qui en critiquent une autre parce qu'elles savent au fond d'elle qu'elle est plus belle et se sentent menacées, un garçon qui en insulte un autre parce qu'il a eu le courage d'avouer son homosexualité, alors que lui-même n'a pas le courage de dire à ses parents que les études de droit ne l'intéresse pas... Joel n'échappait pas à la règle, bien entendu. Et peut-être qu'au fond, inconsciemment, Joel était jaloux. Jaloux de cette fille qui avait ses deux parents en bonne santé, jaloux de la relation complice qu'elle entretenait avec son frère, jaloux de sa chance de n'être dirigée par personne, de vivre comme elle le souhaitait. Consciemment, il se disait qu'il ne l'aimait pas parce qu'elle le dérangeait. Elle le dérangeait dans la construction de son cottage, elle le dérangeait dans sa vie tranquille de loup-garou au milieu de la forêt. Mais, il se voilait la face. Ses raisons ne tenaient pas debout. Il s'en contentait malgré tout, et se persuadait qu'elles étaient vraies.

Étonnamment, Ida s'était laissée faire. Elle avait confié sa guérison aux mains de Joel, qui bien que fortes et rugueuses se montraient particulièrement habiles. La maçonnerie avait retiré toute once de douceur à ses mains mais lui avait permis, en contrepartie, d'acquérir une certaine musculature et habileté. Mais, l'aisance avec laquelle il façonnait les pansements de fortune n'avait pas empêchée à Ida d'avoir mal. Il grimaça quand elle poussa un cri, et serra la mâchoire. Sa partie Ida-positive se réveilla et il ne put s'empêcher d'avoir mal pour elle. « Eh oui, il faut savoir ce qu'on veut. » Le ton, toujours aussi ironique. Comme si elle avait envie de s'être entaillée les mains, bien sûr. Joel pensa néanmoins qu'elle savait à quoi s'attendre ; ce n'est pas parce qu'elle était devenue une louve, qu'elle était devenue acrobate au passage. Et escalader un arbre ne s'improvisait pas, lycan ou pas lycan. « J'ai bientôt fini va. Dans une heure grand max c'est guéri, dans trois heures tu peux tenter de remonter. » Mais ne compte pas sur moi pour revenir te chercher si tu tombes encore voulut-il rajouter, mais il se retint. Le visage d'Ida avait pâli instantanément, et cela ne présageait rien de bon. Sa voix tremblante non plus, d'ailleurs. Joel fronça les sourcils. Il n'eut pas le temps de lui demander si elle allait bien, pas le temps de se perdre dans ses pupilles noisettes, qu'Ida tournait de l’œil. Ses jambes se dérobèrent sous son corps et, instinctivement, rapidement, Joel la rattrapa avant qu'elle ne touche le sol. Un bras sous ses genoux, l'autre dans son dos, Joel observa le visage d'Ida quelques instants. « Comme on s'retrouve... » Bien sûr, cela ne pouvait que lui rappeler cette nuit de pleine lune, où il l'avait retrouvée au détour de la forêt, après s'être lui-même réveillé. Cette nuit où il l'avait emmené au cottage, où il avait veillé sur elle jusqu'à ce qu'elle retrouve ses esprits. Il secoua la tête, légèrement. « Tu peux vraiment pas te passer de moi... » Il esquissa un sourire ; un beau sourire, cette fois-ci. Fin, léger, certes, mais dénué d'ironie. Complètement.

Joel n'était pas inquiet le moins du monde. La voir faiblir l'avait déstabilisé, tout d'abord, mais il avait rapidement repris ses esprits. Ce n'était que la douleur qui causait ce léger malaise, le corps qui disait stop pour se mettre en veilleuse et ne pas avoir à supporter le trop plein de souffrance. Rien de plus, rien de grave. Il savait ce qui lui restait à faire à présent, même si cela ne l'enchantait pas tellement. Il ne pouvait pas la ramener chez elle, surtout pas ; cela aurait affolé ses parents, qui auraient demandé des explications que Joel ne pouvait décemment pas donner. Il ne pouvait pas non plus l'emmener à l'hôpital, parce que l'on n'emmenait jamais un loup à l'hôpital. C'était le meilleur moyen pour éveiller les soupçons et rameuter les chasseurs, ce qui était la dernière chose dont il avait envie. Pour lui, oui, mais aussi pour elle ; il se sentait responsable de sa vie. Alors il restait quoi ? Son cottage, bien sûr. Encore une fois. Ce cottage où, d'ordinaire, il n'acceptait personne. Et pourtant... pourtant, cela ne l'avait pas dérangé quand il l'avait emmenée là, la première fois. Comme si... elle y avait sa place.

Elle était allongée sur le lit, une couverture rabattue jusqu'à ses épaules. Joel avait eu la bonne idée d'en installer un là, dès le début de ses travaux. Cela lui permettait de dormir sur place, s'il le souhaitait, ou tout simplement de passer une nuit à l'écart de la meute s'il en ressentait le besoin. Les loups de Vasile Grămadă étaient réputés pour être plus animal, moins civilisés. Et c'était vrai ; ils vivaient tous dans la forêt, très rares étaient ceux qui s'aventuraient en ville, qui menaient une vie semblable aux humains. Joel était de ceux-là, bien sûr. Il abhorrait la ville, se complaisait dans la forêt. Mais, il avait davantage encore le caractère d'un animal. Peut-être pas complètement celui d'un loup, au final et étrangement, puisqu'il avait besoin d'être seul. De s'échapper de cette communauté qui savait tout de tous. Mais, peu importe lequel, il était plus animal encore que la majorité des loups de sa meute. Il avait besoin de s'éloigner, de rester seul, de retourner aux sources complètes, aux besoins essentiels : boire, manger, dormir ; ne plus penser, ne plus parler à personne. Retourner à l'état primitif, presque. À l'état animal ; en dehors du fait qu'il nécessitait un minimum de confort, mais cela était davantage dû à sa coque humaine, qui n'était pas faite pour dormir à même le sol. Il avait donc amené un lit et un fauteuil, et s'était façonné une petite table. Il était actuellement assis sur ce fauteuil, comme à la dernière pleine lune, et attendait qu'Ida se réveille, comme à la dernière pleine lune. Il leva la tête -il n'y avait pas encore de toit- pour observer la course du soleil. Cela faisait peut-être une demi-heure maintenant qu'Ida était endormie. Joel commençait à perdre patience. Il se leva de son fauteuil et s'approcha d'elle, s'accroupissant à son chevet. L'apaisement dans lequel elle se trouvait eut tôt fait de l'apaiser lui-même, et il se découvrit une soudaine patience. Il savait que c'était elle qui l'influençait, sans même le savoir, mais il choisit pour une fois de ne pas combattre cette influence. Joel resta comme ça une dizaine de minutes supplémentaires, observant le visage d'Ida dans les moindres détails. Sa respiration se faisait légère mais elle était bien là, régulière, preuve qu'elle allait bien. Il déposa alors sa main sur la joue de la louve, sans trop savoir pourquoi. Cela lui avait paru naturel mais, quand il se rendit réellement compte de son pouce qui lui caressait la joue, il la retira instantanément. Je faisais ça pour te réveiller, lui dirait-il si jamais elle l'avait sentie. Pour que tu retournes chez toi, pour pas que tes parents s'inquiètent. Bla bla bla. De nouveaux rideaux devant cette vérité qu'il se cachait.

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MessageSujet: Re: ☆ did you see the flares ? (joda) Dim 21 Juin - 3:10



Pourquoi est-il revenu ? Pourquoi n’a-t-il pas tout simplement continué son chemin en ignorant mon odeur ou mon cri de surprise en tombant de l’arbre ? Pourquoi prétend-il me détester pour avoir survécu à sa morsure mais vient-il quand même à mon secours pour la… troisième fois ? Ce garçon est flot de contradictions et de mystères. Il s’occupe de mes blessures comme s’il tenait de la porcelaine entre ses mains musclées et marquées par la menuiserie. Mon regard glisse une poignée de secondes sur son torse nu mais mon corps me dit « stop ». Et quand on tient tête à son corps, celui-ci prend le dessus. Mes jambes flageolent sous mon poids et je n’entends plus que mon pouls taper dans mes oreilles. Je me sens partir en arrière mais j’ai encore le temps de voir que Joel me rattrape avant que ma tête ne heurte le sol.

J’ai cette drôle d’impression d’avoir trop fait la fête hier soir. Ma tête est horriblement lourde et on dirait que des boulets sont accrochés à mes bras et mes chevilles. On dirait que j’ai parcouru un marathon la veille et que mes muscles sont courbaturés. Ces sensations de lourdeurs et de douleurs sont contradictoires avec la douceur du tissu sous mon visage et sous mes doigts. Je reconnais presqu’immédiatement où je trouve, grâce à l’odeur de ces draps mais mon subconscient n’est pas prêt à me laisser émerger complètement de mon sommeil. Je m’enivre de cette odeur, je fais tout pour me rappeler de chaque détails ; les branches de sapin, le cuir, le bois fraîchement poncé. On est bien loin de l’odeur sucrée qui règne dans ma chambre, chez mes parents. J’ai de la chance de pouvoir pratiquer la cuisine dans mon mini studio sous le toit, du coup la pièce est constamment embaumée de cette odeur sucrée de fraises et de crème anglaise. Même mes draps ont pris l’odeur de la cannelle que j’aime tant rajouter dans un peu près toutes mes recettes. L’odeur de Joel est complètement différente et c’est pour ça que je devine immédiatement qu’il m’a à nouveau ramené chez lui en attendant que je me réveille. Décidemment, ce garçon a beau sous-entendre me détester, il ne peut pas imaginer me laisser seule et inconsciente dans la forêt non plus. J’essaie d’ouvrir mes yeux mais mes paupières sont tellement lourdes. Je sens tout d’un coup quelque chose de chaud se poser contre ma peau. Quelque chose de légèrement rugueux mais tendre en même temps. Cette chose m’apaise légèrement et me fait revenir gentiment à moi. J’attends quelques minutes avant de finalement papillonner des yeux. Je ne m’étais pas trompée, je suis bel et bien chez Joel. Il est juste assis à côté de moi et étonnamment, il est calme. Ma poitrine se soulève dans un grand soupir. « Ne me dis pas que cette fois aussi tu vas me mettre à la porte… » Ma voix est faible, endormie. On dirait que j’ai chanté toute la nuit durant un concert. « Parce que si c’est le cas, ça ne sert à rien de me ramener chez toi pour ta bonne conscience. » Je souri, lui faisant comprendre que moi aussi je sais user du sarcasme mais que ce n’est aucunement un reproche. Je me passe une main dans mes cheveux pour les dégager de mon front. C’est là que je me rends compte que mes mains sont toujours bandées mais qu’elles ne me font quasiment plus mal. J’ai bientôt cicatrisé. Je me redresse lentement dans le lit et regarde autour de moi. Il n’y a pas de toit au-dessus de ma tête, et le seul mobilier présent dans la pièce sont le lit, le fauteuil sur lequel Joel est assis et une petite table. « C’est chez toi ? » demandais-je curieuse même si je pense connaître la réponse. « Tu as de quoi faire un en-cas sucré dans tes placards où ils sont vides ? » Il faut bien que je le remercie d’une manière où d’une autre. Nous ne sommes pas partis du bon pied et pourtant, il s’est de nouveau occupé de moi. « Sinon j’ai un tiramisu à l’abricot dans mon frigo. » Une nouvelle fois, je lui souri. Je ne pense pas que la hache de guerre soit définitivement enterrée mais peut-être qu’il y a moyen pour qu’on devienne amis. « Désolée. Je parle peut-être trop. »
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Joel Zsivoczky
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MessageSujet: Re: ☆ did you see the flares ? (joda) Mer 24 Juin - 7:56



Ida se réveilla, enfin. Elle ouvrit les paupières doucement, alors que Joel était retourné s'asseoir sur son fauteuil. Oufh. Elle n'a rien vu. C'était peut-être la première chose qu'il se dit, alors qu'elle tourna son regard vers lui. Ou alors, elle fait tout comme. Et ce serait très bien ainsi ; parce que Joel était loin d'avoir envie de passer pour un mec tout gentil tout tendre. Ce n'était pas lui, ce ne serait jamais lui. Malgré tout, il essaya de sourire. Sourire ne le rendrait pas faible pour autant, non ; mais il n'y arriva pas vraiment. Ses yeux souriaient, pétillaient, ses lèvres restèrent pincées. Il avait envie de lui demander Bien dormi ? mais se retint. À la place, c'est elle qui parla. Joel resta dans son fauteuil à trois mètres de là, le regard fixé sur Ida, les bras posés sur les accoudoirs. Il haussa les épaules, esquissa un léger sourire ironique, ne répondit rien. Elle reprit la parole, et il comprit grâce à son sourire qu'elle n'était pas sérieuse. Qu'elle ne le critiquait pas directement. Oui, mais elle le pense quand même. Bien sûr qu'elle le pensait, qu'elle n'avait pas envie qu'il la mette à la porte de nouveau, que ça ne servait à rien de la ramener à son cottage si c'était pour la jeter dès qu'elle se réveillait ; ça n'avait aucun sens. Joel le savait très bien tout ça, mais que pouvait-il faire ? Que pouvait-il dire ? « Ma bonne conscience me dit qu'elle voudrait bien que tu restes quelques minutes de plus. » Hop, de l'humour. Joel le maîtrisait, l'humour, tout le temps. Ce n'était pas forcément drôle, d'ailleurs, et faire rire n'était pas son but premier. Ce n'était d'ailleurs pas son but du tout ; mais l'humour était bien pratique pour se dépêtrer de situations gênantes, embarrassantes, inhabituelles, quand on ne savait pas quoi répondre, comment agir. Il finit par tourner la tête, fixa devant lui. Un mur encore brut, un mur de briques rouges, qu'il commencera à revêtir puis peindre quand le toit sera terminé. Au fond de lui, il aimerait qu'Ida reste plus longtemps ; ce n'était pas seulement sa bonne conscience. Il n'était même pas sûr d'en avoir une, de bonne conscience ; d'aussi loin qu'il se souvienne, Joel avait toujours agi comme il en avait envie. Et récemment, ce sentiment qu'il ne contrôlait pas, qui le poussait à aller retrouver Ida, il n'était pas certain que ce soit une quelconque conscience ; c'était très certainement lui, tout simplement. Une autre partie de lui, qu'il découvrait en même temps que la louve allongée dans son lit. Il voulait qu'elle reste, oui, mais elle ne pourrait pas rester, pas indéfiniment, pas même toute la journée. Joel était absent depuis le début de matinée et c'était la fin d'après-midi à présent. Cela lui était arrivé de partir plus longtemps bien sûr, mais quand il s'évadait durant plusieurs jours, il laissait toujours un mot pour que son père ne s'inquiète pas, pour qu'il n'alerte pas le reste de la meute. Il savait néanmoins que s'il ne rentrait pas bientôt, il finirait par se poser des questions. C'était le problème, lorsqu'on était en meute ; tout le monde se connaissait, tout le monde savait qui faisait quoi quand et où, et lorsque quelqu'un était absent un peu trop longtemps, tout le monde partait à sa recherche. C'était naturel, et ça avait ses avantages ; lorsqu'il y avait des accidents, lorsqu'on était attaqué, on pouvait être sûr d'avoir du renfort et de l'aide rapidement. Mais cela avait un gros inconvénient : on ne pouvait pas rester seul bien longtemps. Et si son père et les autres se mettaient en quête de venir le chercher, ils ne mettraient pas longtemps avant de le retrouver. Son cottage était en dehors des frontières, il était reculé, mais il n'était pas non plus caché. Joel n'avait pas choisit un endroit impossible d'accès, tout simplement parce qu'il comptait sur le fait que ce serait sa future maison, et qu'il ne voulait pas se prendre la tête chaque fois qu'il voulait se rendre chez lui. Et puis, Vasile était déjà venu, et quand bien même il ne serait pas de l'expédition, son odeur serait rapidement reconnaissable. Mon odeur, et celle d'Ida. Parce qu'ils la sentiraient inévitablement ; à défaut de la voir. Joel n'avait aucune idée de comment les autres réagiraient en la voyant, et il n'avait aucune envie de savoir. Mais, peu importe le scénario, il savait qu'on ne le laisserait pas en paix, que cela s'accompagnerait d'un flot de questions, et il n'en avait vraiment pas envie. Il avait envie d'être tranquille. Il voulait que son cottage reste tranquille, loin de tous les autres loups. Il ne les voulait pas ici, surtout pas. Vasile était venu et c'était déjà trop. C'était son endroit à lui, et il voulait que cela reste ainsi.

La douce voix d'Ida le tira subitement de ses pensées, et il tourna de nouveau la tête vers elle. Cette fois-ci, un sourire finit par étirer ses lèvres. Doucement, presque timidement ; comme s'il n'en avait pas l'habitude -ce qui était le cas, tout bien considéré. « Si on veut, oui. » C'était chez lui, parce que ce n'était pas chez quelqu'un d'autre. Parce que c'était son endroit, celui qu'il avait construit. Mais il savait très bien que ce n'était pas là sa question, que ce qu'elle voulait savoir c'était s'il habitait là à l'année, s'il dormait là, vivait là. « Ça sera surtout chez moi quand je l'aurais terminé. Et encore. C'est en dehors des frontières. » Il fit un vague geste de la main, pour signifier que ce détail-là l'empêcherait sûrement d'y habiter. "Les conventions." Au diable, les conventions. Mais on ne faisait pas complètement comme on voulait, dans une meute. On devait obéir. « J'habite avec mon père et ma sœur, sinon, là-bas. » Il pointa son doigt à sa droite, à travers la fenêtre ; puis se leva. Il s'avança jusqu'à une autre fenêtre, celle qui se trouvait devant lui. Il passa la tête par l'encadrement sans difficulté -les vitres n'étaient pas encore installées. Il renifla discrètement, tâchant de savoir où les autres loups se trouvaient, mais rien. Ils étaient sûrement loin, ne se souciaient probablement pas de lui. Tant mieux. « Un en-cas sucré ? » Joel se retourna, rigola. « Tu sais ce qu'on mange, ici ? » Certainement pas des en-cas sucrés. Ça, c'était bon pour les humains de la ville. Chez les loups de Vasile Grămadă, on mangeait du chevreuil, du lapin, du sanglier, chassés par les anciens. Des légumes cultivés dans le potager commun. On n'allait sûrement pas faire les magasins à Budapest, sûrement pas acheter des petites pâtisseries ou autres sucreries. Ils en mangeaient des gâteaux, des biscuits, mais c'était toujours fait maison, avec des produits locaux. On se débrouillait pour sucrer autrement, ou on ne sucrait pas. « Puis ouais, comme tu vois, j'ai rien ici. » Il parcouru rapidement la vaste pièce du regard. Parfois, il ramenait un pot de maïs soufflé, qu'il grignotait au cours de la journée ; mais là, il n'y en avait pas. Il fronça alors les sourcils, quand Ida reprit la parole. « Un quoi aux abricots ? » Les abricots il connaissait, heureusement, mais ce Timari-truc, il n'en avait jamais entendu parler. Ça avait l'air d'être de la nourriture. Il aimait bien le nom. « Tima quoi ? » Son visage se partageait désormais entre le rire et un début de honte ; la honte de l'ignorance. Il fallait s'y attendre, à rester trop longtemps en compagnie d'une humaine. D'une citadine. Forcément plus cultivée que lui, loup reclus depuis toujours dans la forêt. Joel secoua la tête. « Ça compense » se contenta-t-il de répondre, quand Ida s'excusa de trop parler. Ça compensait avec lui qui ne parlait pas assez. Et puis, il aimait bien l'entendre Ida. Elle avait une belle voix. Il s'avança vers la porte d'entrée, qui elle avait été placée. Il n'y avait néanmoins pas encore la poignée, pas encore le verrou. À quoi bon ? Il n'y avait rien à voler, ici. Alors que Joel regardait au loin, les yeux plongés dans l'ombre de la forêt, il réalisa. Il tourna la tête, posa son regard sur Ida, esquissa un sourire. Il n'avait pas l'habitude des sous-entendus. Parce que lui, il disait ce qu'il pensait, il n'y allait pas par quatre chemins. Et généralement, c'est comme ça qu'on lui parlait aussi. Comme ça qu'ils se parlaient tous, les loups de sa meute. « En fait, tu viens d'm'inviter à manger ton truc aux abricots, non ? Ou j'me trompe ? »

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Ida Varga
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MessageSujet: Re: ☆ did you see the flares ? (joda) Jeu 25 Juin - 2:55



Joel venait de me sourire. Je suis sûrement encore un peu dans le gaz à cause de ma perte de conscience mais je suis pourtant sûre de l’avoir bien vu. C’était un vrai sourire, pas ce sourire sarcastique ou charmeur qu’il m’avait déjà servi plus tôt dans l’après-midi. Un vrai sourire. Je tombe un peu des nues mais je ne cache pas que ça me fait plaisir de me réveiller chez lui de cette manière même si j’aurai largement préféré qu’il agisse plutôt comme ça après ma première pleine lune, après m’être réveillée le corps courbaturé et en ayant des flash de ce qu’il s’était passé il y avait quelques heures de cela. J’aurai préféré qu’il me jette dehors aujourd’hui plutôt qu’il y a une semaine quand j’avais vraiment besoin de quelqu’un. Mais Joel n’est pas comme ça. Celui qui m’a mordue n’est pas tendre ou protecteur. Du moins, il ne l’était pas juste après ma pleine lune parce que le garçon que j’ai en face de moi à cet instant m’a ramené chez lui alors que j’ai tourné de l’œil en pleine forêt. Il s’est montré protecteur alors qu’il aurait pu me laisser là-bas. Je ne comprends pas grand chose à ce garçon, ni même à ce que je ressens en sa présence mais quelque chose me dit que je vais tout faire pour mieux le connaître et comprendre pourquoi il est comme ça aujourd’hui. Ce qui peut paraître étonnant lorsqu’on se rend compte qu’il y a moins de deux heures on s’envoyait des sarcasmes en pleine figure. Mais j’ai envie de savoir qu’est-ce qu’il se cache derrière ces yeux bleus et ce visage fermé.

Je suis donc bel et bien chez lui. Du moins, le chez lui qu’il est en train de se construire. Je laisse mon regard se perdre un peu dans cette petite maison. Il faut être sacrément doué et fort pour construire une telle bâtisse tout seul. Je ne m’y connais pas trop mais ça ne doit pas être léger de porter toutes ces briques et de clouer toutes ces planches de bois. Pour un humain du moins. Est-ce que c’est facile pour lui qui maitrise complètement sa nature de loup ? Je lève le nez vers le plafond où il n’y a pas encore de toit. Je devine les branches d’arbres venir chatouiller le haut des poutres. Il ne devrait pas mettre de toit. Ou alors une verrière pour pouvoir regarder les étoiles entre les branches d’arbre. Ca doit être magique. Je le sais parce que chez mes parents, j’ai réaménagé le grenier en petit studio et que j’ai fait exprès de placer mon lit sous la fenêtre de toit. Evidemment, elle n’est pas bien grande alors je ne peux pas voir grand chose, mais j’aime quand même lever les yeux vers le ciel tout en étant couchée et me perdre dans les étoiles quelques secondes avant de m’endormir. « Si le pays n’était pas connu pour ses pluies incessantes tu pourrais laisser le toit comme ça pour pouvoir regarder les étoiles avant de t’endormir… » Bravo Ida, comment te ridiculiser en passant pour une grande romantique devant un garçon qui n’en a rien à faire de tes conseils. Comme si j’avais des conseils à lui donner sur comment construire son petit chez lui. Mal à l’aise, je remets une longue mèche de cheveux derrière mon oreille. Pour essayer de me rattraper, je demande gentiment au jeune homme s’il a déjà quelques ingrédients dans ses placards, même si je me doute un peu que la réponse va être négative. Je lui propose donc dans la foulée de venir dans mon studio, j’ai fait un tiramisu aux abricots hier soir et il faut qu’il soit mangé dans la journée. En effet, Joel me fait comprendre qu’il n’a rien ici. Il ne manque pas de me faire comprendre qu’il ne mange certainement pas la même chose que moi. J’oubliais que Joel avait grandi et vivait toujours dans la forêt. Je suppose que les loups reclus comme ça ne se pointe pas au supermarché pour faire des amplettes. Ils doivent sûrement vivre de potager et de gibier. Cette pensée me soulève le cœur. Je ne pense pas être capable de manger, un jour, de la viande. Ou du moins pas sous ma forme humaine. C’est quelque chose que je n’ai pas encore expérimenté en tant que louve et j’espère que ça ne va pas arriver tout de suite. Je peux lire l’incompréhension du jeune homme lorsqu’il essaie de répéter le mot « tiramisu ». Apparemment, il ne sait pas ce que c’est et je me sens encore plus mal à l’aise de ne pas réfléchir avant de parler. « C’est… Un dessert. » expliquais-je en n’osant pas regarder le jeune homme. Finalement, il a pleins de choses à m’apprendre sur comment être une bonne louve mais peut-être que je peux aussi lui apprendre deux ou trois trucs sur la vie des humains. Même si je ne pense pas que Joel soit le genre de personne à avoir envie d’en apprendre plus sur la vie « normale ». Je me rends compte qu’à trop parler je finis surtout par dire des bêtises. Je fronce les sourcils lorsque Joel me dit que ma parlotte compense avec le fait que lui, ne parle pas beaucoup. Je fronce les sourcils, voyant là l’occasion de lui poser une question qui me trotte dans la tête depuis une semaine. « Est-ce que… C’est possible que ma personnalité et mon caractère aient changé en devenant une louve ? Avant je n’étais pas comme ça. C’était mon frère à qui il fallait demander de se taire parce qu’il parlait trop. J’étais plutôt timide et réservée. J’aimais me fondre dans le décors mais depuis que je suis… une louve, j’ai du tempérament et je n’arrête pas de parler. Tu le vois bien ! Ca recommence là ! » me plaignais-je en soupirant. Un vrai moulin à paroles. Comme si en plus, Joel en avait quelque chose à faire de mes histoires. Joel s’approcha de la porte d’entrée et regarda au loin. Je suppose que c’est le moment pour moi de prendre mes clics et mes clacs et de rejoindre ma vie humaine. Je dégage le duvet de mes jambes et descends du lit en retombant lourdement sur mes chevilles. Je suis toute petite et Joel a construit un lit à sa taille. Je trouve mon blouson posé sur la table basse, ainsi que mon sac à dos. Au moment de refermer ma veste, Joel se retourne et me demande si je l’ai invité à venir goûter mon tiramisu. « Hum… Ouais. Mais c’était ridicule comme idée. Je pense que tu n’as pas envie de savoir le goût qu’a un dessert fait avec des ingrédients du supermarché humain. »
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Joel Zsivoczky
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MessageSujet: Re: ☆ did you see the flares ? (joda) Ven 26 Juin - 15:49



Romantique, la petite Ida ? Ça ne l'étonnait même pas. Elle croyait sûrement au prince charmant et au mariage, aux dîner aux chandelles et aux soirées au clair de lune. Pas lui. Joel n'avait rien de romantique, parce qu'il n'avait jamais eu l'occasion d'être romantique. Peut-être qu'il se découvrirait une nouvelle personnalité, qui sait... Mais non, ça ne risquait pas. Pas Joel. Il était trop direct, trop terre à terre pour ça. Ce n'était pas un prince charmant. Désolé. Comme si Ida avait la moindre envie que ce loup qui l'avait mordue soit son prince. En tout cas, lui n'y croyait pas à tout ça. Il ne croyait plus vraiment à l'amour, alors le romantisme... Il entendait encore Itsván lui dire qu'il était con, que c'était parce qu'il ne connaissait pas, parce que ça ne lui était pas encore tombé dessus. Mon oeil. Joel voyait bien que son meilleur pote était amoureux, qu'avec sa petite sorcière -oui, sorcière- il coulait des jours heureux... mais il savait aussi que ça ne pourrait jamais durer. Parce qu'Itsván était un loup, et que Camille était une sorcière. Que l'un avait une meute, l'autre un coven, et que les deux n'allaient pas ensemble. Que la meute ou le coven de l'un finirait par tuer l'autre, s'ils faisaient un pas de travers. Qu'ils seraient toujours partagés entre l'amour qu'ils éprouvaient l'un envers l'autre et la fidélité à leur peuple. Qu'ils finiraient par souffrir, inévitablement. Et il était où, l'amour, dans la souffrance ? Joel ne voulait pas de ça pour lui. Les niaiseries, il s'en passait bien, et l'amour... l'amour, il n'en voulait pas. Il ne voulait pas souffrir ; il avait déjà trop souffert comme ça. « J'monterais sur le toit, pour les étoiles. » Rien de plus compliqué. Aller, il installerait deux petits crochets, pour aider à la montée. Il calerait ses fesses entre deux tuiles, étendrait les jambes, s'allongerait... et rien au-dessus de lui. Encore mieux qu'un toit panoramique. Joel n'était pas romantique, mais ça ne l'empêchait pas d'aimer observer les étoiles. Il ne les regardait peut-être pas avec romantisme, mais il les regardait quand même. L'immensité. Joel aimait l'immensité. Il aimait s'y perdre. Parce que les étoiles elles étaient fortes, elles étaient puissantes, mais elles ne le contrôlaient pas. Il ne les contrôlait pas non plus, mais c'était un bon compromis. Ça l'apaisait.

Contre toutes attentes, le rire de Joel retentit. Dans cet habitacle ouvert de tous les côtés, il ne résonna pas ; son rire s'enfuit dehors, à travers la prairie. Alors qu'il regardait à travers la porte d'entrée, il s'étonna lui-même d'avoir ri. J'ai ri, se répéta-t-il plusieurs fois, comme s'il venait de découvrir ou d'apprendre quelque chose d'extraordinaire. Ça faisait longtemps. Peut-être des mois. Il soupira. Il rigolait à cet instant parce qu'Ida l'avait fait rire, cette même fille qui l'insupportait encore quelques heures plus tôt. « C'est possible oui » finit-il par dire malgré tout, un léger sourire sur ses lèvres. Il ne se retourna pas pour autant. « J'ai toujours été un loup, plus ou moins... alors c'est difficile à dire. Mais disons qu'à l'adolescence, quand le... quand le "gêne" s'est déclenché, si tu veux, j'ai changé ouais. » Pas de beaucoup, mais il avait changé. Il était devenu plus solitaire, plus cassant encore, sa soif d'indépendance s'était amplifiée. « Un peu. Ce que j'étais s'est intensifié, disons. Mais... » Joel prit une grande inspiration. Il ne savait pas pourquoi il s'aventurait sur ce terrain-là, mais il avait commencé. Il ne pouvait plus reculer. « Ma mère a beaucoup changé. Elle m'a dit. Elle était... au contraire. » Il tourna la tête un peu plus. Il ne voulait pas qu'Ida le voit. Sait-on jamais, si les larmes montaient... « C'était une vraie chipie, elle tenait pas en place, elle parlait trop, elle était agaçante, elle en faisait voir de toutes les couleurs à ses parents... et devenir louve l'a complètement calmée. Hyper sage, hyper posée. » Il haussa les épaules. « Comme quoi. » Il essaya d'imaginer Ida en fille réservée. Qui ne parlait pas. Qui ne répondait pas. Il avait du mal, pour tout dire. Et il ne savait pas ce qu'il aurait préféré. Ida timide, ou Ida sarcastique ? Ida sarcastique, sûrement. Les gens timides l'ennuyaient.

« Et qu'est-ce qui te fais dire ça ? » Le visage de Joel avait perdu son sourire, le souvenir de sa mère défunte n'ayant pas aidé, et sa mine fermée l'avait de nouveau remplacé. Malgré tout, l'idée d'aller manger un ti-ra-mi-tsu (il épela mentalement les syllabes) lui disait plutôt bien. « Maintenant que tu m'en as parlé, autant le manger non ? » Découvrir quelque chose qu'il ne connaissait pas le motivait. Il ne pouvait pas dire qu'il s'ennuyait, ici, mais la vie de loup dans la forêt était plutôt monotone, au final. Il n'avait pas une folle envie de retourner dans le monde des humains et il le redoutait, d'ailleurs, mais il avait envie de bouger. De voir autre chose. Et puis, ils n'iraient pas en centre-ville, ils n'allaient pas faire de bain de foule. Et c'était une bonne excuse pour les faire partir de là ; si son père finissait par s'inquiéter, son odeur ne le mènerait pas au cottage, ne le mènerait pas à Ida. Parce que, quand bien même il suivait sa trace en dehors du territoire, en dehors de la forêt, il ne s'aventurerait pas jusqu'à Budapest. Joel le savait. « Bon. » Il baissa son regard sur son torse nu. Son t-shirt était inutilisable, dorénavant ; Ida n'en avait sûrement plus besoin, mais il serait toujours déchiré en deux et Joel ne stockait pas d'habits ici. Il attrapa sa veste, qu'il avait laissée sur le fauteuil, et l'enfila. Malheureusement, ce n'était toujours pas ça. Il ne pouvait décemment pas sortir comme ça ; enfin, surtout pas rentrer chez Ida accoutré pareil. De quoi aurait-il l'air, s'il croisait ses parents dans une veste en cuir ouverte sur ses abdominaux ? Joel zippa la fermeture éclair jusqu'à son cou et écarta les bras. « J'ai soit l'air d'un motard, soit... » Soit je sais pas. Tant pis, il pouvait bien faire ça pour un gâteau aux abricots. Joel sortit du cottage et jeta un dernier regard à l'intérieur, par habitude, avant de donner un petit coup de menton à l'attention d'Ida. « C'toi le guide. Je te suis. »

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Ida Varga
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MessageSujet: Re: ☆ did you see the flares ? (joda) Dim 5 Juil - 5:35



L’idée de m’installer sur le toit de ce petit cottage avec Joel pour regarder les étoiles m’effleure l’esprit. Une vision très idéale m’apparaît ; une soirée d’été, il m’aide à grimper sur le toit en me tirant par le bras tel un gentleman et on s’installe sur une couveture de pic-nique pour se perdre dans l’immensité au-dessus de nos têtes. Je ne sais pas si dorénavent je serais toujours en mesure de regarder la lune de la même manière. Mon regard a changé sur elle. Avant innoffensive, elle m’aspirait de la confiance et j’aimais me dire que n’importe qui sur cette planète pouvait lever le nez au ciel et voir exactement la même chose que moi. La lune fait tomber les barrières des frontières et des langues. Mais maintenant, lorsqu’elle sera pleine, je me transformerait et je ne pourrai rien faire contre ça. Je vais devenir un animal, je vais courir à vive allure et je vais probablement tuer. Contre ma volonté, mais tuer quand même. Ca me fait peur. Je ne me rappelle pas de ma première pleine lune, mais ce que mon ami garde forestier m’a raconté m’a refroidi et je sais que je vais appréhender ma deuxième pleine lune. Heureusement, ses amies les étoiles ne sont jamais loin. Des fois elles se cachent mais elles ne sont pas parties pour autant. J’imagine Joel m’expliquer le nom de certaines étoiles et même me parler de constellations et puis en me sentant frissonner, il me prendrait la main et je me sentirais à nouveau en sécurité. Sauf que mon esprit est en train de complètement divaguer. Pourquoi d’ailleurs ? Joel est celui qui m’a mordu, je devrais le détester, je devrais lui en vouloir, je devrais le fuir et pourtant, malgré mon air de sale gosse, je ne peux m’empêcher de ressentir de la sympathie, voir même de l’affection pour lui. Je suppose que nous avons un lien lui et moi, qu’on le veuille ou non. Mais il faut immédiatement que je casse cette image idéale du jeune homme. Elle n’existe pas.

Son rire me sort de mes pensées. Je lève les sourcils, étonnée d’entendre ce son sortir de sa bouche. Et pourtant, ça me réchauffe un peu le cœur de voir que Joel sait rire, qu’il sait sourire sincèrement et non pas de manière sarcastique. Il m’explique ensuite que lui n’a pas vraiment vu de différence lorsque son « gêne » s’est déclaré. Brynjolf m’avait vaguement expliqué que chez les personnes qui sont nées avec le gêne loup garou, il se déclare vers l’adolescence. Heureusement qu’il m’avait un peu parlé de sa propre expérience sinon je serais larguée face aux mots de Joel. Apparemment, sa maman a vécu la même chose que moi. Sauf dans le sens contraire ; elle était une fille difficile à vivre et en devenant louve, sa personnalité a complètement changé, devenant plus posée. Je suppose d’ailleurs que c’est à partir de là qu’elle s’est mariée et qu’elle a fondé sa famille. Je ne vois pas Joel mais je peux entendre l’émotion dans sa voix. Je ne demande rien de plus mais je ne suis pas stupide, il a un lien très spécial avec sa maman. Et malgré tout, ça me fait bizarre qu’il me parle de quelque chose d’aussi personnel. « Je crois que j’aurai préféré suivre le chemin de ta mère ; être une vraie peste et devenir sage. » Non pas que ça ne me plaise pas d’être un peu plus « rentre dedans » mais ça devient difficile d’agir normalement devant ma famille alors que parfois, je leur répondrai bien de me laisser un peu tranquille. Heureusement, ces mots ne m’ont jamais échappé, sinon je sais que je les blesserai.

Comme pour tirer un trait sur ce sujet qui semble assez sensible chez Joel, il m’assure qu’il aimerait bien goûter ce tiramisu dont je lui parle depuis cinq minutes. Je lui souris et rigole légèrement en le voyant constater qu’il ne peut décemment pas venir en ville à torse nu. Il a raison, ça serait bizarre et je crois bien que c’est puni par la loi. Je l’observe chercher une solution jusqu’à ce qu’il décide d’enfiler son blouson et de fermer la fermeture éclaire jusqu’aux clavicules. On devine clairement qu’il ne porte rien dessus mais au moins, on ne pourra rien lui reprocher. « Ca ira. » dis-je en rigolant nerveusement alors que tout mon être à envier de lui crier qu’il est sexy à tomber. J’ai l’impression que certaines choses se réveillent dans mon corps, des choses qui ne me semblaient pas importantes jusque là. Je chasse les quelques images obscènes de Joel qui se sont engouffrées dans mon esprit et hoche la tête. « Alors on est parti. » Nous quittons son petit cottage et comme pour le mettre au défi, je me mets à courir. Evidemment, je sais que Joel me rattrapera et qu’il me dépassera largement. Mais s’il y a bien un truc que j’apprécie avec ma nouvelle nature, c’est justement de pouvoir courir et de me sentir aussi légère et libre. Nous rejoignons la frontière de la forêt. Je me retrouve tout de même légèrement à bout de souffle et m’affaire à remettre mon blouson correctement. « Ce n’est pas très loin à partir de là. » Nous marchons désormais de manière normale, pour se fondre dans la masse. Il nous faudra une bonne dizaine de minutes de marche avant d’arriver devant une petite maison. Je fais signe à Joel de me suivre et nous empruntons le jardin pour nous faufiler à l’arrière de la maison. Là, cachés par les arbres et les buissons que ma maman s’affaire à entretenir toutes les semaines, je m’accroche au pan de la maison. Je me hisse à la force de mes bras pour attraper une grosse branche et me hisse à nouveau sur la branche d’en dessus. Je descends le regard vers Joel. « Tu vois que je sais grimper aux arbres ! » Je rigole doucement en essayant de ne pas faire trop de bruit. Je ne suis pas sûre que ma maman serait contente de me voir grimper dans son arbre favori et avec un garçon en plus de ça. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que j’ai l’habitude de passer par là, ayant la mauvaise habitude d’oublier mes clés. Je pose un pied sur le rebord de la fenêtre de la salle de bain et m’accroche encore à une autre grosse branche. Je tends le bras et ouvre une petite fenêtre en la coulissant vers le haut. Je me glisse à travers l’ouverture et me laisse tomber sur le tapis de mon petit studio. Je garde la fenêtre ouverte pour que Joel n’aie pas de mal à me rejoindre et lorsque c’est fait, je la referme en faisant le moins de bruit possible. « Normalement, on devrait être seuls. » Mon frère travaille à l’hôpital aujourd’hui et mon papa est également sur son lieu de travail. Il faut juste se méfier que ma maman n’écourte pas sa tasse de thé habituelle avec ses amies. Je retire mon blouson et ouvre un tiroir de ma commode pour trouver un vieux t-shirt que j’ai volé à mon frère pour dormir. « Tiens, mets ça. » Je lui lance le morceau de tissu avant de me retourner vers ma petite kitchenette. « Je fais des études dans la pâtisserie, c’est bien pratique pour moi d’avoir ma petite cuisinière pour créer et essayer de nouvelles recettes. » La pièce n’est pas bien grande ; il y a mon lit, à côté de la porte d’entrée, sous la voûte du toit. Dans le coin opposé un fauteuil plus que confortable dans lequel je passe des heures à lire ou regarder des films sur mon ordinateur portable. Au centre de la pièce, une table avec deux poufs durs où manger ou réviser, en face on trouve ma commode ainsi qu’une penderie et au fond, à nouveau sous la voûte du toit, ma petite cuisine. Elle ne comporte qu’un frigo, un lavabo et un plan de travail avec un four mais ça me suffit. Au fil des années, j'ai essayé de garder une ambiance zen dans ma chambre, un peu baba cool dans mon grenier. Il y a de grands draps colorés en guise de rideaux, et un tapis à losanges de toutes les couleurs. Il y a quelques années, mon frère m'a offert un éléphant indou, gravé dans de la pierre pour faire brûler mes bâtonnets d'encens. Je me sens bien dans mon petit studio. J’ouvre le frigo et sort un pyrex en verre contenant mon fameux tiramisu. « Installe toi à table si tu veux. » Je coupe le dessert en deux parts, une plus grande et l’autre un peu plus petite, pour moi. J’approche Joel avec mes deux assiettes dans chaque main. « La recette originale se compose d’œufs et de mascarpone mais j’essaie de cuisiner 100% végétal. » J’aimerais, plus tard, ouvrir ma petite boutique de pâtisseries vegan. Mais il me reste encore à passer mes examens dans deux semaines et à attendre les résultats avant d’essayer de concrétiser mon rêve. Je m’installe en face de Joel et lui tends son assiette avec une fourchette. « Goûte ! » l’encourageais-je. Je le regarde comme si j’étais face à un juge de cuisine sur une chaine de télé-réalité. Je ne sais pas pourquoi mais son avis compte pour moi. Il n’a pas l’habitude de manger ce genre de choses et je suppose que c’est pour ça que je tiens à ce que ça lui plaise.
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Joel Zsivoczky
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MessageSujet: Re: ☆ did you see the flares ? (joda) Dim 5 Juil - 18:19



« Tu préférerais pas suivre le chemin de ma mère, non. » Joel avait dit ça trop rapidement, sans réfléchir, un peu froidement aussi ; mais il s'était vite rattrapé, parce que c'était la tristesse et la colère envers ces enfoirés d'humains qui parlaient, et non un énervement quelconque contre ce que venait de dire Ida. Après tout, elle ne savait encore rien de sa vie ; rien de sa famille. Rien de sa mère, morte il y a quelques mois. Mais il ne voulait pas en parler, surtout pas. Comme bien souvent, Joel se fermait sur ses sentiments. Étrangement, il aurait aimé en parler à cette jeune louve, alors qu'il ne la connaissait réellement que depuis quelques heures ; elle était d'ailleurs la seule à qui il n'ait jamais parlé de sa mère depuis son décès. Il ne l'avait même pas fait en compagnie d'Itsván, et c'était dire. Ce mec était son meilleur ami, son frère de cœur. Mais bien qu'il fut tenté d'ouvrir son cœur à Ida à propos de sa mère, ce n'était pas le bon moment. Il savait qu'il serait triste et il ne voulait pas l'être -pas plus qu'il ne l'était déjà-, et il ne voulait pas non plus se montrer faible devant elle. Peut-être que cela viendrait, même s'il en doutait fortement, mais certainement pas tout de suite. Il ne voulait pas qu'ils se quittent un peu plus tard dans la journée -ou bien dans la nuit ?- et qu'Ida garde une image de lui pitoyable. Il voulait qu'elle le pense fort et imperturbable, de la manière dont il avait envie que tout le monde le voit. Alors, Joel avait tôt fait de changer de sujet sans laisser à Ida la possibilité de répondre, embrayant sur le thème pâtisserie. Heureusement, elle semblait avoir compris que cela ne servait à rien d'épiloguer -ou alors elle n'avait tout simplement pas remarqué la gêne de Joel- parce qu'elle n'insista pas.

La porte du cottage fermée, ils s'étaient tous les deux élancés. Ida n'avait pas hésité à accélérer la cadence, dès le départ, et Joel esquissa un sourire en coin, lui laissant quelques mètres d'avance. Ses tristes pensées étaient oubliées, refourguées dans un coin de son cerveau qui resterait fermé jusqu'à ce qu'il se retrouve seul. Cette fille avait décidément le don d'arriver à lui changer les idées en un claquement de doigt. Quand elle fut au dixième arbre, Joel démarra. Il fit mine de peiner, gardant une distance de quelques mètres entre lui et Ida, soufflant bruyamment pour mimer l'essoufflement. Et puis, il ria légèrement et se mit à courir normalement -enfin, normalement pour un loup. Il rejoignit Ida en quelques foulées, la dépassa en tirant la langue puis s'arrêta un peu plus loin devant elle. Quand elle fut de nouveau à son niveau, il reprit la course avec elle. Joel se sentait fabuleusement léger. Il aimait toujours courir, courir comme un loup, se sentant ainsi plus animal qu'humain, plus en osmose avec la nature ; mais là, cette course prenait une dimension différente. Courir aux côtés d'Ida avec quelque chose d'autrement agréable, sans qu'il ne puisse arriver à pointer ce qui changeait exactement. En fait, depuis ce début d'après-midi, c'était comme si une petite graine avait pris place dans le cœur de Joel ; une petite graine bien différente de celles qui le peuplaient jusque là -et qui le peuplaient encore, le peupleraient sûrement toujours. Cette petite graine là, celle qu'avait plantée Ida sans le savoir, était beaucoup plus belle que les autres. Beaucoup plus heureuse.

Les deux comparses ralentirent lorsqu'ils atteignirent l'orée de la forêt. À partir de là, Ida était vraiment la seule guide, et Joel ne la quittait pas des yeux. Elle n'allait pas s'évaporer d'une seconde à l'autre, bien sûr, mais Joel était réellement en terrain inconnu lorsqu'il s'aventurait en ville. La forêt, il la connaissait comme sa poche et il n'avait aucun problème à se repérer dedans : il pouvait être à n'importe quel endroit, il savait retrouver son chemin. Peut-être que c'était inné, que c'était en lui, dans sa nature de loup ; mais quoiqu'il en soit, c'était un terrain en lequel il était en confiance, ce qui n'était absolument pas le cas du territoire qui démarrait dès que la forêt se terminait. S'il était laissé seul au milieu d'un quartier résidentiel, non seulement il commencerait à paniquer à l'idée de se retrouver entouré d'humains, mais il serait aussi incapable de retourner chez lui, même en essayant de revenir sur ses pas. Il se demandait d'ailleurs comment il ferait pour rentrer de chez Ida ; il n'irait sûrement pas s'abaisser à lui demander de le raccompagner, et elle ne penserait sûrement pas à le faire d'elle-même. Il se rassura bien vite cependant ; il s'était déjà rendu aux alentours de chez elle, lorsqu'il l'observait en secret après avoir découvert que la fille qu'il avait mordue avait survécu, et il était arrivé à rentrer chez lui au final. Cela prenait juste plus de temps, rien de dramatique. Ce n'était pas comme si Joel avait des responsabilités qui l'obligeaient à être à un endroit précis à une heure particulière ; c'était l'avantage de ne pas avoir de métier, à la différence des humains.

Ils arrivèrent rapidement à la maison des Varga, et Joel esquissa un petit sourire. La façade était telle qu'elle était restée dans ses souvenirs. Néanmoins, il ne s'était jamais aventuré plus loin et il était curieux de voir de quoi cette maison avait l'air. Ils passèrent par le jardin, et Joel fut agréablement surpris. « Je n'imaginais pas ça comme ça » lâcha-t-il, alors que son regard parcourait tout le jardin. De l'extérieur, la maison avait des allures de pavillon de banlieue possédé par Monsieur et Madame Tout-le-monde, et le jardin venait complètement briser cette image. Il était chaleureux, d'une certaine manière. Il n'avait rien à voir avec les autres jardins que Joel avait pu apercevoir ailleurs dans Budapest. Ida se dirigea vers le mur de la maison et s'accrocha à une branche puis à une autre. Quand elle se retourna vers lui, Joel haussait les sourcils. Ils rentraient tous comme ça chez eux, ou quoi ? Il les avait de loin sous-estimés, si c'était le cas. Et la famille Varga était plus originale qu'il ne le pensait. « Je vois ça oui ! » plaisanta Joel, quand Ida lui fit remarquer qu'elle savait monter aux arbres. Il ne pouvait pas nier qu'elle grimpait avec une agilité particulière, ce qui contrastait avec l'image qu'il avait eu d'elle, les quatre fers en l'air et les mains en sang, au pied d'un arbre qu'elle avait essayé de gravir. Il ne se fit cependant pas prier pour monter de cette manière à son tour ; c'était tellement plus amusant que de passer par la porte... et tellement plus naturel aussi, d'une certaine façon. Alors qu'il sautait sur la deuxième branche, Joel eut l'impression de retomber en enfance, se revoyant jouer dans les hauteurs des arbres avec ses cousins. Il ne le faisait plus tellement, maintenant. Cela lui arrivait encore de grimper aux arbres, mais ce n'était plus qu'une question pratique maintenant ; pour mieux capter une odeur ou un son, par exemple. Joel faisait cependant attention à l'endroit où il mettait ses pieds. Il les plaçait à l'exact endroit où Ida avait mis les siens ; il ne fallait surtout pas qu'il casse quelque chose ou, peut-être pire pour lui, qu'il tombe. Cette dernière option était très peu probable, parce que même s'il perdait l'équilibre il saurait se rattraper, mais tout de même. Il ne connaissait pas du tout cet arbre ni cette maison, et il n'était pas à l'abri d'une mauvaise surprise.

Joel retomba de l'autre côté de la fenêtre avec plus de douceur que ce que l'on pourrait attendre d'un garçon de sa carrure ; mais il n'était pas n'importe quel garçon, et les loups savaient être délicats quand il était question de sauts ou de courses, ne serait-ce que pour ne pas se faire repérer par les ennemis. En l'occurrence, là, les ennemis étaient la famille d'Ida. Pas dans le sens littéral ; Joel se sentait étrangement en confiance ici, comme si les parents d'Ida n'étaient pas réellement des humains -parce que pour lui, humains égalait à mauvais, forcément. Non, c'était plutôt les ennemis dans le sens où ils ne seraient pas forcément bon pour eux que l'on s'aperçoive qu'il était là. Pas parce qu'il était un loup-garou, il y avait peu de chance pour que ses parents s'en rende compte, mais bel et bien parce qu'il était un garçon. Et pour des parents, savoir sa fille de vingt et quelques années seule avec un garçon n'avait rien de rassurant. Pour eux, Ida était sûrement encore leur petit bébé, et la penser batifoler avec un garçon n'était probablement pas de leur goût.

Dès qu'il était entré dans le studio d'Ida, l'odeur lui avait pris les narines. Elle était bonne et douce, et elle plaisait beaucoup à Joel, étrangement. Alors qu'Ida farfouillait dans sa commode, il parcouru la chambre : d'abord du regard, puis physiquement. Il était curieux de voir où Ida vivait au quotidien, où elle dormait, où elle s'asseyait. Quand il arriva près de son lit, il leva la tête et remarqua qu'elle avait une fenêtre qui donnait sur le ciel. Il esquissa un léger sourire. Elle devait beaucoup les aimer, ses étoiles ; et beaucoup les observer, aussi. C'était une chose dont il se rappellerait, Joel. Il se retourna quand Ida l'apostropha, et il attrapa le t-shirt d'homme qu'elle lui lançait. Tout en l'enfilant, il se cru obligé de faire un commentaire. « Le t-shirt qu'un de tes prétendants a oublié ? » Il pensa après coup que cela pouvait être celui de son frère, et il préférait nettement cette idée bizarrement. Ida se dirigea ensuite vers sa petite cuisine aménagée, tout en lui racontant qu'elle étudiait la pâtisserie ; elle venait donc sûrement de là, cette bonne odeur, et cela expliquait qu'elle ait son propre four et qu'elle sache préparer un tiramisu aux abricots. Les peu de fois où Joel était passé devant une pâtisserie, en centre-ville de Budapest, il n'avait pas trouvé d'odeur particulièrement alléchante ; et pourtant, là, en plus de la trouver très bonne, cela lui éveillait les papilles. Ce qui était plutôt exceptionnel, pour quelqu'un qui n'apportait pas de grande importance à la nourriture, et qui se contentait très bien de légumes sans goût et racines que beaucoup d'humains trouveraient immangeables.

Joel obéit quand Ida l'invita à s'asseoir sur un des poufs. Il ne savait pas trop comment placer ses jambes pour ne pas rentrer dans la table, mais finit par se reculer et les étendre de chaque côté. La phrase que prononça ensuite Ida le fascina complètement. Elle l'avait dite avec un naturel détaché et une certaine conviction ; celle de ne pas utiliser de matière animale, apparemment. Joel, qui raffolait pourtant de viande, trouvait ça noble comme décision. C'était ça aussi, qu'il ressentait dans sa voix : son ton professionnel. Cela se voyait qu'elle savait exactement ce qu'elle faisait. Ida lui tendit alors une assiette ainsi qu'une fourchette que Joel pris dans ses mains. Il observa la part de gâteau, la scrutant de tous les côtés. Cela ne ressemblait à rien de ce qu'il avait mangé jusque là ; c'était terriblement beau, et en dehors du fait que cela lui faisait mal au cœur de détruire une si belle création, il se demandait si c'était seulement mangeable. Pour lui, la nourriture avait toujours une piètre allure. Joel était subjugué par ce tiramisu et, plus tard, il s'étonnerait de l'état dans lequel cela l'avait mis ; il s'extasiait rarement du monde environnant, et prendre autant à cœur un mélange de fruits et autres ingrédients était à l'opposé de sa personnalité. Ida avait finit par le presser de goûter le gâteau et Joel se ressaisit, prenant néanmoins un grand soin pour couper un petit morceau. Il le glissa dans sa bouche et colla sa langue au palais, pour mieux s'imprégner du goût. Ses yeux s'écarquillèrent et il releva le regard pour croiser celui d'Ida. « Waw. » Il prit une bouchée supplémentaire, puis une autre, et une autre encore. Il avait le sentiment de manger... non, c'était indescriptible, en fait. Il n'avait jamais rien mangé d'aussi bon de toute sa vie. « C'est, ... c'est succulent ! Bordel ! » L'injure n'était pas indispensable, mais il ne savait pas comment transmettre autrement le fait que c'était complètement hors du commun. Les yeux de Joel brillait, littéralement émerveillé par ce qu'il mangeait. Il ralentit un peu sur les dernières bouchées, essayant de faire durer le plaisir autant qu'il le pouvait. « Je savais pas qu'on pouvait cuisiner une chose pareille, sérieusement. » Presque à contre cœur, il ingéra le dernier morceau de sa part de tiramisu, mais ne l'avala pas tout de suite, afin de profiter le plus possible de ce goût jusque là inconnu mais pourtant tellement, tellement bon. Joel s'étendit alors, comme s'il était repu, et posa ses mains derrière lui. Il planta ses pupilles bleu-gris dans celles d'Ida, et esquissa un demi-sourire. « Je ne te savais pas aussi talentueuse, Ida. » Elle dépassait de loin tout ce qu'il avait pu penser d'elle. « Des études de pâtisserie, donc ? Tu as bientôt fini ? » Il jeta un coup d’œil rapide à la cuisine avant de reporter son regard sur la louve. Celui d'Ida avait quelque de déroutant, et Joel sentit sa respiration accélérer sans aucune raison apparente. « Tu vas faire quoi après, tu vas ouvrir ta pâtisserie ? » Il était bien curieux de savoir ce qu'elle comptait faire, de savoir ses ambitions. Cela l'intéressait sincèrement, pour tout dire. Lui des ambitions, il n'en avait pas vraiment. Il se laissait porter par la vie et ce qu'elle avait à lui offrir ; et il était curieux de voir ce dont une jeune femme récemment mordue par un loup-garou avait comme plans pour le futur.

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Ida Varga
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MessageSujet: Re: ☆ did you see the flares ? (joda) Mer 15 Juil - 3:48



Une ombre de tristesse passe sur le visage de Joel. Je me rends compte que je l’ai offensé même si je pensais complimenter sa mère. Mais je ne connais pas toute son histoire et je suppose que ce n’est pas le moment de la connaître. Je ne sais même pas si je vais la connaître un jour d’ailleurs. Alors que l’on se met à courir et à se taquiner, je me rends compte que je pense à l’avenir avec le jeune homme inclu dedans. Je commence par me dire que j’en saurais un peu plus sur lui et sa famille, je suis déjà en train de me demander ce qu’il va penser de mon dessert tout ça comme si c’était important. Je veux dire, concrètement on vient de se rencontrer et on ne peut pas dire qu’on se soit tout de suite bien entendus. Pourtant, je pense que le jeune homme fera partie de mon futur et je ne peux pas du tout expliquer pourquoi. Peut-être parce qu’il m’a mordue, que je suis la louve qu’il a transformé et qu’un lien spécial nous uni et que même si nous vivons dans deux mondes complètement différents, nous serons amenés à passer du temps tout les deux ? Je n’ai rien contre ça, du moment qu’il est comme le garçon qui vient de me tirer la langue en me passant devant et non pas comme celui que j’ai vu tout à l’heure, méchant et hautain. Je chasse toutes ces pensées de ma tête et me concentre uniquement sur mes jambes. Je crois que je me suis suffisamment humiliée et blessée pour le reste de la semaine à venir. Je souris en voyant que Joel ralenti quelques mètres devant moi pour me laisser le temps de le rejoindre. Le vent sur mon visage me rafraichi. Je ne me suis pas encore faite à ma nouvelle température corporelle qui a tout de même augmenté d’un ou deux degrés. Ce n’est pas grand chose mais lorsqu’on est habituée à être une grande frileuse, c’est une bénédiction. Je finis par rattraper Joel et nous courrons l’un à côté de l’autre. Nos pieds sont synchronisés, ça m’hyponise presque mais une fois de plus, je préfère me concentrer sur mes jambes. La chute me ferait bien plus mal que quelques égratignures. Enfin… Mal pour une humaine. Pas pour une louve.

Nous arrivons à la frontière de la forêt. La ville s’étend sous nos yeux et je ne peux pas cacher mon excitation. J’ai toujours adoré être citadine, vivre ici à Budapest. J’adore aussi pouvoir me changer les idées et surtout me retrouver un peu dans le silence de la forêt quand j'en ai besoin mais je suis toujours contente de retourner en ville. Néanmoins, je ressens que je suis la seule à être excitée. Le garçon a côté de moi semble sur ses gardes. Il ne peut plus rien me cacher maintenant que nous avons compris qu’on se refilait nos humeurs. Mais je ne dis rien même si mon nouveau caractère de louve aurait sûrement relevé le fait que Joel est nerveux à mes côtés. Le jeune loup me suit dans les ruelles de la ville. J’essaie d’emprunter quelques raccourcis pour éviter de rester trop longtemps dehors. Une petite dizaine de minutes plus tard, nous arrivons devant la maison de mes parents. Elle est assez banale dans le fond. Surtout de l’extérieur mais ma maman a toujours eu la hantise de finir comme ces dames dans les quartiers populaires des séries télévisées où toutes les maisons se ressemblent, où tous les jardins sont taillés de la même manière et où toutes les décorations intérieures sont pareilles. Dès qu’on passe la barrière dans la haie, on débouche sur un jardin où elle y a mis tout son cœur. Et Dieu sait que ce n’est pas facile de faire pousser quelque chose dans un pays comme le nôtre. Mais ma maman adore ça. C’est sa manière de se détendre en rentrant de l’hôpital. Toujours derrière moi, Joel me suit et n’hésite pas à grimper dans l’arbre en s’appuyant sur les mêmes branches que moi. Je lui fait remarquer que je sais monter aux arbres contrairement à ce que je lui ai montré tout à l’heure lorsqu’il m’a retrouvée les fesses au sol et les mains en sang. « Je grimpe cet arbre depuis mes huit ans. Impossible que je me loupe. » J’aime croire que mes parents ne sont pas au courant qu’il m’arrive de passer par la fenêtre de ma chambre pour rentrer dans la maison mais je ne suis pas complètement naïve, ma maman n’a jamais taillé aucune branche que j’utilise pour grimper et les feuillages sont toujours dégagés aux endroits que je passe.

Lorsque nous arrivons enfin dans ma chambre, je referme la fenêtre après Joel et m’approche de ma commode pour lui donner un t-shirt à mon frère. Le jeune loup ne peut pas s’empêcher de faire une remarque et dos à lui, je souris discrètement, décidant de jouer son jeu. « Oui mais je ne me rappelle pas lequel adore ce groupe de musique. » prétendais-je en insinuant qu’il y a eu tellement de garçons qui sont rentrés dans ma chambre que je ne me rappelle plus auquel appartient ce t-shirt. Je me dirige ensuite vers ma kitchenette, laissant Joel observer les lieux. Je n’ai pas spécialement honte ou quoi que ce soit à cacher. Ce n’est plus une chambre d’ado mais pas non plus un studio d’adulte. Je m’y sens à l’aise et c’est l’essentiel. Je prépare deux assiettes ainsi que deux fourchettes et nous sers deux tranches de tiramisu. J’invite Joel à s’installer à table et j’attends son verdict avant de commencer à manger ma tranche. Je suis accrochée à ses lèvres. Je suppose que c’est complètement différent de ce qu’il a l’habitude de manger mais apparemment, ça ne lui déplaît pas. « C'est, ... c'est succulent ! Bordel ! » Un large sourire se dessine sur mes lèvres avant de lever le poing en l’air en signe de victoire. « Yes ! » Je rigole avant de commencer à manger ma propre part. Joel ne dit plus rien, continuant de manger le tiramisu avec envie. Je ne peux pas mentir ; ça me fait plaisir de le voir aimer quelque chose qui n’a rien avoir avec ce qu’il mange d’habitude. Et encore plus parce que c’est moi qui l’ai concocté. Je me mets à juger mon propre dessert, essayant de voir où est-ce que j’aurai pu faire mieux. S’il y a bien quelque chose qui n’a pas changé en devenant louve c’est mon côté perfectionniste. J’ai toujours eu besoin de chercher la faille pour pouvoir faire mieux et je dirais même que ça s’est accentué en me transformant. La texture est légère, elle fond en bouche mais ça manquerait presque un peux de sucre roux. J’espérais que l’abricot apporte ce côté sucré mais à la place, il rend le dessert un peu plus acide. Il faudra que je mette un peu plus de sucre roux la prochaine fois mais dans l’ensemble, je suis satisfaite. « Ravie que ça te plaise ! » dis-je en voyant que Joel est littéralement en train de profiter de chaque morceau de dessert qu’il met dans sa bouche. Je trouve ça mignon. « Comme quoi, le monde des humains a aussi de bonnes choses à offrir ! » Son assiette étant vide, le jeune homme s’installe plus confortablement sur son pouf. « Je ne te savais pas aussi talentueuse, Ida. » Je sens mes joues devenir brûlantes. Je baisse les yeux, n’arrivant pas à cacher ce sourire intimidé par son compliment. Je marmonne un « merci » tout en remettant une bouchée de tiramisu sur ma langue. Je pose ma fourchette, n’arrivant plus à avaler un seul morceau. Je pousse mon assiette vers Joel s’il désire terminer ma part. « J’ai mes examens dans deux semaines oui. Je pense d’ailleurs que je vais faire ce dessert pour la partie « libre ». Mais j’ai encore besoin de l’améliorer si je veux présenter ça aux juges. » Je sens le regard de Joel se poser sur moi et nos regards s’accrochent. Azur contre chocolat. Si ça ne devenait pas gênant avec les secondes, je pourrai passer des minutes entières à fixer son regard. Mais Joel enchaine en me demandant ce que je compte faire après. Je sors de mes pensées et hausse les épaules. « J’aimerais bien oui. J’ai reçu un capital pour mes dix huit ans mais se faire un nom dans une ville comme Budapest ça ne doit pas être facile. Surtout que j’aimerais faire uniquement de la pâtisserie végétale. Ce n’est pas encore très répandu dans cette partie de l’Europe. Et puis, trouver un local qui ne tombe pas en ruine relève du miracle. Donc je pense que je vais me contenter de travailler un peu avant de me lancer tête baissée. Mais c’est un rêve oui. » Je baisse les yeux sur la table avant de tirer nerveusement sur mes ongles. « Tu penses que je vais pouvoir continuer à vivre normalement ? Je veux dire, dans la ville, travailler, passer du temps avec mon frère ? Où est-ce qu’à un moment donné je vais devoir songer à m’éloigner dans la ville et de ma famille ? » Comme toi, avais-je envie de rajouter. Lui parler de mes projets d’avenir en tant que louve me fait un peu peur. Je crois les bras sur ma poitrine, me mordillant la lèvre inférieure de nervosité. Vais-je devoir renoncer à tout ce que j’aime ici ?

Un grincement me sort de mes pensées, me faisant sursauter. Immédiatement, je tourne la tête vers la porte de ma chambre, le cœur sautant dans ma poitrine. « Maman ! Tu pourrais toquer la prochaine fois ? Tu m’as fichu une de ces trouilles ! » Mais ma maman ne me regarde pas, elle ne me répond même pas. Je suis son regard et constate avec effroi qu’elle fixe Joel avec les yeux grands ouverts. Oh merde. Elle lève un doigt accusateur sur le jeune homme. « Joel, voici ma mère. Maman, voici Joel. Un… Ami. » J’essaie de ne pas croiser le regard du jeune homme. Ma maman jette un œil à la pièce et je vois son regard s’arrêter sur mon lit qui est parfaitement plié. « Je lui faisais juste goûter mon tiramisu. » Pourquoi dans ma tête cette explication sonnait de manière tout à fait innocente mais une fois dite à haute voix… Pas du tout ? « Il ne va pas rester longtemps, rassure toi. » Je tourne la tête vers Joel, l’encourageant à confirmer mes dires, histoire qu’il nous sorte de ce pétrin.
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Joel Zsivoczky
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MessageSujet: Re: ☆ did you see the flares ? (joda) Mar 21 Juil - 10:21



Joel haussa les sourcils à leur maximum lorsque Ida répondit à sa question, qui se voulait anodine et taquine. Au ton de sa voix, il eut du mal à discerner la blague de la réalité, et décida que ce qu'elle disait était vrai. Il aurait de loin préféré que le t-shirt appartienne à son frère, mais il comprenait aussi que la brune puisse avoir du succès. Malheureusement pour lui, pensa-t-il avant de se reprendre. Pourquoi donc malheureusement pour lui ? Qu'est-ce que cela pouvait bien lui faire qu'Ida ait enchaîné les conquêtes ? Hein ? Il se surprit à être jaloux, mais sans trop savoir pourquoi. Peut-être parce qu'il l'avait imaginé être une fille "sage", si tant est que le mot était approprié, qui ne sortait pas beaucoup et attendait le prince charmant ? Lorsqu'il l'avait observée, après s'être aperçu que la fille qu'il avait mordue était toujours vivante et jusqu'à sa première pleine lune, il ne l'avait jamais remarqué en compagnie d'un garçon autre que son frère ; mais après tout il ne l'avait pas surveillée vingt-quatre heures sur vingt-quatre et son observation ne s'était pas étalée sur plus de deux semaines. Joel décida de ne rien répondre et surtout de faire fi de cette étrange sentiment qui venait de s'immiscer en lui. Il baissa cependant la tête sur le t-shirt qu'il venait d'enfiler et l'étira en avant afin de lire le nom du fameux groupe de musique. Par curiosité pure, ou pour savoir quel type de mecs aimait Ida ? Malheureusement, le groupe dont le logo était collé sur le t-shirt lui était complètement étranger. À vrai dire, Joel n'écoutait quasiment jamais de musique, du moins pas celle que les humains lambda écoutaient à longueur de journées. Au beau milieu de la forêt, dans le campement de Vasile Grămadă, l'électricité n'était pas aussi courante qu'en centre-ville et elle était utilisée pour des choses plus indispensables qu'écouter NRJ hits ou le dernier album de Kanye West. Alors oui, Joel connaissait quelques noms pour les avoir aperçu sur des affiches dans Budapest, mais il aurait été bien incapable d'en fredonner une mélodie. Il connaissait aussi quelques classiques, mais vraiment très peu. Pour le coup, il avait beaucoup à apprendre de ce côté-là.

Le bon goût du tiramisu aux abricots avait tôt fait d'évaporer la jalousie naissante de Joel et son ignorance musicale. Ce n'était dorénavant plus qu'extase en bouche et compliments lancés sans mesure, alors même qu'il n'était pas du genre très généreux en la matière. En temps normal, Joel donnait des mots gentils au compte-goutte, et uniquement quand cela était nécessaire, ou quand sa petite sœur le tannait depuis trois bonnes heures pour avoir son avis concernant la nouvelle robe que lui avait confectionnée leur tante. Joel estimait qu'un compliment se méritait, alors même que ses propres parents n'avaient jamais été radins pour ça, et selon lui peu de personnes le méritait. Être bien coiffé était à la portée de tout le monde, tout comme savoir courir plus rapidement que quelqu'un d'autre ou encore préparer un plat qui n'était pas mauvais. Mais le tiramisu à l'abricot... ce n'était pas comparable. Et puis, il n'y avait pas photo, Joel était un nouvel homme en présence d'Ida. Ça crevait les yeux, et Itsvàn aurait bien été en peine pour reconnaître son meilleur ami si on lui décrivait les actions de Joel de ces deux dernières heures. La question que l'on pouvait se poser maintenant était : est-ce que cela allait durer ?

Ida avait raison, le monde des humains avait en effet de belles choses à offrir. Joel avait pourtant bien du mal à l'avouer tout haut, et c'est pour ça qu'il ne répondit rien à cela non plus. Il se contenta d'hocher la tête machinalement avant de reprendre une succulente bouchée. Parce que, Joel, quand il pensait humains, il revoyait aussitôt le corps sans vie de sa mère, criblé de balles argentées et strié de coups, ainsi que la jambe trouée de son père, qui le faisait boiter dorénavant. Alors peut-être que les humains étaient capables du meilleur, la preuve en était avec Ida et son gâteau, mais ils étaient aussi et surtout capables du pire, et ce n'était pas une chose que Joel pourrait enlever de son esprit sous peu. « Besoin d'améliorer ça ? » s'exclama-t-il alors, chassant de son esprit ses mauvaises pensées sur les humains, et reportant toute son attention sur le dessert qu'avait confectionné Ida. « Eh bien courage alors, parce que, fiou. » C'était peut-être bête de perdre ses mots pour un gâteau, mais après ce n'était pas non plus n'importe quel gâteau, et il n'était pas non plus réalisé par n'importe qui. « Franchement, moi je suis juge, t'as ton épreuve direct. » Joel leva les mains en l'air pour montrer sa complète sincérité, avant de rattraper sa fourchette. « Et en épreuves imposées, vous avez quoi ? » Le loup-garou, qui se voulait d'ordinaire hautain et avait pour habitude de se moquer complètement des autres, se montrait particulièrement intéressé par le parcours de la jeune femme. Tout ça était nouveau pour lui, de porter de l'intérêt à quelqu'un d'autre que lui-même, et cela lui faisait étrangement du bien. Il appréciait enfin de ne pas être au centre de l'attention et d'être celui qui posait les questions ; c'était peut-être aussi dû au fait qu'Ida était la première personne qui l'intéressait réellement. C'était triste à dire, mais même les projets de son meilleur ami ne captaient pas autant l'attention de Joel que ceux de la jeune louve.

« Je te le fabrique, moi, ton local ! » Joel avait lancé ça sans réfléchir, sans même penser à si cela était réellement possible ou non. Techniquement ça l'était, bien sûr, mais c'était sans parler du fait qu'il lui restait sa maison à finir de construire, et cela lui prendrait encore quelques temps. Et puis, rien ne disait qu'Ida souhaitait que sa pâtisserie soit créée par le loup qui l'avait mordue. Elle préférait aussi très certainement la faire construire par un professionnel, et non pas par quelqu'un qui n'avait pour toute formation que les conseils de son père. « Enfin, » ajouta-t-il quand même, pour ne pas lui faire de fausses idées, « quand j'en aurais fini avec mon cottage. » Il esquissa un petit sourire désolé, légèrement gêné de s'être emballé dans un projet qu'il ne pourrait probablement pas accomplir. Il changea ensuite de sujet, se rappelant l'envie d'Ida de faire une pâtisserie exclusivement végétale. Cela l'intriguait assez, à vrai dire. Le mot "végétal", d'abord ; parce qu'en tant que loup, Joel était naturellement omnivore -à tendance carnivore, d'ailleurs. Il avait bien connu un ou deux loups végétariens, mais ceux-là se faisaient bien souvent lyncher. Et les humains que tu croques pendant la nuit, c'est pas de la viande peut-être ? Mais sûrement que de se contenter de légumes lorsqu'ils n'étaient pas loups leur soulageait la conscience et apaisait la culpabilité que beaucoup de lycans pouvaient avoir suite à leurs nuits de pleine lune. La deuxième chose qui intriguait Joel concernant cette pâtisserie végétale, c'était tout simplement le concept en lui même. De base, la pâtisserie n'était-elle pas végétale ? À sa connaissance, on n'y mettait pas de viande. Seulement des fruits, du chocolat, de la farine... rien de bien carnivore. Il ouvrit la bouche pour demander des explications, avant de se rappeler qu'il y avait des œufs, aussi. Du beurre. Tout ça, ça provenait des animaux. « En fait, tu ne voudrais vraiment rien qui soit lié aux animaux ? Du genre, même pas de lait ? » Joel resta pensif. Il n'avait pas une grande expérience culinaire, et certainement que cela était possible de cuisiner sans tous ces ingrédients. Son tiramisu en était la preuve, s'il était bien végétal. Joel baissa d'ailleurs le regard sur l'assiette qu'Ida avait poussé vers lui quelques minutes plus tôt, et se risqua à poser la question qui lui brûlait les lèvres. « Tu n'en veux plus ? Je peux finir ? » Dès qu'il eut l'approbation de la brune, il ne se fit pas prier davantage pour engouffrer les quelques bouchées de gâteau qu'il restait. Quand tout fut avalé et qu'aucune trace de gâteau aux abricots ne subsistait dans aucune des deux assiettes, Joel laissa retomber ses mains derrière lui pour se reposer. Il sentit l'atmosphère se tendre légèrement, et comprit bien rapidement qu'Ida en était la cause. Il tenta de calmer sa respiration au maximum, de se sentir le mieux possible afin qu'elle-même se sente de cette manière. Elle désirait certainement parler de quelque chose qui la mettait mal à l'aise ou qui l'inquiétait, et Joel tentait de l'encourager du mieux qu'il pouvait -sans un mot. Ce n'était pourtant pas chose facile, parce que lui-même n'arrivait plus bien à contrôler sa respiration et ses émotions, sous le regard perçant de la belle brune. « Honnêtement, je ne peux rien te dire avec certitude » répondit-il quand Ida cracha enfin le morceau. Qu'elle soit inquiète de ne pas pouvoir continuer sa vie d'humaine ne l'étonnait guère, et réveilla d'ailleurs une pointe de culpabilité. Ce serait à cause de lui, si Ida devait renoncer à Budapest, à ses parents, à son frère. « Je suis né loup, alors c'est complètement différent. J'ai toujours vécu normalement... mais ce n'est pas impossible non plus que tu continues de vivre comme tu vis là. » Joel plissa légèrement les yeux, essayant de visualiser clairement la vie que menait Ida. Elle faisait de la pâtisserie dans son studio situé dans le grenier de la maison de ses parents, et passait le plus clair de son temps libre avec son frère jumeau. « En fait, tu as le choix de dire à ta famille ce que tu es, mais il y a toujours le risque qu'ils paniquent complètement, ne te croient pas, où révèlent tout à la presse et ça, crois-moi que tu n'en as pas envie. » Que l'existence des loups-garous soit révélée au grand public n'avait rien de positif ; il ne faudrait pas plus de quelques semaines, si ce n'est jours, pour qu'une chasse aux lycans soit orchestrée. « Tu peux aussi ne pas leur dire, mais il faudra sans cesse que tu fasses attention de ne pas te blesser pour qu'ils ne voient pas ta guérison miraculeuse, de ne pas courir trop vite, de ne pas être trop adroite, de ne pas porter des charges trop lourdes pour une fille de ton poids... ça peut rapidement devenir embêtant, sans parler du fait que tu auras peut-être envie de retourner aux sources si je peux dire, d'être plus proche de la nature. » Joel haussa les épaules. Qui eut cru qu'il avait tant de choses à dire sur la question ? « Il faut voir » conclut-il, avant d'ajouter une petite anecdote. « Mais si ça peut te rassurer, celui chez qui j'achète mes outils et mes matériaux est un loup-garou, un solitaire ; et il a une femme humaine et des enfants, ils ont une petite maison mitoyenne en centre-ville et tout va pour le mieux. » Joel pensa quelques instants à l'histoire de cet homme, qui n'avait que quelques années de plus que lui et qu'il appréciait assez. Est-ce qu'il aurait préféré une vie comme lui, libre et en compagnie de la femme qu'il aimait, sans Alpha pour lui dicter ce qu'il devait faire ?

Ida et Joel étaient en pleine discussion quand la porte de la chambre s'ouvrit à la volée. Joel sauta instinctivement sur ses deux jambes, peut-être un peu trop rapidement pour les capacités d'un humain. Comment avait-il pu ne pas l'entendre venir ? C'était bien la première fois, ça, qu'il se laissait autant divertir pour ne pas entendre "l'ennemi" arriver. Sa respiration s'accéléra aussitôt devant le regard surpris de la mère d'Ida. Visiblement, ce n'était plus la peine pour lui de courir jusqu'à la fenêtre ; il était pris au piège. C'était aussi une grande première pour lui, de se faire surprendre par la mère d'une fille chez laquelle il était. Après tout, Ida était la première fille chez laquelle il se rendait. « Euh, bonjour » bredouilla-t-il, perdant tous ces moyens et redevenant le petit garçon qu'il était il y a bien des années, tout honteux après avoir fait une gaffe. La femme ne lui répondit pas et leva même un doigt sur lui. Si d'ordinaire il aurait pris ce geste pour une attaque personnelle et une preuve de supériorité, il se sentait clairement -et à raison- comme le dominé, ici ; alors même que la mère d'Ida n'était qu'une humaine et qu'il ne lui aurait fallu que quelques secondes pour se dégager de son emprise. Joel cherchait le regard de la louve, tentant d'y trouver un quelconque réconfort sur la situation, espérant que rien n'était grave et que sa mère n'allait pas l'enfermer à la cave pour avoir osé se trouver dans la même pièce que sa fille. Ida prit les devants et donna à sa mère des explications ; tout ce qu'il y avait de plus vrai, même si elle paraissait trop sur la défensive pour que sa génitrice la croit sans ciller. Ida se tourna vers Joel et il comprit que c'était à lui de parler. Un... Ami. Je lui faisais juste goûter mon tiramisu. Il ne va pas rester longtemps, rassure toi. Joel se repassa ces phrases dans sa tête deux ou trois fois en l'espace de quelques secondes. Il n'était qu'un ami, oui, rien de plus. Peut-être même moins d'ailleurs, vu comment leurs échanges avaient démarré en début de journée. Il n'était là que pour manger son gâteau, encore véridique et, bon, il n'était pas obligé de s'éterniser. Cela le vexait quelque part, de se faire mettre à la porte, mais n'était-ce pas précisément ce qu'il avait fait à Ida, le lendemain de sa première pleine lune ? Joel prit une grande inspiration et esquissa un grand sourire. Il se glissa dans la peau d'Itsvàn, son meilleur ami gros nounours et poli au possible, et tâcha d'agir comme il aurait agit. Il détourna son regard de celui d'Ida puis le planta dans les pupilles de sa mère, sans cesser de sourire. Il s'avança vers elle et tandis sa main pour qu'elle la serre, avant de se présenter. « Joel Zsivoczky, enchanté. » Il comprit rapidement que ce ne serait pas assez, et ne trouva d'autre moyen que de se mettre à mentir. « Je vis avec mon père et ma petite-sœur dans le centre de Buda. J'étudiais en droit jusqu'à l'année dernière, mais ça ne me plaît plus autant et je suis actuellement en train de me reconvertir dans la maçonnerie. » Un sourire poli, avenant, confiant, qu'il était allé chercher loin, loin au fond de lui, ne quittait plus son visage. Il trichait aussi un peu, lançant tant qu'il en pouvait des ondes rassurantes autour de lui, et tout ça semblait faire effet ; les traits de la femme paraissaient se détendre, peu à peu. Alors oui, il avait mentit ; mais est-ce que cela aurait fait bonne impression que de dire qu'il était un loup-garou, qu'il vivait au milieu de la forêt et n'avait jamais rien étudié ?

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Ida Varga
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MessageSujet: Re: ☆ did you see the flares ? (joda) Ven 14 Aoû - 16:45



Les sourcils levés, je ne cache pas ma surprise face aux compliments de Joel. Le garçon que j’ai en face de moi est loin de ressembler à celui qui est venu m’embêter tout à l’heure alors que j’essayais de faire cohésion avec la nature. De taquin, voir rabaissant, Joel est devenu curieux, gourmand et… Gentil. Je ne doutais pas vraiment que ces qualités pouvaient faire partie de lui, mais je ne pensais pas que ça serait un dessert à l’abricot qui les feraient ressortir. Cependant, comme je n’ai pas envie de le braquer et qu’il s’en aille – car oui, j’aime beaucoup le Joel que j’ai en face de moi et j’aimerais bien qu’il reste encore un petit peu – je décide de ne pas relever son changement d’humeur et de comportement. Je l’observe manger le dessert comme s’il n’avait jamais rien mangé d’aussi bon et je réponds à ses questions, bien que certaines font remonter mon stress d’un cran. Parler de mes examens est quelque chose qui me rends immédiatement nerveuse. J’ai vraiment envie de réussir et même si j’avoue avoir un bon niveau, les autres élèves sont tout aussi bons, voir meilleurs que moi donc je me mets une pression de dingue sur les épaules. « Besoin d'améliorer ça ? Eh bien courage alors, parce que, fiou. » Je secoue la tête. « Tu n’as pas vu les autres apprentis ! Ils font des pièces montées avec des détails incroyables ! Ma seule force serait le fait que je cuisine végétal. Donc je ne peux pas me permettre de me louper. » Je me mets à triturer le coin de mes ongles. Je ne sais toujours pas si c’est une bonne idée de me présenter à mes examens avec des desserts sans aucun ingrédient venant d’animaux mais je suppose que si je ne tente pas, je ne saurais pas. Je n’ai juste pas envie de devoir renoncer à mes valeurs et à mes convictions pour réussir un dessert avec des œufs et du lait… Ne pas toucher aux animaux est pour moi quelque chose de très important et je me verrai vraiment mal de devoir cuisiner quelque chose en sachant qu’une poule et une vache ont été mis à contribution alors qu’ils n’ont rien demandé. Joel poursuit ses questions en me demandant quels genres d’épreuves je vais avoir durant mes examens. Je prends une petite inspiration ; « Je vais justement devoir faire une pièce montée mais on ne sait pas encore sur quel thème. Il y aura aussi un gâteau célèbre à personnaliser à notre manière sans pour autant s’éloigner du gâteau de base. Et l’épreuve libre. » Mon cœur se met à battre un peu plus vite dans ma poitrine. Cette fin de journée avec Joel est un vrai ascenseur émotionnel et je me demande si le jeune homme n’en joue pas un peu de temps en temps maintenant qu’il a compris qu’il pouvait agir sur mes émotions. D’un coup je peux parler très calmement, ensuite je peux m’emballer à cause du stress de mes examens et voilà que je me sens m’apaiser un peu lorsqu’on se met à parler de ce que j’ai envie de faire après mes examens. Mes émotions ne savent plus où donner de la tête. Sa proposition me fait doucement sourire mais je vois qu’il se rattrape vite. Il ne faut pas trop lui en demander non plus. « Grâce à notre père, mon frère est un peu bricoleur, j’essayerai de le convaincre de m’aider en agissant sur son humeur. » Je lâche un petit rire. « Mais c’est gentil d’avoir proposé. Il vaut mieux que tu aies un toit au-dessus de la tête quand il pleuvra plutôt que d’aider une jeune louve avec un local qui ne contiendra que des pâtisseries végétales ! » Après avoir poussé mon assiette vers Joel, ce dernier me demande ce que végétal veut vraiment dire. Pour la plupart des gens, c’est assez dur à imaginer de vivre sans fromage ou omelettes mais ce n’est vraiment pas si difficile. Je me doute que lorsqu’on vit dans la forêt, on ne fait pas attention à ce qu’on consomme. « Ni lait, ni œufs, ni même miel. » précisais-je. Je hoche la tête lorsque Joel me demande par politesse – ce dont je ne le doutais vraiment pas capable – s’il peut terminter mon assiette.

Mon moral prend à nouveau l’ascenseur pour terminer bas dans mes chaussettes. Je voulais une réponse franche sur mon avenir en tant que jeune louve dans un monde d’humains mais je me rends vite compte que j’aurai presque préféré qu’il me mente… Il m’explique qu’en étant né loup et venant de parents loups, il n’a jamais eu besoin de faire ce genres de choix. Je l’envie, je le jalouse même. Il a eu besoin d’apprendre mais probablement beaucoup moins que ce qui m’attend et il peut toujours être en contact avec ses proches. Enfin, c’est ce que je suppose. Ils vivent probablement tous dans la forêt. Les deux options que j’ai ne m’enchantent guère. Je peux sentir ma gorge se serrer et mes yeux me picoter. Soit je mens à mes parents et je prends le risque d’être découverte, soit je les fuis, allant vivre là où je dois vraiment être, avec des gens comme moi et je ne reverrai probablement plus jamais mon frère. « Mais si ça peut te rassurer, celui chez qui j'achète mes outils et mes matériaux est un loup-garou, un solitaire ; et il a une femme humaine et des enfants, ils ont une petite maison mitoyenne en centre-ville et tout va pour le mieux. » Et tout va pour le mieux. Est-ce que tout ira pour le mieux pour moi ? Est-ce que je suis prête à mentir ? Ou plutôt à fuir pour préserver ceux que j'aime ? Tant de questions qui ne sont au final pas plus claires dans ma tête. J’avale difficilement ma salive. J’aimerais remercier Joel d’avoir répondu aussi honnêtement mais je n’ai pas le temps d’ouvrir la bouche que la porte de mon studio s’ouvre, laissant apparaître ma maman dans l’encadrement. Je jette un regard à Joel qui a bondit sur ses pieds, le torse se soulevant rapidement à cause de sa surprise. Je regarde ma maman et elle semble être changée en statue avec les yeux écarquillés. Je me demande bien lequel des deux est le plus surpris de voir l’autre. Je fais de maladroites présentations en espérant que Joel ne prendra pas mal le fait que pour rassurer ma mère, je lui ai dit qu’il n’allait pas rester longtemps. La femme qui m’a mis au monde lève un doigt accusateur sur Joel et je lui envoie un regard légèrement noir. Pourquoi à 21 ans, je n’aurai pas le droit d’avoir un garçon dans ma chambre ? Ce n’est pas comme si j’avais 14 ans… Mais dans le fond, je sais bien que c’est surtout de la surprise. Je ne ramène jamais de garçons à la maison, je suis plutôt discrète sur mes relations donc je ne pense pas que ma maman en veut à Joel, elle est juste étonnée. A sa manière maladroite. Pourtant, lorsque je lance un regard à Joel, celui-ci se montre très… Sûr de lui. Comme s’il s’était présenté à des humains toute sa vie. Je plisse les yeux en l’entendant dire qu’il vit avec son père et sa sœur et qu’il étudiait le droit avant de se diriger vers un métier plus manuel. Ma mère lui offre un timide sourire avant de lâcher la main qu’elle serrait avant qu’il ne commence à se présenter. Elle me lance un « soyez sages » avant de refermer la porte de mon studio. Je pousse un profond soupire de soulagement avant de me lever et de me rapprocher de Joel, bras croisés sur ma poitrine, petit sourire taquin sur les lèvres. « Le droit hein ? » Je me mords la lèvre inférieure. « Qu’est-ce qui était vrai, qu’est-ce qui était faux ? » Parce que c’est vrai que je ne connais pas grand chose de Joel. Je sais juste qu’il vit dans la forêt, qu’il construit son propre petit cottage mais je ne sais pas s’il a des frères ou des sœurs et s’il s’entend bien avec ses parents ou pas. « T’as assuré. Elle ne viendra plus poser de questions. »
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Joel Zsivoczky
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MessageSujet: Re: ☆ did you see the flares ? (joda) Lun 17 Aoû - 16:57



Autrement que par les émotions de la brune, qu'il pouvait contrôler un tant soit peu, Joel ne savait pas comment rassurer Ida par rapport à ses examens. Elle stressait visiblement rien qu'à les évoquer et ne semblait pas convaincue de ses talents ; certes, il n'avait pas goûté les pâtisseries des autres apprentis de sa classe et il ne pouvait pas vraiment se permettre d'avoir un opinion, mais il aurait aimé qu'elle se tienne à sa place, qu'elle voit ce qu'il voyait et surtout, qu'elle goûte ce qu'il avait goûté. Pour lui, il n'y avait pas photo. « C'est pas parce que le visuel est impressionnant que le goût suit forcément, tu sais. » Et ça, il en savait quelque chose ; pas pour le domaine de la pâtisserie peut-être, mais c'était pareil de partout, il suffisait de changer les appellations. Son père lui avait montré, un jour qu'ils s'étaient aventurés dans une zone résidentielle campagnarde dans la banlieue de Budapest, toute une série de maisons grandioses qui avaient dû coûter des millions de couronnes, mais dont les fondations étaient bancales. Il lui avait dit que c'était le genre de maisons fabriquées par des entreprises avides d'argent, qui se moquaient bien qu'elles soient de qualité et tiennent sur la durée. Le père Zsivoczky ne s'était pas trompé et, quelques années plus tard, le dernier étage de l'une d'elle s'était écroulé à cause de tout un tas de défauts de fabrication. Il n'arrivait pas à croire que cela puisse être possible, que cela n'ait pas été vérifié par toute une batterie de spécialistes avant d'être mis en vente, mais les faits étaient là. Au contraire, malgré leur aspect très simple et sans rien d'extravagant, il n'y avait pas mieux bâti et plus résistant que les maisons que son père avait construites ; elles avaient résisté à des incendies, à des violentes tempêtes, à un tronc d'arbre déraciné, et même à un séisme, un jour. C'était dire ; et Joel espérait bien que les maisons qu'il construirait aurait le même gage de qualité. « Tu vas assurer » ajouta Joel, tentant de paraître aussi convaincant qu'il était convaincu, trichant un peu avec ses émotions pour modifier celles de la jeune femme, afin qu'elle se sente plus apaisée. Mais il suffisait d'une question supplémentaire de sa part pour que sa jauge de stress augmente de nouveau -il pouvait le sentir, parce que son pouls à lui augmentait aussi involontairement. Il trouvait d'ailleurs cela assez perturbant ; pas dérangeant, non, mais perturbant. Il était au courant depuis bien longtemps de ce pouvoir que possédait les loup-garous, de pouvoir si ce n'est contrôler, tout du moins influer sur les émotions de leur entourage, et il en avait déjà profité quand il était plus petit, quand ses parents envoyaient toutes leurs ondes rassurantes pour qu'il s'apaise en un  clin d’œil, après un cauchemar par exemple. Mais, pour tout dire, ses parents -et sa sœur, il fallait bien l'avouer- étaient les seules personnes qui avaient réussi à influer sur ses émotions. Les autres avaient bien tenté, mais cela avait toujours été peine perdue. Même Itsván était incapable d'influencer son meilleur ami, lorsqu'il s'énervait ou se prenait une crise d’ego. Il ne ressentait pas la moindre petite vague d'apaisement, et en retour il ne ressentait pas non plus les sentiments d'Itsván ou de n'importe quel autre ami. Il savait quand il était triste parce que cela se voyait sur son visage, mais c'était tout. Pas d'empathie au plus profond de lui, il était loin de vivre la même peine. Trop égoïste ? Peut-être. Toujours est-il que c'était encore une différence qu'il y avait avec Ida. Avec elle, il était un vrai livre ouvert ; comme si toutes ses barrières étaient tombées. C'était indescriptible, beau, mais étrange. Il n'arrivait même pas à situer le moment précis où tout avait basculé... parce qu'au début il la détestait, non ? Non, peut-être que non. Peut-être que dès qu'il l'avait mordue, il avait eu cette connexion avec elle, et il avait agi de la sorte pour cacher sa vulnérabilité nouvelle, pour s'en protéger. Il essayait toujours de le faire, d'une certaine manière, mais Ida semblait avoir le pouvoir involontaire de faire disparaître en un battement de cils toute sa carapace, cette dure carapace pourtant inébranlable jusque là. « Les deux ne sont pas incompatibles » avait-il alors lâché, machinalement, quand Ida le rassura en disant qu'il valait mieux qu'il se mette un toit au-dessus de la tête plutôt que de construire un local pour ses pâtisseries. C'était peut-être idiot, mais l'idée de lui construire quelque chose, à elle, était une idée qui lui plaisait et le motivait, même. Il pensa, aussi, que ce serait une manière de se faire pardonner. Il savait que bien qu'étant utile, lui construire sa pâtisserie ne lui ramènerait jamais sa vie d'avant, et il se devrait de vivre pour toujours avec cette part de culpabilité ; mais au moins, peut-être que cela l'apaiserait un peu. La repousserait un peu plus loin dans son esprit, qu'il n'y penserait plus à chaque fois qu'il poserait son regard sur elle. « Pas de miel non plus ?! » Pour le coup, Joel fut vraiment étonné. Si on y réfléchissait, cela paraissait tout à fait logique, mais... le miel ! S'il y avait bien une chose sucrée dont il raffolait, c'était bien ça. Il ne serait pas allé jusqu'à dire qu'il passait la main dans les arbres pour aller le récupérer, mais c'était tout comme. Il se rappelait encore des balades avec son père, quand sa petite sœur n'était pas encore née, où il s'arrêtait près d'un arbre après l'avoir observé quelques instants, pour en retirer toute une plaque d'alvéoles. Après avoir une nouvelle fois vérifié qu'il ne restait vraiment plus aucune abeille, il la tendait à son fils qui se faisait le plaisir de planter son doigt dans le miel frais. Joel trouvait donc que c'était un beau gâchis de ne pas s'en servir, mais après tout, si tous les gâteaux d'Ida avaient le goût de celui qu'il venait de terminer, elle pouvait en effet se passer de miel.

Et puis, la mère qui débarque. Ça, c'était une chose à laquelle il ne s'attendait pas, à laquelle il n'était absolument pas préparé. Il avait cependant rapidement rebondit sur ses pattes et avait joué la carte du bon garçon, usant de ses charmes et ses pouvoirs pour plaire à la maman d'Ida. Il fallait qu'il sauve sa peau, mais aussi celle de la brune pour ne pas qu'elle soit assaillie de questions une fois Joel parti. Madame Varga attrapa doucement la main de cet inconnu, esquissa un sourire à son intention puis lança à sa fille un Soyez sages de rigueur, avant de repartir d'où elle venait. Une fois la porte refermée, Joel ne put retenir un soupir de soulagement. Il se frotta le front puis se passa la main sur le visage, étonné que cela se soit aussi bien passé. Peut-être que le transfert d'émotions avait fonctionné, mais il se disait aussi qu'il n'y avait rien de plus fort que l'amour d'une mère pour sa fille et que, si elle avait voulu Joel dehors, il n'aurait rien pu faire pour sa défense. En conclusion, les présentations s'étaient déroulées à merveille et c'était une bonne chose. La question d'Ida lui rappela cependant qu'il n'avait pas complètement fini avec cette entrevue. C'était réglé pour la maman, mais la fille avait maintenant envie de précisions. Avait-il envie de parler de lui ? Pas vraiment. Mais, bon, il lui devait bien ça. « Oui, on dit souvent de moi que je suis diplomate et que je sais particulièrement bien défendre les idées des autres ! » plaisanta-t-il d'abord, un sourire en coin et un rire ironique au fond de la gorge. Lui juge ou avocat, il n'y avait rien de moins crédible. Il n'avait rien de diplomate, donnant raison à celui qui lui apportait le plus de choses, et il ne défendait pas d'autres idées que les siennes. Il reprit d'ailleurs rapidement son sérieux, parce qu'il était conscient d'avoir déjà rencontré la mère d'Ida et indirectement son petit frère, qu'il savait les études qu'elle faisait et ce qu'elle désirait faire plus tard, qu'il savait aussi où elle habitait, mais qu'elle ne savait rien de lui, si ce n'est son caractère exécrable. « Pas de droit non, tu l'auras deviné. » Il esquissa un sourire léger avant de se gratter l'arrière de la tête. « Je n'étudie rien du tout, je n'ai jamais mis les pieds dans une université. On est plutôt du genre à rester dans la forêt, nous les loups qui faisons partie de la meute à Vasile. » Il haussa les épaules, puis continua. « Pour ce qui est de la maçonnerie, ce n'est pas complètement faux ; j'aimerais vraiment bien continuer là-dedans, bâtir des trucs. Ça serait génial de pouvoir en faire mon métier, mais je ne ferais sûrement pas des études pour ça, et je ne suis pas réellement certain que ce soit une bonne idée. Je veux dire, mon père s'est toujours contenté de faire les maisons des autres de la meute, en échange de nourriture ou d'habits. J'aimerais voir un peu plus loin que ça, mais travailler pour des humains ? Ça me refroidit assez... » Quand il ferma la bouche après son monologue, il se rendit compte qu'il avait parlé plus que ce à quoi il s'attendait. Finalement, ce n'était pas si terrible que ça de parler à Ida... « Est-ce que ça veut dire que je peux rester encore un peu ? » demanda-t-il alors, changeant complètement de sujet. Après tout, la mère ne l'avait pas sommé de partir... mais peut-être qu'il devait quand même le faire, puisque Ida lui avait assurée qu'il ne restait plus pour très longtemps. C'était peut-être "soyez sages" jusqu'à ce qu'il parte bientôt. Malgré tout et étrangement, Joel ne voulait pas quitter cette chambre, il ne voulait pas quitter Ida. Pas encore. Il se sentait trop bien ici, et cette sensation était si rare qu'il préférait en profiter le plus possible. Joel plongea son regard dans celui de la brune pour avoir confirmation, puis alla s'asseoir au bord de son lit. Il voyait bien qu'elle attendait la suite, que c'était peut-être d'ailleurs la partie la plus importante et celle qui l'intéressait le plus, mais Joel n'était pas très à l'aise avec le fait de parler de sa famille. Parce que parler de sa famille voulait dire parler de sa mère... et il avait du mal à ne pas avoir les larmes aux yeux quand c'était Itsván qu'il avait en face de lui, alors Ida ? Celle qui semblait le désinhiber complètement et lui faire éprouver des sentiments qu'il pensait jusque là ne pas posséder, ou trop enfouis pour les éprouver de nouveau ? Mais après tout, il avait commencé à lui parler de son histoire de maçonnerie sans grande conviction, et il s'était aperçu que cela lui faisait le plus grand bien de lui parler de sa vie. N'était-ce pas ce qu'il faisait à longueur de temps, de toute manière ? Oui... et non. Il passait ses journées en se posant au centre de tout et tout le monde, mais il ne confiait jamais rien de bien personnel ; il ne faisait pas part de ses sentiments, de ses désirs intimes, de ses peurs. Aller, mon gars... Joel écouta cette petite part de conscience qui lui disait de se livrer à Ida et, après s'être pincé les lèvres et pris une discrète mais grande respiration, c'est ce qu'il fit. « C'est aussi vrai que je vis avec ma petite sœur et mon père, mais pas dans le centre de Budapest tu t'en doutes bien. Je vis encore avec eux deux dans une maison, près de tous les autres de la meute, en attendant que mon cottage soit construit... Je, j'ai pas d'autres frères ou sœurs, juste une petite chiante de douze ans. » Il esquissa un sourire en pensant à cette tête blonde qui lui en faisait voir de toutes les couleurs, mais qu'il ne pouvait pas s'empêcher d'aimer. Ils avaient beaucoup d'années d'écart, mais ses parents l'avaient eu très jeunes, et paraissait-il qu'il avait réclamé un petit frère pour jouer au ballon ; il ne s'en rappelait pas. À défaut, il avait à quelques rares reprises joué à la poupée. « Et... » Oui, et... parce que bien sûr, il manquait une variable à l'équation. Ida l'avait forcément compris, et Joel savait qu'elle savait qu'il manquait quelque chose. Il se tourna vers la jeune femme et, aussitôt, les larmes lui montèrent aux yeux. Il détourna le regard et se pinça les lèvres. Il fallait bien qu'il le lui dise, un jour ou l'autre. Le plus tôt était le mieux... « Je n'ai plus ma mère. Elle est morte. » Morte. Tout de suite, cela prenait une ampleur considérable. En prononçant ce mot, il la vit étendue devant lui, le corps criblé de balles, le sang dégoulinant par tous les trous que l'argent avait creusé, un râle rauque s'échappant difficilement de sa gorge, exprimant toute la souffrance qu'elle éprouvait. Il ferma les yeux quelques secondes avant de les rouvrir. « Il y a quelques mois » se contenta-t-il d'ajouter, pas certain d'arriver à expliquer les raisons de son décès sans éclater en sanglots.

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Ida Varga
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MessageSujet: Re: ☆ did you see the flares ? (joda) Lun 24 Aoû - 12:41



Je ne comprends pas vraiment pourquoi Joel pense que je me doutais qu’il n’avait jamais fait de droit, comme si c’était quelque chose qui ne lui irait pas et que je l’aurai deviné. Je ne le connais pas beaucoup c’est certain, mais Joel est très intelligent, il pourrait – d’après moi – tout à fait avoir fait du droit mais avoir décidé de se tourner vers quelque chose plus proche de sa… nature de loup. Je ne peux pas m’empêcher d’avoir un petit pincement au cœur. Derrière son égo surdimentionné, peut-être que le jeune loup n’a pas autant confiance en lui que ça. Mais pour ne pas déclancher une nouvelle « dispute », je ne dis rien, le laissant me dire le vrai du faux qu’il vient de servir à ma mère pour nous sauver la mise. Et puis, il en sait davantage sur moi que moi sur lui donc je ne peux être que toute ouïe, ne voulant vraiment pas lui couper la parole. C’est donc en poursuivant ses explications qu’il me parle d’une meute. Une petite ampoule s’allume au-dessus de ma tête. Joel fait partie d’une meute. C’est certainement une des choses qui fait partie de la vie d’un loup et dont j’en ai encore aucune connaissance. Vais-je devoir en rejoindre une ? Ou suis-je condamnée à rester solitaire étant donné que je n’ai été mordue qu’il y a un mois de cela. Peut-être que la meute c’est quelque chose qui est réservé aux personnes qui naissent loup, qui naissent déjà dans une meute ? Est-ce que si je rencontre d’autres loups, et que je leur dis que je n’appartiens pas à une meute, je vais être mal vue ? Est-ce que c’est quelque chose d’important ? Il faudra que je lui pose mes questions même si je l’avoue, ces réponses me font un peu peur. Joel m’a bien dit que des loups pouvaient vivre normalement en ville, parmi les humains mais si on décide de rejoindre une meute, peut-être ce sont eux notre nouvelle famille et on doit abandonner les nôtres ? Je cligne des yeux plusieurs fois, me forçant à me sortir de mes pensées pour écouter la suite du récit de Joel. J’apprends donc que son cottage n’est pas la seule chose qu’il a envie de construire durant sa vie, apparemment il veut en faire son métier. Je ne sais pas exactement quel âge Joel a, mais je pense qu’il devrait continuer dans cette voie. Je n’ai pas vu grand chose de son cottage mais les murs m’ont eu l’air solides et je pense vraiment qu’il est doué pour ça. Je lui souris gentiment, pour lui faire comprendre que tout ce qu’il me dit là, m’intéresse et me touche. Je n’aurai jamais cru qu’il serait d’accord de vraiment se confier à moi lorsque je lui ai demandé ce qui était faux et ce qui était vrai de ce qu’il a dit tout à l’heure… Cependant, mon sourire se fâne un peu lorsqu’il me dit qu’il n’est pas vraiment prêt à travailler pour les humains. Je comprends donc qu’il ne nous aime pas trop. Qu’il ne les aime pas trop. Je ne suis plus une humaine. Je n’ose pas vraiment lui demander pourquoi il semble être réticent à côtoyer les humains alors je me contente de hocher la tête lorsqu’il me demande s’il peut rester encore un peu. « Si la forêt ne te manque pas encore… » dis-je en souriant timidement. Si ça ne tenait qu’à moi, on resterait encore des heures ainsi, à parler. Je suis contente d’en apprendre un peu plus à son sujet et surtout de voir que derrière le garçon exécrable de tout à l’heure, se cache quelqu’un d’intéressant. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il est pardonné de la manière dont il m’a parlé dans la forêt mais on est sur le bon chemin. Seulement… J’aimerais aussi en savoir un peu plus sur sa famille. Il a dit à ma mère qu’il vivait avec son père et sa sœur, ma curiosité n’a pu être que réveillée suite à ça. Il a une sœur. Je l’imagine plus jeune que lui et pourquoi pas une petite peste, mais la gentille peste, celle qui fait tout pour agacer son entourrage. Un petit modèle de lui en somme. Mais je ne le presse pas, j’attends simplement qu’il reprenne la parole. Il semble hésiter, on dirait même qu’il a du mal à ouvrir la bouche. Je fronce un peu les sourcils, un peu anxieuse qu’il se braque soudainement et que la conversation soit définitivement terminée… Mais Joel reprend la parole, me parlant de son père et m’affirmant que sa petite sœur est une petite « chieuse ». Je ne peux pas m’empêcher de sourire et même de lâcher un petit rire. Le jeune homme semble vouloir ajouter quelque chose mais il hésite à nouveau. Je fronce une nouvelle fois les sourcils et bloque ma respiration lorsque je vois ses yeux devenir brillants. Brillants de larmes. Aussitôt il m’avoue que sa mère est morte que je m’en veux de lui avoir posé des questions sur sa vie privée. C’est apparemment quelque chose qui le rend triste et je suis un peu déboussolée de le voir comme ça. Si bien que je n’ose plus bouger ni respirer. Joel ne me regarde plus, il ne dit plus rien. Je suppose que je suis mal placée pour le rassurer ou le consoler mais je ne peux pas non plus ne rien dire. Surtout qu’il y a quelques mots qui meurent d’envie de sortir. « Par des humains. » Ca m’a frappé. J’ai immédiatement fait le lien avec ce qu’il a dit avant. Il ne me répond rien, preuve que j’ai vu juste. Je m’en veux un peu de l’avoir dit à haute voix mais j’ai quand même l’impression que notre relation est passée à un niveau supérieur. Il s’est confié à moi à propos d’un sujet que lui fait très mal. J’essaie de me mettre à sa place et immédiatement mon cœur se rempli d’une immense tristesse en imaginant ma mère, ou pire, mon frère tué. Je pense qu’il n’y a aucun mot qui peut apaiser cette souffrance. Assis l’un à côté de l’autre sur mon lit, je tends une main légèrement remblante sur les siennes qui sont jointes sur ses cuisses. Je pose mes doigts sur sa peau. Je ressens immédiatement sa tristesse, se rajoutant à la mienne. J’hésite une seconde avant de prendre mon souffle. « Tu sais qu’est-ce qui est encore plus réconfortant qu’un tiramusi aux abricots ? » Je lâche ses mains, me mettant à genoux sur mon lit puis debout pour ouvrir la fenêtre de toit. Il fait assez nuit à présent pour que l’on puisse voir les étoiles. Le temps est passé tellement vite depuis que nous nous sommes rencontrés dans la forêt que la nuit est tombée. Je me laisse tomber sur les fesses et m’allonge en posant ma tête sur mon grand coussin. Je tapote la petite place à côté de moi pour inviter Joel à en faire de même. « Ce n’est probablement pas aussi beau que depuis la forêt mais je trouve que c’est déjà assez bien pour que nos peines et nos interrogations paraissent plus petits devant cette immensité.  » Je détourne mon regard du ciel pour croiser les yeux azur du jeune homme, attendant qu’il me donne son avis bien qu’on pourrait rester des heures comme ça, dans le silence que ça m’irait aussi.
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Joel Zsivoczky
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MessageSujet: Re: ☆ did you see the flares ? (joda) Mar 25 Aoû - 18:54



Pas quand je suis avec toi. Voilà ce qu'il avait envie de répondre, Joel. Du moins, ce qu'une petite voix au fond de son esprit avait murmuré, sans trop qu'il ne s'y attende lui même. La forêt ne me manque pas, pas quand je suis avec toi. Il ne savait même pas pourquoi il avait pensé ça. Ça rimait à quoi ? Il essaya de retourner quelques heures en arrière, dans la forêt, au pied de cet arbre où ils se disputaient, où ils s'insultaient. Comment avaient-ils pu passer de ça, à... ça ? À des sourires réservés, à une dégustation de pâtisserie, à des confidences au bord du lit ? C'était le jour et la nuit, littéralement, et Joel n'arrivait pas à croire qu'il pouvait autant abhorrer -prétendre d'abhorrer- Ida une heure, et... et l'apprécier celle d'après. Mais Joel ne s'attarda pas trop sur la question, pas encore une fois ; et il continua. De parler, tout simplement. De séparer le vrai du faux ; tout était presque vrai, en réalité. Les mensonges, nécessaires pour rassurer la mère, n'étaient que des détails. Les études inexistantes, le lieu d'habitation. Mais il était content de dire tout ça, de parler un peu de lui, finalement. De parler de lui à Ida.

Malgré tout, il n'aurait pas pensé dire tout ça. Il hocha la tête, légèrement, gravement. Il se mordit l'intérieur de la lèvre, incapable de dire quoique ce soit. Il ne savait pas vraiment comment elle l'avait deviné, mais elle l'avait fait. Elle l'avait peut-être senti. Peut-être que c'était évident, que cela se voyait gros comme une maison. Il ne faisait rien pour le cacher, en même temps. Par des humains. Par des humains oui, par des enfoirés d'humains. Il haussa les épaules. Sans raison, parce qu'un haussement d'épaule était plus facile que des mots. Parce qu'il n'était pas prêt à en parler plus que ça, parce qu'un haussement des épaules servait à stopper le sujet. Et dans ce simple mouvement, si insignifiant, il y mettait toute sa haine, toute sa peine, toute sa tristesse. Et toutes celles de son père, et de sa petite sœur, et de tous les autres loups. Il y mettait même celles d'Ida. Jusque là, c'était tout ce dont il était capable. Et en attendant de mieux, en attendant de plus, Joel souffrait en silence. Il ferma les paupières de nouveau, les appuya durant quelques secondes, puis les ouvrit. Ravala ses larmes. Il tourna la tête quand il entendit la voix d'Ida. Il tenta un sourire, pencha la tête sur le côté. Plus réconfortant qu'un tiramisu ? Il ne demandait qu'à voir. Il la regarda se lever sur son lit, et il leva les yeux alors qu'elle ouvrait son velux. Son sourire s'étira un peu plus. Il l'observa pendant quelques instants, une fois qu'elle fut allongée. Il ne savait pas si c'était le fruit de ses propres émotions ou l'influence de celles d'Ida, à ses côtés il n'était plus vraiment sûr, mais son corps entier fut submergé de chaleur. De réconfort. Rien qu'en la regardant là, dans son lit, qui l'attendait pour regarder les étoiles. C'était bête, mais personne ne l'avait jamais attendu pour regarder les étoiles ; personne n'avait jamais pensé que cela aurait pu le réconforter. Joel s'appuya sur ses coudes, la tête au niveau de celle d'Ida. « Je ne te savais pas aussi... » romantique ? « ...poétique. » Il esquissa un léger sourire, avant de se retourner et de reposer sa tête sur l'oreiller. Il croisa ses mains sur son ventre et soupira. Après quelques minutes de silence, il tourna la tête complètement et plongea son regard dans celui d'Ida. « J'en avais jamais parlé avant. » Il se concentra ensuite de nouveau sur le ciel et son million d'étoiles. Et laissa l'immensité s'emparer de ses peines et ses interrogations.

rp terminé

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☆ did you see the flares ? (joda)

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