Il ne faut pas oublier de laisser un petit commentaire sur prd et bazzart.
Merci de privilégier les inscriptions masculines.

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Ghost in the machine (w/Anton)

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Leonóra Keresztély
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MessageSujet: Ghost in the machine (w/Anton) Sam 2 Mai - 20:39

Anton&Leo
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the machine

L’intranquille.

 Le souvenir du bon vieux temps. C’est une connerie, pure et profonde. Et pourtant, elle s’y accroche, la louve, autant qu’elle peut, avec toute la force dont elle est capable. Elle veut saisir chaque instant d’humanité, se rappeler de tout ce qui pavait sa vie lorsque la bête furieuse n’était pas encore sous sa peau. Sauf que le bon vieux temps est loin, de plus en plus. Il y avait déjà Felicia pour lui rappeler que la course du temps et celui de la lune souffraient du décalage horaire et maintenant il y a Anton. Elle a son numéro encore collé sur le frigo et les mots de son message dans la tête, résonnant à ses tympans avec le son de sa voix. Ses doigts tapotent inlassablement le bois de sa table basse et, tandis que ses yeux fixent le vide, son cerveau ressasse leur dernière conversation. Elle avait accepté de boire un verre. Pire. Elle avait même émit l’idée. Habillée, talons aux pieds, elle a même déjà enfilé son manteau mais ne s’est toujours pas décidée à partir. Du coup, cela fait plus d’une heure qu’elle crève de chaud dans le fond de son canapé à rejouer le Troisième mouvement de l’Eté du bout de ses doigts agacés. Elle n’a même pas besoin de lever les yeux vers sa pendule pour savoir qu’elle est en retard, terriblement en retard. Elle n’a pas besoin parce qu’elle sent la Lune s’approcher, à chaque minute qui s’égrène, implacable. Elle sent l’afflux sanguin prendre de l’ampleur, la frénésie s’emparer peu à peu de la moindre parcelle de son corps. La rage est déjà là, tapie dans l’ombre, à attendre que le premier rayon argenté vienne caresser sa peau et Leo a déjà peur, terriblement peur. Plus elle y pense, plus voir Anton lui semble être la pire idée du siècle. Mais elle essaie de se persuader qu’elle ne craint rien, qu’il ne fera que rappeler à elle les souvenirs, ceux qui sont douloureux et d’un passé qu’elle refuse de voir révolu. Ceux qui la rendent humaine avant tout.
Leo hésite encore, sa montre affiche presque 16h et elle tourne en rond. Du moins mentalement puisque ses fesses sont toujours profondément enfoncées dans son sofa et ses yeux toujours perdu dans un immense vortex de rien du tout. Elle est en retard, si en retard qu’Anton est probablement déjà reparti. Bêtement, Leo se met à espérer, un peu. Ainsi elle aurait juste à rentrer chez elle, se préparer pour la nuit sans être obligée de fréquenter la foule. Un grognement léger s’échappe de sa gorge en réponse à ses pensées ridicules. Elle refuse de vivre en ermite, d’être le loup solitaire dans sa hutte au fond des bois (ironie, quand tu nous tiens.).
De toute façon, Anton la connaît et si les années sont responsables d’un certain nombre de changements plus ou moins drastiques (la louve aussi, mais passons), les mauvaises habitudes ont la vie dure. L’héritière déchue n’a jamais eu la ponctualité dans le sang. Pas faute d’avoir essayé de lui inculquer par éducation, ça n’a jamais marché. La notion du temps lui a toujours échappé, un peu comme celle de l’argent. Globalement, elle n’a jamais été très douée pour assimiler tout ce qui pourrait lui donner un tant soit peu de crédibilité.
Un long gémissement lui échappe, à mi-chemin entre la complainte et le râle étouffé de la louve. La part animale se réveille, s’engouffre avec plaisir dans les fissures de son enveloppe humaine. Elle fait naître des sentiments contradictoires, fait prendre des décisions qui le sont tout autant et, soudain, Leo se redresse, d’un bond souple.
Sa silhouette toute en longueur vacille, tout comme les résolutions qu’elle vient de prendre.
Elle tient bon, pourtant, et se persuade qu’elle prend les bonnes décisions. Passer quelques instants avec Anton, au nom du bon vieux temps, jouer à l’humaine avant de devenir le monstre, elle se dit qu’il n’y a pas meilleure chose à faire.
Leo se précipite à l’extérieur, sautant dans le premier taxi venu pour prendre la direction du quartier underground. Partir tant que l’idée lui paraît excellente, fuir la peur qui lui taraude les reins avant qu’elle ne change d’avis et ne s’enlise à nouveau dans un sofa sans fond.
Elle le voit, enfin, juste à côté d'un bar qu'elle ne fréquente pas habituellement (et qu'elle a justement choisi pour ces raisons précises) et n’a pas besoin de faire beaucoup d’efforts pour que ses lèvres s’étirent naturellement d’un sourire radieux.
▬ Antoooon ! Tu es encore là ! Glapit-elle d’une voix haut perchée en se pendant à son cou comme s’ils s’étaient quittés la veille.
Elle ne s’attarde cependant pas et prend un air profondément contrit de chiot abandonné sur le bord de la route.
▬ Je suis infiniment désolée pour le retard mais tu me connais, le temps et moi, on a jamais su s’accorder. Un doux rire s’échappe de ses lèvres, amusée par sa propre blague. C’est un doux euphémisme, le temps la déteste, il la fuit, elle le poursuit. Il la rattrape, elle le fuit.

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MessageSujet: Re: Ghost in the machine (w/Anton) Lun 4 Mai - 8:53


   
 

   
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Budapest, une longue histoire... Anton n'y avait pas remis les pieds depuis bien longtemps... Pas depuis qu'il s'était fiancé en réalité, un peu moins de dix ans plus tôt. Avec sa fiancée devenue épouse, ils avaient emménagé dans une bourgade excentrée et avaient vécu une existence paisible, puis  tout avait basculé sur un malentendu. S'en était suivi un long voyage, un divorce, une traque, puis finalement un retour aux sources. Il avait regagné la ville de ses études, il avait retrouvé certaines têtes familières, parmi lesquelles cette fille. Leonarda. Une amie d'enfance, d'adolescence, de jeunesse décadente. Ils avaient fait les cons, s'étaient sentis immortels le temps de soirées de folie, avaient appris ensemble parfois à ne plus se soucier de rien, puis s'étaient perdus de vue.
Alors lorsque le chasseur l'avait revue, croisée au hasard du chemin, il l'avait interpellée. Pourquoi ? Il n'en savait rien. Ils ne s'étaient pas revus depuis longtemps, n'avaient peut-être plus rien en commun, mais il lui avait demandé son numéro pour la revoir. Peut-être en souvenir du bon vieux temps, peut-être pour se dire qu'il n'était pas seul dans cette grande ville. Elle avait été une amie, pourquoi ne le serait-elle pas encore ? Il se souvenait l'avoir invitée à son mariage, par exemple.

Autant renouer avec ceux qu'on aurait pas du perdre de vue. Quand on avait été détruit par une sombre expérience, ils servaient à faire le lien avec ce monde, nous rappeler qu'on était encore vivant, qu'on avait survécu. L'alcool faisait ça aussi, et sans parler du sang de vampire...
Bref, il l'avait contactée, il savait qu'il serait de repos cet après-midi-là, alors ça serait parfait. Puis elle lui avait répondu être disponible aussi, lui proposant de prendre un verre en ville. Excellente idée, ils pourraient ainsi trinquer au nom du bon vieux temps. Et s'ils buvaient plus que de soif, tant pis, il n'irait pas chasser ce soir-là malgré cette satanée pleine lune, il se comporterait en humain normal, irai vomir dans un caniveau et rentrer chez lui en titubant avant de s'effondrer dans son lit.

C'était un plan parfait, aussi en début d'après-midi s'était-il habillé un peu mieux que d'habitude. Avec son métier à la salle de sport il ne connaissait que les joggings, et guère mieux là nuit. Alors c'était un effort pour lui que d'arborer une tenue descente. Un jean taillé droit, une chemise et un pull à col en V un minimum chic. Après tout, son amie était devenue une célébrité, grande violoniste, il ne fallait pas lui faire honte. Alors se rajoutait à la tenue un manteau de feutre, et l'une de ces écharpes simples, très à la mode chez les hommes. Il en revenait à peine de l'effort, s'observant à plusieurs reprises dans le miroir avant de finalement décrocher pour enfourcher sa bécane.
La circulation en ville était bien plus simple à deux roues, ainsi il arrivait dans le fameux quartier du rendez-vous rapidement, trouvant à se garer sur un large trottoir sans que cela ne gêne personne.
Puis il se dirigea vers le bar du rendez-vous, entrant à l'intérieur pour constater qu'il était en avance. Inutile d'attendre au comptoir, il ressortait et s'adossait à un mur. Il allumait l'une de ces cigarettes qu'il ne fumait que rarement pour tuer le temps. Il n'était pas accroc à cette saleté, c'était bien là la seule addiction que l'on pouvait ne pas lui reprocher.
Il attendit ainsi, seul, un bon moment, finissant par fumer une seconde cigarette, commençant à se demander si elle ne l'avait pas oublié. Il sortait alors son téléphone, lui envoyait un sms de rappel, peut-être était-elle en route ? Il en profitait pour aller sur internet grâce au petit appareil dernière génération. Il jetait un coup d’œil sur le blog de cette fille qui avait la sale manie de le suivre parfois la nuit, lorsqu'il était en chasse. Évidemment elle ne manquait pas de prévenir ses lecteurs que ce soir la pleine lune s'élèverait de tout son éclat. Un rictus agacé se dessinait sur les lèvres du chasseur, il rangeait son téléphone dans sa sacoche et jetait la cigarette consumée seulement à moitié.

Toujours seul, sa patience atteignait ses limites, lorsqu'enfin le visage familier de Leonarda s'avançait vers lui avec un grand sourire. Comment l'engueuler avec une mine si radieuse ? Il répondait à son accolade en la prenant un instant dans ses bras, comme de vieux amis qui se retrouvaient après un long moment. Elle était presque étonnée qu'il soit encore là, lui aussi.


« Leo ! C'était limite, j'ai bien fait d'attendre. »

Elle s'excusait pour le retard alors qu'il lui adressait un clin d’œil pour lui dire que ce n'était pas bien grave. Puis il riait de bon cœur avec elle car il ne doutait pas un instant qu'elle sache être parfaitement accordée au temps, celui de la musique qui accompagne son violon. Après tout, il paraît que les artistes n'ont pas toujours la notion de l'heure, trop absorbé par leur art.
Il n'allait pas lui en tenir rigueur et lui fit signe d'entrer dans le bar. La décoration était style 19ème, un haut plafond et une légère musique de fond. Une petite table, le long d'un mur, était libre. Anton invitait Leonarda à s'installer sur la confortable banquette adossée au mur, lui se contenterait de la chaise qui faisait face.
Il fit signe au serveur, commandant une bière et demandant à son amie ce qu'elle préférait boire, il offrait la tournée. Une fois les verres servis, ils trinquaient, puis Anton engloutissait une grande gorgée avant de poser son verre.


« Alors dis moi tout, mis à part la plus grande violoniste du pays, que deviens tu ? Et par pitié, ne me dis pas que tu est sage comme une image! »

   

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MessageSujet: Re: Ghost in the machine (w/Anton) Jeu 7 Mai - 21:04

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L’intranquille.

Maintenant qu’elle est là, près de ce fragment du passé remonté du fond des âges, elle se dit qu’elle a été bien stupide d’hésiter autant. Elle remercie cent fois le ciel et la patience d’Anton. Savoir qu’il ne lui tient pas rigueur de son retard plus qu’inexcusable la rassure et elle se détend peu à peu.
Ils rient de concert comme s’ils s’étaient quittés la veille. Au coin des yeux d’Anton, Leo voit s’afficher les premières rides et une pointe de nostalgie vient lui transpercer le cœur. Elle sent le temps s’étirer, les différences se mettre en place, se dresser devant ses yeux comme autant d’obstacles entre elle et ce passé auquel elle s’accroche si obstinément. La louve pourrait s’attarder sur les détails, s’enfoncer dans la nostalgie mais elle s’y refuse. Pas aujourd’hui, pas avant que la lune ne vienne s’emparer de sa conscience et lui voler les derniers fragments d’humanité qu’il lui reste.
Elle s’accroche au bras de l’aîné des Serban avec un sourire des plus délicieux et ils s’installent dans le bar à la décoration chargée rappelant vaguement celle du salon familial. La pensée lui arrache un rire amusé, elle se souvient de la tapisserie surannée, des hauts plafonniers et des meubles anciens. Du moins ceux qu’ils n’avaient pas fait brûler lors d’une soirée sans limite avec Andràs.
Sans se faire prier, elle s’assoie sur la banquette et commande un verre de vin rouge, fidèle à ses habitudes de petite bourgeoise. Leo se dit qu’elle ne devrait pas boire, si proche de la pleine lune. Elle craint que l’alcool n’endorme sa conscience plus que de raison et que la Louve prenne définitivement le dessus. Mais elle ne peut refuser l’offre, par principe et par choix. La présence d’Anton lui réchauffe le cœur et c’est avec un plaisir visible qu’elle trinque avec lui, s’amusant de le voir commander une bière classique. Ils avaient grandi. Vieilli. Changé.
▬ Alors dis moi tout, mis à part la plus grande violoniste du pays, que deviens tu ? Et par pitié, ne me dis pas que tu est sage comme une image!. Derrière son verre de vin, Leo esquisse un sourire flatté et amusé. Une petite partie d’elle regrette de ne pas avoir choisi un autre jour que celui dominé par les caprices de la Lune. En d’autres circonstances, elle se serait fait un plaisir d’étaler tout sa « sagesse », boire jusqu’à plus soif, réminiscences du bon vieux temps dans le fond d’une bouteille de vodka.
▬ Bien sûr que je suis sage ! Je me fais vieille, que veux-tu ! Ironise-t-elle avec une mine faussement attristée, mettant de côté les mensonges du temps, le jeu de la malédiction qui se jouait de son physique et de sa petite personne. Si son corps prenait du retard, son esprit souffrait du poids des années. Pas dans le bon sens du terme. La maturité n’avait jamais été pour Leo et, si elle avait pu, elle aurait été Peter Pan, le gosse qui ne vieillissait pas, vivait d’amour et d’eau fraîche. Elle, elle se serait contentée de vodka fraîche mais l’idée n’en était pas moins similaire.
▬ Les concertos me prennent énormément de temps, hélas. Avoue-t-elle néanmoins avec toute la sincérité du monde au fond du regard, sans préciser que La pleine lune aussi. Je n’ai plus la fraîcheur de mes vingt ans ! Elle glousse un peu, légèrement contrainte et forcée par une blague éculée, la blague fausse de ceux qui ont passé la trentaine. Elle ment un peu parce qu’il le faut bien. Elle ne dit pas que la louve la pousse à s’assagir, à éviter les débordements pour ne pas basculer parce que, justement, elle a l’ardeur bestiale de la jeunesse à retardement.
Le temps s’écoule doucement, elle ne le sent pas glisser et l’alcool endort les douleurs montantes de ses muscles déjà tendus par l’appel de la nuit. Ils trinquent, ils partagent un moment comme ils n’en ont plus vécu depuis dix ans.
Les yeux de la violoniste descendent vers le verre vermillon qu’elle tient entre ses doigts, elle le fait rouler, glisser, la mine songeuse, un brin de nostalgie illuminant ses prunelles.
▬ Tu m’as manqué, Anton. Qu’elle lâche, sincèrement. Elle sait que le fond sonne un peu faux, un peu creux parce que Leo, elle sait pas mettre des émotions dans les mots. Elle sait les faire passer à travers son archet pour transpercer le cœur de son audience mais les mots, ça reste un peu flou, un peu compliqué. Surtout depuis que la Louve partage sa vie.
Sa main se pose sur le bras d’Anton, ses yeux s’enfoncent dans ses iris. Un brin de surprise les colore. Oooooh mais dis-moi ! Tu as gagné en masse musculaire ! Ca se voyait déjà mais alors là ! Un rire cristallin s’élève. Elle est incapable, pour l’instant, de trop s’appesantir sur tout ce qu’elle a manqué. Elle parlerait bien du mariage auquel elle n’a pas assisté, de la simple lettre de félicitation qu’elle avait rédigé depuis l’Angleterre et la meute à Cardiff. Mais elle préfère qu’il parle de lui, comme si elle pouvait vivre l’humanité à travers ses mots.
▬ Qu’est-ce que tu deviens pour être aussi musclé ? La louve appuie le menton sur son poing, le coude reposant sur ses jambes croisées et le regard étincelant de curiosité.

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MessageSujet: Re: Ghost in the machine (w/Anton) Ven 8 Mai - 17:39


   
 

   
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Un verre de vin. Voilà qui était raffiné, collant presque la honte à Anton, affublé de sa vulgaire pinte de mousse. Par chance, l'amitié ne se jugeait pas à la couleur du verre et il existait encore une forte chance pour qu'ils puissent s'entendre comme au bon vieux temps, ce que le chasseur souhaitait, pour un peu plus sentir sa vie se rapprocher de la normale. Car le verre de l'afterwork était un rituel chez les jeunes citadins trentenaires.
Mais fallait-il encore qu'ils aient des choses à se dire car l'eau avait coulé sous les ponts et c'est principalement ce goût prononcé pour la fête qu'ils avaient partagé, une dizaine d'années auparavant. Alors il était temps de refaire connaissance, Anton lui demandait si elle ne s'était pas assagie. A son grand dam, elle disait que si, mais toujours sur le ton de la plaisanterie, sacrée Leo. Elle disait aussi qu'elle se faisait vieille et c'est là seulement que le chasseur réalisait qu'elle n'avait presque pas changé : qui à part lui pouvait dire d'un simple regard qu'elle avait passé le cap de la trentaine ? Utilisait-elle déjà tous ces produits de beauté de luxe dont les bourgeoises se recouvrent matin et soir pour aspirer à la jeunesse éternelle ? C'est exactement le genre de question que l'on ne posait pas à une dame, alors il se retenait, mettait le nez dans son verre, buvait en l'écoutant, modérant également le débit de boisson : s'il y avait bien un soir où il devait rester sobre, c'était celui qui approchait.
Leo semblait débordée par son travail, la rançon de la gloire, puisqu'elle disait déjà souffrir de son age. La musique faisait-elle vraiment vieillir ? Certes, elle jouait sur des partitions qui attiraient davantage le troisième âge, mais ce n'était pas une raison. Elle était encore jeune, cette fraîcheur se cachait simplement quelque part, et Anton victime d'un légère déformation professionnelle en coaching, y allait de son petit conseil bien-être et vivacité:


« Il faut que tu te mette au Métal. Il y a des très bons groupes qui cherchent des violonistes de talent. Et puis je te vois bien faire tourbillonner tes cheveux sur scène! »

Illustrait-il en faisant tourner sa tête inclinée, en l'absence des indispensables cheveux de tout bon métalleux. Puis il cessait sans redevenir sérieux, trinquait, riait à son tour en s'adossant à sa chaise, à l'aise et content de passer un bon moment. Rien de tel que la décompression avant une longue nuit de veille. Et plus il regardait Leonora, plus il se demandait pourquoi ils s'étaient perdus de vue. Elle avait beau dire qu'elle était débordée, cette malice pétillait toujours dans ses yeux. Il regrettait son absence à son mariage, il s'était déjà imaginé le discours qu'elle aurait été capable de raconter, le medley au violon après quelques verres de trop... En y repensant, c'était à cette époque qu'ils avaient cessé de se fréquenter, peut-être que leur vie de jeunes adultes avait pris des voies opposées. Lui s'était rangé bien trop sagement après tout, il n'avait plus rien du guignol de toutes les fêtes. Il avait même acheté un monospace, le con.
La tendance semblait presque s'inverser aujourd'hui, si l'on mettait ses soucis personnels de côté, le divorcé connaissait une seconde jeunesse alors que la violoniste était trop sage, assise ici à jouer avec son petit ballon de rouge. Et voilà qu'elle devenait nostalgique de surcroît. Enfin, ses mots semblaient un peux creux, elle disait qu'il lui avait manqué, mais était-ce honnête ou poli ? Il lui adressait un hochement de tête comme réponse, suivi d'un sourire gêné, elle peut bien dire ça après avoir décliné la grande invitation dix ans plus tôt. Mais un geste le fit changer d'avis après cette pensée sceptique, la brune venait poser sa main sur son bras, perdu à côté de la pinte. Alors c'était donc vrai, mais aussi gênant, car il ne lui avait pas retourné la fameuse réplique. Et puisque les mots ne tombaient toujours pas, elle interrompait le silence lourd d'un échange de regards. Les yeux du chasseur, nostalgiques, avaient exprimé à sa place le regret d'avoir perdu de vue si longtemps cette amie, et ils pouvaient enfin se reposer, reprendre cet air si sûr de lui alors qu'elle lui tendait la perche en remarquant ce qui faisait sa fierté : ses muscles.
Ils riaient de nouveau, redonnaient de la légèreté à leurs retrouvailles alors qu'Anton faisait une petite démonstration, gonflait son biceps pour l'amuser avant de reprendre une gorgée de bière. Elle prenait à son tour des nouvelles, même si la musculature du chasseur faisait davantage l'objet de la question. Ce qu'il devenait?


« Je suis divorcé ! Du coup je fais des extras au boulot, à la salle de sport. Et puis des fois je vais courir après les méchants la nuit pour les neutraliser, tu sais, comme les justiciers dans les séries ! »

Il hocha la tête, l'air insistant et parfaitement honnête... Avant de rire, encore une fois. Il ne savait pas si elle l'avait cru une seule seconde concernant son activité nocturne, il avait emprunté un ton sincère, mais sommes toutes surjoué. Puis il enchaînait, de bonne humeur, parti pour plaisanter de nouveau.

« Toi on peut pas dire que t'ai changé... Ce qui est -rassure-toi hein- un compliment madame ! Même pas une ride, il faut que tu me donnes ton secret. Enfin attends-voir, en fait il y a du changement, un peu plus de poil! »

Il se redressait au-dessus de la table pour venir ébouriffer d'une main les cheveux de Leo, ça faisait trop longtemps qu'il ne l'avait pas embêtée. Mais avant qu'elle ne réplique, il se rejetait en arrière, bien éloigné au fond de sa chaise en compagnie de sa pinte capturée au vol. Une nouvelle gorgée. 50 centilitres, qu'est-ce que ça descendait vite. D'ailleurs il effectuait un mouvement de poignet discret pour regarder l'heure en espérant qu'elle ne le remarque pas. Il fallait qu'il sache combien de temps il lui restait avant de devoir rentrer se préparer. Mais exceptionnellement, il pouvait prendre un peu de retard ce soir, il lui resterait toute la nuit pour empêcher ces satanés loups de venir s'en prendre aux humains.

   

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Leonóra Keresztély
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MessageSujet: Re: Ghost in the machine (w/Anton) Ven 8 Mai - 22:44

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L’intranquille.

Leurs rires meublent le silence, ils sont si étincelants qu’ils en recouvrent même le son des autres. Ses yeux enfoncés dans ceux d’Anton, Leo oublie même les sentiments et les sensations des inconnus qui, d’ordinaire, la submergent, la laissant impuissante, à se débattre avec ses problèmes et ceux des autres. Mais cette fois, elle ne ressent qu’une immense euphorie, une ivresse qui lui appartient, il ne fait aucun doute. Leo soupçonne Anton plus que l’alcool d’en être responsable. Il lui semble retrouver sa jeunesse, celle qu’elle a perdu dans le fond d’une forêt de Cardiff, avalée par un loup et les ténèbres environnantes, celle qu’elle se persuade de reconstruire depuis et qui s’étiole chaque fois qu’elle croise les vieux croulants de l’Orchestre Philarmonique de Budapest. L’aîné des Serban est une bouffée d’air frais bienvenue dans son monde qui tourne en boucle, dans lequel elle étouffe de plus en plus. Il est si humain avec sa bière et son rire tonitruant qu’elle n’a pas besoin de se forcer pour le décocher un sourire empreint de sincérité. Ils sont rares, ceux qui occasionnent ce genre de réaction. Rares ceux qui lui arrachent des rires autres qu’un sifflement grinçant empli d’amertume tenace. Elle avoue sentir le poids des âges, sans se forcer, la blague en elle-même lui déplait mais si c’est lui, la réponse coule de source. Elle ne peut faire autre chose que prétendre suivre la courbe du temps comme le commun des mortels et, curieusement, là où le mensonge devrait lui faire mal, elle s’en accommode. Une fois l’alcool évacué, une fois la pleine lune terminée, peut-être se trouvera-t-elle stupide. Peut-être regrettera-t-elle tout ce qui aura franchi ses lèvres au cours de la soirée. Pour l’instant, elle chasse le malaise, noyée dans le fond d’un verre ballon.
▬ Il faut que tu te mette au Métal. Il y a des très bons groupes qui cherchent des violonistes de talent. Et puis je te vois bien faire tourbillonner tes cheveux sur scène!. Elle l’observe agiter la tête comme un épileptique dans une imitation grotesque des métalleux et ne peut s’empêcher de rire. Un rire particulier et explosif qu’elle n’entendait plus qu’à de rares occasions. Le bon vieux temps, assurément. Elle regrette que son frère ne soit pas là pour assister à la scène, siroter un verre de vin en sa compagnie. Suivant le mouvement, Leo l’accompagne en mimant un morceau de violon survolté, imaginant ce que pourrait être sa vie si elle laissait tomber l’orchestre.
▬ Je tiens beaucoup trop à ma place de soliste ! Tu n’imagines même pas le nombre de gens sur lesquels j’ai dû marcher pour en arriver là ! Au sens propre du terme, en fait. Mais ça, Anton n’a pas besoin de le savoir. Il n’ignore certainement pas la nature de la violoniste, celle qui la poussait à faire passer toute une caisse de vin hors de prix en dehors de la cave familiale pour pouvoir passer la meilleure des soirées en leur compagnie. Et de toute façon il est totalement impossible de faire tournoyer ses cheveux tout en jouant du violon ! Ajoute-t-elle presque trop doctement. Elle a besoin de l’orchestre, remplaçant peut-être un peu vieillissant d’une famille qu’elle a abandonné. Elle a besoin de la structure, des ordres et du calme de l’opéra bien qu’elle se fasse un plaisir de briser tout ce qu’elle touche dès que l’occasion se présente. Elle n’aurait sans aucun doute pas la même plénitude sur une scène de concert dans une salle bondée. Le monde de la nuit n’est plus pour elle, du moins plus autant, pas dans ce sens-là.
Nostalgie inévitable d’un temps révolu, le passé qui lui manque, l’innocence aussi ; elle lui sourit, lui avoue qu’il lui a manqué. C’est sincère et vide de sens à la fois. Pour la première fois depuis le début de la soirée, elle sent la gêne. Il y a la sienne, bien sûr, et il y a celle d’Anton. Elle est un peu mal venue, cette phrase, après dix ans sans nouvelles et sur la peau du Serban elle sent courir le malaise.
▬ Je suis divorcé ! Un Ho désolé lui échappe. Elle regrette encore plus de n’avoir pu assister au mariage. Sans fondement. Ils n’auraient probablement pas mieux fini si elle avait été présente. Peut-être même auraient-ils divorcé juste après la cérémonie, après un discours complètement bourré d’une Leonóra sous acide, racontant les frasques de ce cher Anton. Du coup je fais des extras au boulot, à la salle de sport. Et puis des fois je vais courir après les méchants la nuit pour les neutraliser, tu sais, comme les justiciers dans les séries ! Elle se met à rire à nouveau. Anton, toujours le mot pour rire, pour détendre l’atmosphère après une annonce aussi brutale. Elle l’imagine en collant avec un slip rouge par-dessus et pouffe de plus belle.
▬ Les méchants n’ont qu’à bien se tenir alors, si Super Anton est là ! Elle lui sourit doucement et ne peux empêcher une lueur d’inquiétude de flotter dans ses prunelles. Et s’ils se croisaient ? S’il rencontrait les monstres des mondes souterrains, ceux qui tuent sans hésiter. Comme elle quand la conscience disparaît dans les méandres de la louve. Sois prudent hurle-t-elle dans le fond de ses iris. Un humain comme lui ne devrait pas savoir. Un simple humain ne devrait pas affronter l’horreur tapie dans les recoins de Budapest. Elle n’a pas envie qu’il se perde, lui aussi.
▬ Toi on peut pas dire que t'ai changé... Ce qui est -rassure-toi hein- un compliment madame ! Révérence flattée de la part de la violoniste. ▬  Même pas une ride, il faut que tu me donnes ton secret. Enfin attends-voir, en fait il y a du changement, un peu plus de poil! Le terme de poil lui arrache un petit gémissement surpris et elle abaisse rapidement les yeux sur ses mains, prise par la peur infondée que la transformation ait pu commencer. C’est stupide. Et le contact de la main d’Anton dans ses cheveux efface toute inquiétude.
Elle agite les mains sans l’atteindre, échappant le petit couinement indigné de l’héritière que l’on contrarie.
▬ Est-ce que tu sais combien de temps j’ai mis pour obtenir cette coiffure qu’il t’a fallu 30 secondes pour ruiner ? Elle feint la colère, le caprice dans le froncement d’un sourcil puis reviens aux dernières paroles d’Anton. La violoniste se penche à nouveau, suffisamment pour poser ses mains sur les épaules de son aîné. Si tu veux mon secret de jeunesse… Je me baigne dans du sang de bébés. Tous les soirs à la pleine lune. Elle glousse un peu, regrette beaucoup. Elle n’a aucune idée de pourquoi la réponse est sortie de la sorte, pourquoi elle a évoqué la pleine lune. C’est débile.
Elle s’écarte doucement et accroche du regard la montre du Serban pour confirmer l’heure que son horloge biologique lui souffle. Il lui reste encore quelques temps mais bientôt elle devra prendre congé. Encore une fois, elle regrette d’être arrivée si tard.

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MessageSujet: Re: Ghost in the machine (w/Anton) Sam 9 Mai - 18:56


   
 

   
Ghost in the machine

   

Quand vous faites des efforts monstrueux pour atteindre un objectif, vous ne le lâchez plus si facilement une fois réussi. Même si les eaux du Graal atteint ne sont pas aussi rafraîchissantes qu'elles y paraissent. Voilà ce que Anton se disait en voyant Leo parler de son métier, aussi prestigieux puisse-t-il sembler, il n'animait pas la demoiselle de cette flamme qu'il avait connue. Le Métal était une bonne alternative, une jolie nenette, talentueuse, un violon qui ne s'accorde pas en permanence, lorsqu'il faut laisser place aux solos de guitare, des moments pour tournoyer ses cheveux sans jouer, pour contrer ce qu'elle disait. Mais inutile d'insister, l'idée ne semblait même pas séduire une seconde la musicienne. Elle continuerait de vieillir parmi cette horde d'instruments, sans connaître la joie des concerts où la foule l’idolâtrerait rien qu'à faire ce que bon lui semble. Dommage, elle ne deviendrait jamais la rockstar dont le chasseur flairait encore le potentiel.
Mais le sujet changeait au fil de la conversation, fini la musique, place à l'étonnement lorsqu'il lui annonçait être divorcé, comme si ce chapitre de plusieurs années auxquelles elle n'avait pas assistées n'en avait de toutes façons pas valu la peine, puisqu'il était un échec. Tout ça par la faute d'une paire d'ovaires récalcitrante si l'on condensait l'histoire à son strict minimum. Non pas que l'absence de progéniture ait provoqué la rupture, mais les traitements hormonaux, la fécondation in-vitro infructueuse, les sautes d'humeur, l'exil d'un homme et le piège d'un vampire avaient été lourds de conséquences pour ce mariage si parfait en apparence.
Et ce passe-temps qu'il évoquait pour tuer ses nuits de célibat, s'il souhaitait à la base le faire passer pour une vaste blague, se puisse-t-il que Leo y accorde le moindre crédit ? Elle l'avait connu assez fou pour faire n'importe quoi tant que ça divertissait la galerie, il se prenait donc au piège de ses propres mots puisqu'il semblait capable de faire ce qu'il racontait comme un bobard. Il le faisait. Etait-il allé trop loin dans la plaisanterie ? Le regard de la brune lui parut suspect durant une fraction de seconde, il y avait quelque chose, comme l'ombre d'un crédit accordé à ses histoires. Peut-être une mise en garde ? Non, probablement le vin qui parlait dans le doute, se disait-il. Ses propos étaient absurdes et Leo ne pouvait pas l'avoir cru une seconde, c'était
impossible. Il faisait donc abstraction du regard d'un instant, pour redevenir le joyeux plaisantin dont la demoiselle avait probablement plus besoin en ce moment, finissant par lui ébouriffer les cheveux après une remarque sur son absence de vieillissement...
Et sa pilosité. Encore une réaction improbable. Ou alors blaguait-elle à son tour, faisant semblait d'être surprise alors qu'il la trouvait trop velue. Ou il se faisait des idées, puisqu’elle répondait à sa provocation, semblant le chasser de ses mains. Voilà enfin qu'il retrouvait la Leo râleuse, et si c'était pas sa manucure, il s'agissait de sa coiffure qu'il avait fallu préparer, blablabla, ah les filles ! Elle lui faisait remarquer qu'il avait fallu du temps pour préparer sa parure de paon, et il savait qu'elle ne lui en voulait pas, mimait le mécontentement comme la fille de riche qu'elle était, tout en sachant que la mayonnaise ne montait pas avec lui. Pire que ça, il était fier de sa connerie et le montrait en prenant un air détendu et suffisant.


« Hum, ouais je sais, tu voulais te faire belle pour moi, et tout, mais je les préfère sauvages! »

Et bam, dans les dents ! Mais en parlant de sauvagerie, elle avait saisi le concept, lui révélant le secret de sa jeunesse éternelle : des bains de sang de bébé à chaque pleine lune. Et elle lui disait ça en emprisonnant ses larges épaules de frêles bras, pour ajouter le côté théâtral. Il éclate de rire, couvre son léger gloussement à elle. Parce que Anton, il en avait vues, des choses pas glorieuses, et il imaginait parfaitement certaines créatures être capables d'une telle chose. Alors le rire avait quelque chose de nerveux, qui se dissipait bien vite puisque ce n'était qu'une brave humaine qui lui racontait ça.
Alors qu'elle libérait ses épaules, il avait regardé l'heure en toute discrétion, ne regardant pas vraiment si elle observait son geste, reprenant aussitôt un air décontracté pour lui montrer que le temps ne lui paraissait absolument pas long. Au contraire, il profitait de l'instant et finissait même par lui répondre après une gorgée de bière.


« J'espère que t'as fait tes réserves pour ce soir, la pleine lune arrive! »

Il cherchait à faire le malin, se disant que comme la plupart des humains, Leo ne faisait guère attention au cycle lunaire. Mais lui... Parait-il étrange qu'il sache que cette nuit bénéficierait d'un excellent éclairage naturel ? Il pourrait toujours prétendre qu'il était devenu fan d'astronomie. Ou qu'il était insomniaque.
Ou il n'aurait pas à se justifier, finissant enfin sa pinte, jusqu'à la dernière goutte, reposant le verre lentement. Des pleines lunes, il y en avait souvent, il n'allait pas sacrifier un moment agréable pour un boulot qu'il n'avait au fond jamais choisi, qu'il s'était contenté d'épouser par hérédité. Alors il lançait une invitation à sa vieille amie.


« Tu repars pour un verre ou tu dois rentrer remplir ta baignoire? »

Le sourire taquin, il refaisait allusion au rituel dont elle avait parlé. Puis d'un regard, il constatait que le jour commençait à bouder cette parcelle de la planète. Qu'importe ? Si elle était joueuse, il passerait à la vitesse supérieure, une Jagger Bomb par exemple, le cocktail en vogue pour les soirées endiablées.
Mais comme un rappel intuitif, ses yeux d'acier se posaient sur son poignet, y observant quelque chose qu'il était probablement le seul à pouvoir remarquer. Comme un tatouage, les ombres de sa marque de chasseur se rappelaient à son bon souvenir. Pas maintenant. Il glissait sa main dans sa poche pour ignorer l'appel qui n'était probablement qu'une hallucination. En parlant de ça, il avait bien envie d'une petite dose. Juste une goutte, pour se sentir bien. Saloperie d'addiction, elle aurait sa peau. Alors il se levait, prenant un air faussement pressé alors que son visage trahissait une certaine anxiété, due au manque.


« Excuse moi, la magie de la bière opère. Mais prépare moi l'histoire de tes 10 dernières années pour quand je reviens. Tu as deux minutes ! »

Après un petit clin d’œil tout en la pointant du doigt d'un air faussement autoritaire, il prenait la direction des toilettes. Enfermé dans une cabine, il sortait une minuscule éprouvette qui ne contenait pas plus de deux centilitres de liquide... Pourpre. Il l'ouvrait, agitait au-dessus de sa langue jusqu'à ce que le récipient paraisse propre, entièrement vidé. Il le rangeait à son emplacement habituel et s'adossait au mur, levant les yeux au ciel, laissant le sang de vampire s'imprégner dans ses tissus.
Puis il ressortait, plein d'une assurance que même les cocaïnomanes ignoraient. Il était un peu plus fort, mais ce n'était pas le but. Il se sentait bien, à l'abri de tous les dangers, prêt à faire face à la pleine lune autrement qu'avec son arsenal de chasseur. Si Leo était partante, ils se saouleraient jusqu'à l'aube où il la saurait en sécurité dans les rues.
D'ailleurs, il s'empressait de rejoindre la table où elle devait probablement l'attendre.

   

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MessageSujet: Re: Ghost in the machine (w/Anton) Lun 11 Mai - 18:17

Anton&Leo
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the machine

L’intranquille.

 Assise dans le fond de sa banquette, Leo oubliait tout. La peur, la souffrance qui s’annonçait et la colère qui ravageait sa peau, là, tout au fond. Ce soir, ils ont de nouveau vingt ans et le monde leur appartient. Envolée, la louve, disparue l’appréhension de la Lune appelée à régner. Pied de nez à la souveraine argentée, provocation à l’égard des puissances astrales dans le fond d’un verre de vin. Le carmin aux lèvres, elle rit de bon cœur, son regard candide vogue sur les traits d’Anton auxquels elle ne peut s’empêcher de superposer l’image risible d’un justicier masqué et en slip. Encore une fois, elle ne sait pas si elle doit en rire ou en mourir d’inquiétude. Elle met ses considérations de côté, s’inquiètera plus tard, un autre jour. Pour l’instant, et, bien égoïstement, la violoniste veut simplement profiter de la soirée, du moins ce qu’il en reste.
L’air détendu que prend Anton achève de la convaincre que pour l’instant, il ne craint rien, là à s’enfiler des bières comme s’ils étaient tout juste sortis du lycée. Il préfère les sauvages qu’il lui dit. Leo en rit aux éclats. S’il savait. Mais surtout oui, elle se souvient de ses goûts pour les filles, sa propension à les choisir farouches. Celles aptes à les suivre dans toutes leurs frasques. Leonora était de ces indomptées, les amazones sans peur. C’était avant, quand elle avait encore sa liberté, celle qui avait été de si courte durée comparée aux années de servitudes qui l’avaient précédé, à celles qui suivaient.
Elle joue les sauvages, celle qui mange les enfants. Ca la fait rire, un peu, mais l’écho qui résonne est douloureux. La facette qu’elle affiche a tout de réel. Elle est la tueuse d’avenir, porteuse de mort, faucheuse du temps futur. Il est de ces enfants qui ne se réveilleront jamais pour avoir croisé la route de la Louve. Cette simple pensée lui arrache un frémissement imperceptible, de ceux qui remontent le long de l’échine, froids, terribles.
Elle fixe le fond de son verre et enfouit le regret bien profondément dans les limbes de sa conscience, là où l’animal attends, patiemment, que son heure vienne. Parce qu’elle vient, l’heure, elle approche. Tic. Tac. La violoniste décoche pourtant un sourire lumineux au Serban premier du nom, pour remplacer celui qui a vacillé quelques secondes plus tôt.
▬ J'espère que t'as fait tes réserves pour ce soir, la pleine lune arrive !  
Tic. Tac. Elle l’observe, le fixe, le dévisage un peu. Perplexe, interloquée. Leo, elle est bien placée pour savoir que sa Reine prend peu à peu sa place sur son trône d’étoiles. Mais Leo, elle voudrait surtout savoir comme Anton peut bien le savoir.
▬ C’est le mariage qui t’a rendu tout romantique ? Tu regardes la lune, toi, maintenant ? Qu’elle lui renvoie, sourire railleur, étincelle moqueuse. Cela fait si longtemps qu’elle n’est pas certaine de l’avoir vu romantique un jour. Peut-être quand ils étaient tous complètement bourrés, étendues avec toute leur jeunesse innocente dans l’herbe d’un rond-point.
Puis il lui propose une autre tournée et du tac au tac, elle s’apprête à accepter. Comme l’abrutie qu’elle est. Elle ouvre la bouche, le regarde observer ses mains sans comprendre, la referme.
▬ Quoi, ta manucure est pas parfaite ? Elle rit de sa propre blague, parce que franchement, elle se trouve hilarante. Le vin aussi la trouve plutôt drôle. Pourtant, il flotte un parfum d’anxiété, une odeur musquée trahissant l’impatience et ça n’est certainement pas la sienne. Elle cherche autour d’elle puis fixe de nouveau Anton, les pupilles arrondies par la curiosité. Bien malgré elle, Leo cède à la tentation de renifler l’homme, une grande inspiration pour s’assurer qu’il n’a rien d’un Loup. Qu’il ne partage pas les mêmes craintes qu’elle, elle n’y survivrait pas. Rien.
▬ Excuse moi, la magie de la bière opère. Mais prépare moi l'histoire de tes 10 dernières années pour quand je reviens. Tu as deux minutes !  Il a juste envie de pisser. En fait. La brune glousse de son inquiétude démesurée comme du geste que lui adresse le grand Serban.
▬ T’as la vessie d’une adolescente pré-pubère, Serban ! Qu’elle lui hurle juste avant qu’il ne disparaisse aux toilettes, attirant l’attention des quelques clients présents.
Soudain le silence. Elle repense à ces dix ans de creux. Elle essaie d’oublier, de masquer les odeurs qui l’assaillent désormais. Entre ses doigts la fiole de parfum chargé roule et elle s’en imprègne jusqu’à ne plus rien sentir du tout, jusqu’à ce que ses sinus se mettent à brûler. La Louve n’aime pas les odeurs capiteuses, dans le fond de sa conscience, elle feule et renâcle, au bord de la crise.
Le regard de Leo se pose sur sa montre, par souci de normalité plus que pour réellement connaître l’heure. Son horloge biologique dominée par les astres ne ment pas. Il est temps, plus que temps, même. Qu’elle regrette de ne pas être venue plus tôt, tracassée par son image plus que par les souvenirs perdus. Qu’elle regrette de ne pas l’avoir revu plus tôt.
La violoniste consacre les deux minutes qu’il lui reste à se forger une excuse un tant soit peu crédible, quelque chose qu’Anton pourrait croire sans se poser de question. Quelque chose qui ne lui donnerait pas l’air de l’abandonner ou l’impression qu’elle ait pu passer une mauvaise soirée. Plus encore, elle ne veut pas lui laisser penser qu’elle puisse fuir (ce qui, de toute façon, aurait probablement été le cas en d’autres circonstances).
Elle pose ses mains sur ses genoux tremblants pour tenter d’en calmer l’agitation, il ne faut pas qu’il tarde ou elle devra l’abandonner, sans un mot.
Il revient et elle se redresse, presque trop brusquement. Tous ses muscles hurlent de douleur, elle serre les dents.
Son portable serré entre ses phalanges blanchies, elle inspire.
▬ Je suis désolée, Anton, mon Directeur vient d’appeler et le vieux second violon du quatuor de ce soir vient de s’évanouir en pleine répétition ! Je dois absolument le remplacer ! Elle débite un peu trop vite pour que cela paraisse naturel mais espère qu’Anton mettra cela sur le compte de la précipitation.
Sans attendre de réponse, elle se pend à son cou, accroche ses doigts douloureux à sa nuque et lui souffle quelques mots chargés de regret.
▬ Je suis vraiment, vraiment désolée, j’aurais espéré qu’on puisse se voir plus longtemps mais je peux pas. L’orchestre… La suite s’étrangle dans sa gorge et elle préfère couper court en lui déposant un baiser léger sur la joue, au nom du bon vieux temps, de la décadence des anciens jours innocents.
Sans un regard en arrière, sans attendre qu’il lui propose de la raccompagner, la brune se précipite à l’extérieur du bar et se jette littéralement sur le premier taxi venu.
Sa voix étouffée indique la direction de la forêt adjacente. Elle n’aura pas le temps de rentrer, de s’attacher dans le fond de son sous-sol aménagé. Ses calculs sont formels, essayer serait tenter le diable. Elle se déteste tellement d’avoir voulu étirer le temps, jouer avec le feu et les rayons argentés de la Lune qui atteint lentement son zénith.
Elle aura tout juste le temps de se jeter hors du taxi. Mais tout ira bien. Elle s’en persuade.

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MessageSujet: Re: Ghost in the machine (w/Anton) Mar 12 Mai - 16:58


   
 

   
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« C'est surtout parce qu'elle me rend insomniaque! »

Anton rit avec honnêteté. Ce qu'il venait de dire n'était pas si faux, la pleine lune agissait même sur les humains dépourvus de pouvoirs. Il avait bien rattrapé son coup, ajoutant la fierté de ne pas être un romantique quand la demoiselle le lui suggérait. Non, il ne surveillait certainement pas le cycle de la lune pour émerveiller son ex-femme d'un dîner aux chandelles dans le jardin. La pauvre Barbara, elle avait davantage vécu ces soirées comme un mélange d'anxiété et de torture, à ne pas savoir dans quel état serait l'autre de moitié de son lit au réveil. Par chance, il n'avait jamais été vide, mais pas toujours propre pour autant. Elle qui était si douce, si loin des femmes sauvages qu'il avait évoqué pour taquiner Leo. Il se disait encore qu'il ne l'avait pas méritée, qu'il était bien mieux pour sa tendre moitié d'être seule qu'accompagnée des débris d'un fier chasseur. Le plus malheureux dans l'histoire, c'était que la pauvre eut été presque stérile, et non pas lui, qui l'aurait bien plus mérité. Il en arrivait parfois à se dire qu'il était maudit, qu'il portait malheur aux femmes qui se rapprochaient trop de lui. Sa mère pourtant si grande chasseuse dévorée par un vampire, jamais de sœur alors qu'il comptait trois cousines, son premier amour dévorée par les loups, Barbara...
Mais pourquoi cherchait-il à renouer avec Leo, il pourrait bien lui porter la poisse à elle aussi. Ils passeraient une bonne soirée, il la raccompagnerait pour qu'aucun loup ne leur barre le chemin, puis il garderait ses distances malgré l'excellent moment qu'ils passaient. Et plongé dans ses pensées, il la voyait, floue, avait l'impression d'observer des mimiques qui n'étaient pas celles d'une femme, sentait une odeur agressive... Il avait besoin de sa dose pour y voir plus clair, plus positivement. Il quittait sa torpeur pour prétexter une envie pressante, se prenait une moquerie bien envoyée de Leo. Il n'avait pas la force de répliquer, le manque se faisait trop présent, la peur irrationnelle qu'une créature des ombres vienne l'agresser ici et maintenant envahissait son être. Du sang, ce seul réconfort, comme si les bras de mère natures s'enlaçaient autour de lui pour le rassurer d'une étreinte délicatement imperceptible.

Il allait mieux. Plus de stress, plus d'hallucinations. La vie, celle qu'on a envie de croquer à pleines dents, voilà ce qu'il avait entre ses mains à présent, il était bien déterminé à ne pas la gâcher ce soir... Mais c'était sans compter sur sa vieille amie qui, empestant soudainement le parfum, lui annonçait son départ prématuré. Il revenait à peine des toilettes, s'était mis en bonne condition pour la soirée, comment pouvait-elle lui faire ça ? Avait-elle senti la malédiction du chasseur rôder ? Son excuse était-elle valable ? Elle semblait si anxieuse à se jeter ainsi sur lui pour une ultime accolade... Trop tendue... La musique faisait-elle ça ? Le trac avant de monter sur scène ? Cela pouvait-il provoquer une telle mélancolie ? Celle qui perçait à travers le regard de la brune...
Elle dépose une bise sur sa joue, il attrape sa main pour la retenir, mais sans mots, la laisse glisser, plein d'incompréhension. Est-ce la sang qui lui parle ? Lui dit de lui courir après avant qu'il ne soit trop tard ? Nous ne sommes pas dans Cendrillon... Il a le droit de la suivre, assister au concert pour l'applaudir, se laisser émouvoir par une musique qui ne l'inspire pas d'ordinaire, parce que le nectar étranger qui ruisselle maintenant à travers lui aime peut-être le tonnerre des instruments qui s'élève en crescendo. Ou serait-ce son instinct de chasseur, qui s'inquiète de la voir se jeter dans les bras de la nuit alors que la lune présente son plus grand profil. Quelque chose cloche.

A son tour, Anton fonce vers la sortie. Il n'a même pas pris la peine de régler la note, il ignore le serveur qui l'appelle et jette un billet à terre. Puis il la voit plus loin dans la rue, interpeller un taxi. Il met son casque sur sa tête mais ne se soucie pas de l'attacher, il sprint vers sa moto, elle est juste à côté. Il démarre et manque de faucher deux piétons, mais ses sens sont plus aiguisés, aucune peine à se frayer un chemin à travers les voitures, slalomer pour ne pas quitter de vue le taxi qui ne prend pas la direction de l'opéra...

Sa filature s'est terminée au bord d'une forêt. Il est resté loin lorsqu'il a compris que rien ne coïncidait. Anton a garé sa moto, posé son casque dessus sans plus de cérémonie. Il a conservé sa veste de motard, celle qui est renforcée en de multiples endroits de coques souples. Il s'est toujours dit que si elle n'était pas si chère, il s'en servirait pour aller chasser. Vu l'épaisseur, il ne ressentirait pas les morsures, elle amoindrirait le choc des coups.
Le taxi filait. La demoiselle semblait mal en point. Anton voulait courir à son secours, chercher à comprendre ce qui n'allait pas... Mais s'il espérait que l'idée de la malédiction qui plane sur les femmes auxquelles il tient ne soit qu'une illusion, il constatait encore une fois avec effroi qu'il avait peut-être raison. A couvert, son odeur dissimulée par la brise à contre-sens, il assistait impuissant à la métamorphose de Leo. Il se disait qu'il hallucinait, ce n'était pas possible, le sang de vampire... N'avait définitivement pas cet effet-là.
Alors il sortait un couteau papillon du fond de sa sacoche en bandoulière. Il approchait, pas à pas, s'assurait que sa veste ne le gênerait pas dans ses mouvements. Puis une fois suffisamment près, il observa l'animal, droit dans les yeux, tout autant prédateur. L'instinct de tueur refaisait surface. L'encre d'obsidienne qui teintait la peau de son poignet semblait briller de mille éclats qu'il était seul à voir. Le sang de vampire lui disait de frapper, de l'égorger, trancher net et efficacement. Une mince gouttelette de bave perlait même au coin de sa lèvre, plus vraiment lui-même. Elle venait de se transformer, elle n'était pas encore en pleine possession de ses moyens. Il suffisait de frapper, fin de l'histoire.
Mais quelque chose l'interpella, le regard de la louve. Celui de Leo. Les deux s'entremêlaient. Lui rappelaient celui du jeune loup qu'il avait épargné en Grèce. Une lueur d'humanité, trop scintillante pour qu'on puisse faire l'impasse. Alors de retenue, la colère éclatait, la rage des coups qu'il s'interdisait de porter.


« Mais c'est QUOI ton problème !? Tu pouvais pas simplement le dire ! On aurait trouvé un arrangement ! Regarde-toi maintenant ! Je vais devoir te tuer et encore une fois je vais m'en mordre les doigts jusqu'à la fin de mes jours. Tu crois pas que j'en ai déjà assez, des remords sur le dos ? Tu veux vraiment t'ajouter à la liste ? Alors que tu m'as fait croire tout à l'heure... Tu as... Tu. Tu n'est qu'une LÂCHE! »

L'animal ne comprendrait peut-être pas, mais il fallait bien qu'elle serve de défouloir... Ou alors il n'aurait qu'à se laisser mordre, comme avec les vampires...

   

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MessageSujet: Re: Ghost in the machine (w/Anton) Jeu 14 Mai - 16:56

Anton&Leo
Ghost in
the machine

L’intranquille.

Les mains douloureuses ont jeté les billets au visage du conducteur. Le « Gardez la monnaie » s’est étranglée dans la gorge en feu, seuls se sont échappés le grognement animal suivi du gémissement du supplicié.
Elle s’échappe, elle titube pour s’accrocher au premier arbre qui vient. Respirer.
Ses doigts tordus enfoncent fébrilement les écouteurs au fond de ses oreilles, elle s’assomme l’ouïe avec les violons stridents d’un Holst endiablé. Pas assez pour couvrir ses propres hurlements, pas assez pour remplacer les craquements de ses os par le son des cuivres. Elle voudrait mourir, comme chaque pleine lune, elle demande grâce, que la fin vienne et l’emporte. Leo en a toujours un peu rêvé. L’idée qu’un jour, quelqu’un vienne mettre fin au calvaire à cet instant précis, quand elle est vulnérable, que son esprit se perd dans des royaumes flous. Jamais elle n’oserait s’offrir au Styx  
Ses lèvres crachent à la Souveraine les insultes mêlées d’écume. Les mots s’emmêlent, perdent de leur sens, de leur histoire alors que sa conscience sombre dans le chaos. Comme rarement, elle se bat, refusant la fatalité. La Louve rue dans le fond de son âme, la résistance est vaine, elle ne fait que retarder l’échéance, la rendre plus douloureuse.
Elle se remet à courir, la louve, des grondements contraints dans le fond de la voix. Elle resterait prostrée sur place si elle le pouvait, juste à l’orée des bois sans y entrer. Mais le risque de voir le monstre préférer la chasse au mortel plutôt que la forêt est trop grand. Celui de croiser des chasseurs aussi.
Elle finit par chuter, à court de souffle, à court de force. Ses jambes qui ne la portent plus s’agitent de spasmes désordonnés et elle se traine encore sur quelques mètres. Tout juste le temps d’ôter le crucifix argenté de son cou, les vêtements arrachés sans plus de cérémonie. Regard fiévreux qui monte vers l’astre argenté, la rondeur moqueuse. Les hurlements qui se tarissent, la fin de la voix encore humaine. Holst et ses Planètes s’amusent à ponctuer l’horreur par le vrombissement des tambours. Odeurs enivrantes à ses narines, désir de destruction entre ses reins.
Ni humaine ni animale, la silhouette recroquevillée de la violoniste perd ses formes, la courbe délicate de son échine achève de se tordre dans un craquement de fin du monde. Doigts enfoncés dans la terre meuble pour s’empêcher de s’arracher le visage, pupilles d’ambre teinté de sauvagerie. La faim qui s’empare de l’être, surpasse tout ce qu’elle ressent.
L’odeur de l’Humain. Le téméraire qui se dresse face à la Louve fauve. Ses pattes sont encore faibles, elle se contente de grogner, du plus profond de sa gorge. Tout au fond de l’animal, Leo s’agite. Le peu d’humanité croit reconnaître les traits flous d’un Anton farouche. Armé.
La bête gronde et le chasseur crie. Des mots, des phrases. Des choses qu’elle ne comprend pas complètement et qui s’emmêlent avant d’atteindre Leo. Elle flaire la colère, étroitement entrelacée d’excitation, celle qui roule sur la peau d’Anton. Les épices, la sueur. La chaleur des muscles tendus.
Elle voudrait lui répondre, hurler, s’excuser peut-être. Comment aurait-elle pu savoir ? L’ami d’enfance tueur de loups. L’héritière au sang vicié.
▬ Tu as... Tu. Tu n'est qu'une LÂCHE! C’est tout ce qu’elle entend clairement, tout ce que son cerveau arrive à traduire sur l’instant. Il a raison, au fond. Mais ça n’a jamais été un secret. Leo a toujours fui, de toutes ses forces. Les responsabilités, l’âge, sa famille. L’Orchestre était même un moyen de fuir de pays.
La Louve abat les oreilles vers l’arrière, goûtant peu l’idée d’être traitée de lâche. L’instinct de survie du monstre s’éveille enfin, la rage fait frémir son échine. Lentement, elle se met en mouvement, tournant autour du chasseur, les muscles puissants roulant sous le pelage épais. La Lune semble apprécier l’ironie de la scène, la fatalité qui, selon toute logique, devrait aboutir à la mort d’un des deux amis. La culpabilité pour chacun. Le rejet des atrocités que chacun commet. Maintenant qu’il sait, Leo n’a pas d’autre choix que protéger son secret, son identité. Maintenant qu’il sait, d’autres viendront.
Les pattes de la créature feignent l’impulsion, pour prendre l’homme à contre-pied, lui sauter à la gorge et en finir. Que compte-t-il réellement faire avec un simple couteau ? D’un saut brutal, la Louve abat ses cartes. Du moins essaie.
La conscience humaine renâcle, retient la fureur destructrice du monstre et les crocs claquent à quelques centimètres du visage du chasseur. Sillon sanglant entre les poils, glapissement de douleur. Qu’elle ait dévié sa route à dessein pour s’empaler sur la lame ou qu’Anton ait eu un réflexe de sauvegarde importe peu.
L’animal retombe, écume de rage entre ses crocs. Lâche, elle l’est, la conscience de Leo. Lâche sera la louve, ce soir.
Elle hurle à la lune, colère, désespoir, douleur et s’échappe dans les profondeurs des bois avec la ferme intention d’y rester tapie jusqu’à ce que le matin vienne la libérer de la pelisse meurtrière. Les animaux feront les frais de la fureur de la bête, la frustration d’être bridée par une conscience mêlée à sa sauvagerie. Elle égorge les cerfs, les lapins, sème les cadavres sans prendre le temps de s’en sustenter.
Le lendemain sera difficile. Parce que Leo a osé s’opposer à l’instinct du monstre. Parce qu’elle a refusé d’égorger l’ami d’enfance, refusé d’anéantir tous les souvenirs remontés à la surface. Les éclats de rire, le bon vieux temps, les soirées de faste. Ces filaments d’humanité qui la raccrochaient à son ancienne vie et auxquels la violoniste enroule ses doigts jusqu’à ce qu’ils soient meurtris. Elle refuse l’affrontement, elle refuse de le voir, à nouveau. Pourtant il faudra bien, elle ne quittera pas la ville et lui non plus. La prochaine fois, peut-être, elle le tuera. Ou elle le laissera, enfin, la délivrer de la malédiction.

Enfin la lune se retire et la louve meurt. Leo s’éveille, misérable. Goût du sang et de la bile lui arrachant la langue. Les flashes de la nuit l’assaillent inévitablement. Impitoyables, ils ravagent la conscience tout juste de retour. Elle s’arracherait la peau, le visage, la carne pourrie. La première chose humaine qui lui échappe est un gémissement plaintif. Plus de forces, les jambes qui se dérobent. Pathétique, la silhouette qui rampe dans la fange. Lamentable la violoniste qui porte du Gucci et dont la peau nue se traine dans la boue. Elle doit récupérer ses biens. Le collier. Fuir.

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MessageSujet: Re: Ghost in the machine (w/Anton) Dim 17 Mai - 16:15


   
 

   
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Cette bête.. Cette bête qu'il insulte de lâche, est-elle seulement capable de comprendre ses mots ? Il avait déjà insulté plus de lycanthropes sur cette terre qu'un bon nombre d'humains cumulés. Une haine farouche, vieux vestige d'une vendetta qui n'avait plus lieu d'être, mais qui le hantait. Il avait besoin de les haïr, ces animaux sans état d'âme. S'ils ne pouvaient être guéris, alors qu'ils crèvent. Simple affaire lorsqu'il s'agissait d'inconnus, il rendait anonymement service à la famille. Mais pour la première fois, il se voyait lui-même confronté à quelqu'un qui était -ou plutôt avait été- une proche. Et c'était comme si elle bénéficiait du même don que ces Farkas de vampires, elle l'immobilisait, empêchait la lame de fendre son échine, simplement parce qu'elle était Leo.
En bon chasseur, il ne pouvait ignorer les mouvements de la bête, l'observer lui tourner autour, sentant chacun de ses muscles frémir comme pour s'échauffer, préparer la contre-attaque. Il ne pouvait faire autrement qu'attendre, garder sa lame au poing, préparer la riposte, car il savait déjà que l'issue de cette confrontation ne serait pas pacifique. Peut-être aurait-il du frapper tant qu'elle était encore affaiblie, mais la personne lâche ici, ce n'était autre que lui. Il se sentirait bien moins coupable s'il agissait par légitime défense, son instinct de survie prendrait le pas sur un sentiment tel que l'amitié.

Comme prévu, la louve montre un signe d'attaque, le chasseur contracte ses muscles pour faire face, sachant qu'il n'a qu'une seule chance. Une seule canine qui se perd, et c'est la fin. Supporterait-il de devenir l'une de ces bêtes ? Jamais. S'il recevait la morsure fatidique, il irait s'offrir à un vampire, tuerait une dernière fois en se donnant la mort. Ce n'était pas une option. Et lorsqu'il voyait le fauve s'élancer, gueule grande ouverte, il verrouilla sa position. Bras gauche en avant, légèrement tordu dans l'espoir que l'orientation des coques de sa veste suffisent à retenir les crocs. Mais l'impulsion était plus haute que prévue, il l'avait sous-estimée, car son bras ne retint que brièvement les griffes, alors qu'il était propulsé trois pas en arrière. L'instant semblait durer une éternité, il humait l'odeur nauséabonde émanant de la gueule de l'animal, comme un dernier souffle, alors que son bras droit, animé par la marque du chasseur, s'était élevé sans qu'il ne le réalise vraiment, par réflexe, avait empalée la bête de sa lame, alors qu'il ne cherchait qu'à la repousser se son poing fort.
Trop tard, le mal était fait. Il ne voyait plus Leo, il voyait la bête se rabattre en couinant de douleur. Mais les loup étaient solides, il fallait s'attendre à un autre assaut, sans ses armes de chasseur qu'il n'avait pas eu le temps de prendre. En situation de proie, sans moyen de fuir, avec pour seul espoir de survie son couteau, il guettait un nouvel assaut. Mais rien, si ce n'était le hurlement de la bête. Qui contre toute attente, fuyait. Y avait-il encore une part de Leo ? Ou son instinct lui faisait-il pressentir la marque flamboyante du chasseur qui caressait la garde de la lame ?

Anton reprenait son souffle, ou plutôt ses idées. Encore sous l'effet de cet jet d’adrénaline, celui qui valait plus que toutes les doses de sang de vampire du monde, et qui de surcroît y était combiné. Son cœur battait la chamade, mais très vite vint l'excitation, ce sentiment de toute-puissance, celui que vous ressentez lorsque vous échappez à la mort et qui vous fait hurler de folie, vous n’êtes plus vous-même, vous avez vaincu, vous en revoudriez presque. Et tout cela, il le faisait. Il hurlait comme l'homme des cavernes qui part en chasse, il courait à travers les bois, pupilles dilatées, plus rapide grâce à sa drogue, plus excité par l'idée de survivre. Plus appâté par l'idée de chasser, la marque prenait le contrôle, ne lui faisait pas mieux valoir que ces fous de Bathory. Tout état d'âme mis de côté, il se livrait entièrement à sa nature, vivait pour l'instant, oubliait toute la noirceur qui encombrait son passé. Il était Anton, le chasseur, rien de plus.
Et ses pas s'élançaient, pistaient le moindre craquement de branche : la louve était peut-être plus rapide, mais pas plus maline. Il était sans doutes fou de s'élancer à sa poursuite armé d'un simple couteau, mais l'excitation de la chasse l'emportait. Tout n'était que joie lorsqu'on s'oubliait de notre humanité. Les seuls indices de sa traque furent quelques gibiers, laissés morts, de ci de là. Sa route croisait celle d'un chevreuil, dont le regard troublé semblait l'interpeller. Il stoppait, l'instinct des Serban revenait, l'effet du sang disparaissait. L'animal était comme un humain, que les vampires n'auraient pas fini de vider de son sang, sans chance de survivre à ses blessures. Et si Anton avait croisé des hommes à l'agonie, il n'avait jamais eu la possibilité d'intervenir pour abréger leurs souffrances, parce que ces idiots de policiers auraient relevé ses empruntes, contraint de les laisser souffrir jusqu'à ce que la mort l'emporte, malgré la demande implorante d'en finir. Mais là, face à un chevreuil, l'homme qu'il était pouvait encore intervenir, panser la mauvaise conscience qui planait dans ses souvenirs. Alors il prenait une pause, de toutes façons il était essoufflé, il caressait l'animal, prenait sa tête entre ses mains pour le bercer, l'apaiser. Il attendait que le rythme cardiaque ralentisse, que le corps se détende, que le chevreuil abandonne sa confiance à cet inconnu. La langue du gibier venait même effleurer sa main, alors qu'il ressentait le souffle difficile s'échapper de ses poumons perforés. Le sang coulait en un mince filet de ses naseaux, il en avait encore pour plusieurs dizaines de minutes. Alors le chasseur agissait comme un maître qui serre dans ses bras son chien une dernière fois avant l'euthanasie. Il enlaçait l'encolure de la bête, posait sa tête contre la sienne, fermait les yeux, puis rompait la nuque, d'un mouvement efficace.

Le chant des oiseaux le réveillait à l'aube. Il s'était endormi contre l'animal et sentait le moelleux de son corps devenu rigide, inconfortable. Il se redressait, vif, se souvenait qu'il était en chasse. Mais la lune avait gagné d'autres horizons. Alors il se remettait à courir, utilisait l'application boussole de son téléphone pour regagner le point d'entrée de la forêt. Leo voudrait probablement se rhabiller avant de partir. Il l'attendrait là où elle avait laissé ses affaires. Il avait brisé des branches dans ce secteur pour retrouver l'emplacement exact.
Et il avait visé juste. Les affaires étaient encore là, une chance. Leur propriétaire ne tarderait pas. Alors il s'adossait à un arbre pour attendre. Fouillait dans sa sacoche pour y trouver le paquet de cigarettes. Cela lui ferait du bien, l'esprit encore embrumé par cette courte nuit de sommeil, les joues rosies par la fraîcheur du matin. La nicotine lui donnerait un peu d'énergie.
Mais en cherchant son briquet, il retombait sur une seringue vide, qu'il gardait toujours au cas où. Une idée germait alors dans sa tête. Et s'il pouvait raisonner Leo ? S'il n'avait pas à l'abattre comme le plan le prévoyait ? Ils pouvaient trouver un arrangement. Cela dépendait d'elle.
La voilà d'ailleurs qui arrivait, nue. Et il l'observa de haut en bas, hochant la tête, en position de connard de la situation. Puis il ôta la cigarette de sa bouche, prenait le temps de recracher la fumée avant de s'avancer d'un pas.


« J'ai pas envie de faire le ménage derrière toi. »

Le ton glacial fendait l'air, sans aucune sympathie. Il revoyait encore le chevreuil, ces yeux si expressifs. Personne n'avait à mourir de la sorte. Certainement pas l'un de ces pauvres animaux qui faisaient chaque pleine lune les frais de la barbarie des lycans.

   

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MessageSujet: Re: Ghost in the machine (w/Anton) Jeu 28 Mai - 23:11

Anton&Leo
Ghost in
the machine

L’intranquille.

 Traitres, les membres dérobés, les gestes familiers effacés de la conscience. Traitre, le corps harassé et son refus d’obéir, de suivre les ordres simples que porte le cerveau meurtri. Muscles faibles et volonté de pair, si ça n’était pas pour sa fierté mal placée, Leo se laisserait mourir, là, dans la boue et les feuilles humides. Le regard enflammé, pourtant, elle s’accroche, sans savoir à quoi, sans savoir pourquoi, inaliénable hargne qui est sienne. Sa route croise inévitablement les corps éventrés, les infortunées victimes de sa nuit atroce. Le soulagement détend provisoirement ses traits alors qu’elle ne dénombre aucun humain. Pas d’Anton dans l’amas de chairs à vif. Elle espère qu’il a quitté les lieux, que les bribes de souvenirs qui l’assaillent ne sont que chimères, une projection du visage d’Anton sur un chasseur quelconque.
Elle se trouve stupide, profondément. L’invitation à boire un verre, l’alcool dans les veines se mêlant à la frénésie de la lune, l’imprudence. L’ignorance. Leo siffle entre ses dents étroitement serrées par la douleur irradiant entre chaque pas. Elle se déteste et elle le déteste. D’être là, d’être ce qu’il est. L’ami remonté du fond des époques heureuses, le fantôme hantant la machine qu’elle avait mis tant de temps à faire fonctionner plus ou moins correctement. Le mécanisme souffre de la présence d’un grain de sable, la conscience de Leo renâcle, refuse la présence de l’homme dans le fond des pensées.
Pourtant Anton est là, ancré dans ses pupilles comme un ultime souvenir, ombrageux et empli de colère. La violoniste ferme brièvement les yeux et secoue la tête, le temps de reprendre son souffle devenu haletant, d’effacer les images qui s’imposent à elle. La peur lui vrille les entrailles à chaque foulée la rapprochant de son point de départ, là où elle a endossé la pelisse meurtrière et abandonné l’humanité.
Son instinct inconscient la pousse à humer l’air alors qu’aucun parfum ne pollue son odorat. Immédiatement, la forêt s’anime sous les yeux fatigués de la louve. Les lapins, les cadavres semés, les odeurs s’entremêlent, couleurs fauves, palette sans fin. Au milieu, la couleur de l’Humain, l’odeur qu’elle a enregistré dans la soirée. Anton. Trop tard pour faire marche arrière, un autre pas et il est là, en personne.
Leurs regards se croisent comme ils l’ont fait mille fois, son nez se fronce de contrariété alors qu’il la toise comme une bête de foire. Leo tenterait une bravade sur sa propre nudité si la terreur ne l’avait pas rendue impuissante, seul un grognement rauque lui échappe alors qu’il s’avance vers elle et que les effluves de tabac tout juste allumé agressent ses sens.
▬  J'ai pas envie de faire le ménage derrière toi. Qu’il lâche, sans aucune sympathie à son égard, empathie envolée avec les souvenirs heureux de la nuit passée, dévorée par la louve sous l’emprise de la lune.
Leo prend la phrase de plein fouet, comme une gifle glaciale qui lui écorche la joue. Elle ne répond pas, par manque d’argument, manque de voix. Elle ne sait pas ce qu’elle avait espéré. Certainement pas grand-chose. Le point positif était qu’elle n’était pas encore allongée sur le sol, le corps criblé de balles d’argent. Une partie de son être aimerait bien, en rêve, même. Mais maintenant qu’elle a survécu à la nuit, aux douleurs des muscles ravagés, Leo n’a plus le courage des désespérés, l’ultime témérité pour demander la mort. Elle ne provoquera pas l’homme qui lui fait face pour qu’enfin il la libère. Tout ce qu’elle peut faire c’est espérer que, peut-être, il sera présent le mois prochain et prendra l’avantage.
Elle lève alors son regard misérable et fiévreux sur Anton. Ses doigts glissent le long de sa peau nue et pianotent du Vivaldi, ultime refuge nerveux, réflexe étrange qu’elle a de s’accrocher à ce qu’elle exècre le plus pour en oublier le reste.
▬ Je t’ai rien demandé. Elle souffle en guise de réponse, d’une voix éteinte et éraillée. Un peu d’eau serait bienvenu mais elle n’a évidemment pas eu le temps de préparer quoi que ce soit. Stupide, stupide.
Sans un mot de plus, la violoniste attrape son t-shirt et l’enfile, se rhabille avec une hâte relative, gémissement plaintif des membres courbaturés, grimace vacillante sur ses lèvres.
A son tour, elle toise l’homme et ses yeux fixent la cigarette, l’envie dansant au fond de son regard. Son royaume pour du tabac. Ses prunelles implorent et pourtant, ses traits hurlent de colère retenue. Il a les yeux du Juge, de celui-qui-sait. Il a, dans les iris, cette lueur qu’elle a tant redoutée et s’est toujours évertuée à fuir. Celle qui pointe le monstre tapis dans les entrailles, le massacre semé et le sang sur les mains.

Ses jambes chancellent et cessent de la porter, soupir résigné alors qu’elle se laisse glisser sur le sol humide.
▬ Tu es un chasseur, alors ? Voix calme, presque atone. La phrase tient plus de la question rhétorique que de l’interrogation réelle. Elle n’a pas vraiment besoin d’une réponse de sa part pour savoir qu’il est de ceux qui éliminent les abominations de son espèce. Pour cela, elle le déteste et le bénit à la fois. Mourir de la main d’un « ami » lui semblerait fin plus appropriée que toutes celles qu’elle avait pu imaginer.
Sauf qu’elle n’a aucune envie de mourir, la louve, qu’importe le nombre de fois où la pensée morbide l’effleure, s’empare de tout son être, qu’importent les heures passées à contempler le vide et l’idée de s’y jeter, jamais Leo ne franchirait le pas fatidique. Ardeur farouche de la louve qui s’accroche à son enveloppe maudite. Crainte du néant.
▬ Tu vas me tuer, Anton ? Me rapporter à tes amis chasseurs ? Ses yeux dans les siens, lui en position de force, elle au sol. Pas le courage d’extrapoler plus, de provoquer réellement. Triste sourire sur ses lèvres alors qu’ils s’observent comme deux étrangers, se redécouvrent sous la lumière cruelle du soleil naissant.
Le rapport finira par s’inverser, elle a juste à rester sur ses gardes le temps que reviennent les réflexes, que s’estompe la douleur. S’il le faut, elle se défendra. S’il le faut, elle arrachera la gorge de celui qui se clamait être son ami. C’est ainsi. L’issue est incertaine mais son instinct de conservation profondément égoïste surpasse largement toute autre forme d’affection qu’elle pourrait éprouver pour le chasseur.


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MessageSujet: Re: Ghost in the machine (w/Anton) Lun 1 Juin - 19:41


   
 

   
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Tant d'années d'amitié. Mais quand la demoiselle avait-elle pu développer la cruelle maladie ? Était-ce la raison pour laquelle elle avait décliné l'invitation au mariage ? Anton ne poserait pas la question. Il ne voulait pas savoir depuis quand, la vérité était parfois une offense, alors il tentait de la considérer comme le reste de ceux de son espèce, des chiens fous. Mais une partie de son être lui refusait tout bonnement cette simplicité, il voyait encore Leo, une bonne amie, la personne avec qui il avait passé une agréable soirée. Comment faire cohabiter ces deux idées maintenant que le fossé se creusait ?
Il paraissait plus tentant de jour les durs, par habitude, ne lui accorder aucune merci sauf celle liée à l'absence de son armement. Heureusement qu'il n'avait pas eu le temps de s'équiper. Il l'aurait tuée, aurait sombré un peu plus dans le gouffre dans lequel il s'enfonçait déjà. Il était idiot de croire que les chasseurs n'étaient pas aussi maudits que le créatures qu'ils traquaient. Mais ils ne le disaient pas aux jeunes générations, elles ne s'en rendraient compte qu'une fois trop tard.

Leo n'était qu'un point de plus sur le tableau noir, mais il n'avait pu s’empêcher de se mêler à l'affaire en parlant de nettoyer derrière, ce à quoi elle finissait par répondre qu'elle ne lui avait rien demandé. Fichtre, non ! Mais c'était sa mission, il n'avait pas le cran de lui énoncer les choses clairement et fumait une taffe de plus, sans prendre garde à la fumée, qu'importe si cela la gênait. Il s'adossait même à un arbre, l'observant se rhabiller avec une certaine fascination en voyant le trait de son visage se déformer sur la douleur. Des courbatures. Suffisamment pour qu'il l'abattre, ici, sur le champs. Mais rien, seule sa main se resserrant au fond de sa poche pour étouffer l'idée. Il y avait peut-être une autre solution. Mais laquelle ?
Ce regard sur la cigarette, il ne l'omettait pas, mais il préférait lui jeter à la tête la dépouille d'un animal qu'elle avait tué la nuit durant, qu'il n'avait malheureusement pas à proximité. Alors il ignorait, jusqu'à ce qu'elle daigne enfin faire une remarque sensée. Elle s’assoit, remarque qu'il est chasseur. Qui se séparerait de ses jambes en faisant ce genre d'observation ? Se croit-elle en sécurité, parce qu'ils ont été amis ? Au moins elle sait que les gens comme lui existent. Elle en savait probablement peu, car elle aurait refusé de le voir sinon, elle aurait identifié son nom.
Anton hochait donc la tête, sans plus de détails. Chasseur, qu'il était, serait jusqu'à sa mort. Il lui arrivait de se demander comment cette dernière se produirait. Il y a trois ans de cela, il pensait encore qu'il finirait vieillard, entouré de sa descendance, main dans la main avec Barbara. Il avait suffit de quelques vampires pour lui faire réviser sa copie. Quant à la morsure d'un lycan... Jamais il n'accepterait.

Puis c'est l'excès. Elle pouvait courber l'échine, il lui laissait une chance. A la place elle a choisi la provocation. Si encore elle n'avait faire que demander si il allait la tuer, cela pouvait se comprendre. Mais parler de ses « amis ». L'idiote ! Comment pouvait-elle parler sans savoir ? La fatigue jouait sur ses nerfs, il ne pouvait tolérer. Il jetait le mégot encore incandescent, il se rapprochait à grand pas, jusqu'à dominer la louve de sa hauteur. Pas le courage de sortir sa lame, pas quand ils sont humains.
Il tombait simplement à genoux face à elle, plaquait ses mains sur ses épaules, la renversait au sol pour l'observer longuement, droit dans le yeux, emprunt de déception, alliée à la mélancolie, imperceptible.


« Je ne suis pas un chien. Je ne rapporte pas mes proies. Et qui es-tu pour parler d'amis ? Les tiens sont-ils maintenant ta meute? »

Une certaine rage dans sa voix, la cruauté se mêlait à l'idée d'amitié. Elle avait tout ruinée, elle était la seule à blâmer pour leur situation actuelle. Il était fou à cette idée, alors plutôt que de la frapper à la tête, il se redressait, la gardait au sol, assis sur son buste et levait les yeux au ciel. Devait-il la tuer ? Il repensait aux créatures qu'il avait abattues, tout ce sang versé... Existait-il une exception à faire pour une fois?
Il se mettait à fixer Leo, droit dans les yeux, cherchait une réponse, la trace du mérite à garder la vie sauve. Le sang ! Il ne pouvait pas s'imagine lui trancher la gorge. Mais... Une idée germait, avec un mince sourire au coin de ses lèvres. Il ne pourrait jamais veiller sur tous les lycanthropes du monde, mais une ? Il y avait peut-être une chance, s'il y trouvait lui aussi contrepartie. Le sang des lycans, il était à même d'affaiblir le plus ancien des vampires.
Elle ne redeviendrait probablement pas l'amie qu'elle avait été, mais c'était la seule solution pour qu'il lui accorde encore une once de respect. Alors il sortait une seringue neuve de sa sacoche, ainsi qu'un aiguille stérile, qu'il assemblait sous les yeux de celle qui fut une amie.


« Je te propose un marché. Si tu connais l'existence des chasseurs, tu dois bien savoir à quoi sert cette seringue? »

Et par surprise, sans même attendre son autorisation, il plaque une main sur son biceps de violoniste, se sert de l'autre pour manipuler l'outil chirurgical, cherche la veine. Il a peu de temps, les loups se remettent vite...

   

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MessageSujet: Re: Ghost in the machine (w/Anton) Jeu 18 Juin - 21:40

Anton&Leo
Ghost in
the machine

L’intranquille.

 Tout est parti en fumée. Si vite. Si facilement. L’amitié comme les souvenirs, ne restent que l’amertume et la haine de l’autre. Dans ses yeux brille le défi, celui de venir lui planter le couteau dans les chairs et pourtant, celui de refuser de le faire. Dans ses yeux la sourde rancœur qui pulse entre ses veines, l’amertume de voir la bulle exploser. Tant d’efforts réduits à néant par l’imprudence et la cruauté d’un hasard mal fait. Les coïncidences dansant avec l’ignorance bornée.
Sans un mot, Anton confirme ses craintes, d’un hochement de tête qu’elle interprète comme dédaigneux. Elle énonçait l’évidence mais espérait secrètement une confirmation, le son de sa voix. N’est-elle donc plus rien à ses yeux, pas même digne de mériter une réponse orale ? Quelques mots d’un chasseur au monstre. Rien. Le silence qui frappe dans le creux des reins, la douleur sourde du vide. Intérieurement, Leo hurle, les insultes fusent et elle imagine sans difficulté le discours incendiaire qu’elle pourrait lui servir si elle en avait l’inconsciente bravoure. Mais non. Elle non plus, elle ne dit rien.
Si la louve n’a pas l’outrecuidance de se dresser fasse au chasseur, elle n’en reste pas moins farouche, insoumise. Le refus catégorique de se courber totalement sous la menace se lit sur ses traits fatigués, s’entend dans le grondement léger au fond de sa gorge.
Ses sens s’éveillent de nouveau et elle sent la colère rouler sur la peau, odeur enivrante, dents qui se dévoilent légèrement. Il avale les quelques mètres qui les séparent comme elle avale les proies sous la lumière de la Lune la plus ronde. La violoniste reste là, plantée. Les mains enserrant ses maigres genoux dans une poigne hésitante. Elle n’esquisse nul mouvement de fuite alors qu’il lui attrape les épaules et pourtant, ses lèvres laissent échapper un jappement de louveteau affolé.  Anton a la rage dans les yeux et les doigts. L’odeur qu’elle capte, les muscles qu’elle voit s’animer. La lueur dans le fond des pupilles.
▬ Je ne suis pas un chien. Je ne rapporte pas mes proies Lâche-t-il avec une colère mêlée de paradoxe qu’elle n’arrive pas à dénouer.
▬ J’suis pas un chien non plus. Qu’elle croit utile de cracher, comme ça, vague écho d’une conversation avec Brynjolf, alors que le reste phrase lui arrache un grognement haineux, sursaut de fierté qu’elle attrape au vol et qui la pousse à se débattre sous les jambes du chasseur. Et lui, qui était-il pour parler de meute ? Il la connaissait suffisamment pour savoir qu’elle n’était pas née louve, qu’il n’y avait pas plus partante qu’elle pour danser autour d’un feu un soir de pleine lune, sous une cascade de vodka. Elle n’avait rien demandé. Ni à lui, ni à la meute, ni aux puissances supérieures quelconques.
▬ Tu n’as aucune idée de ce dont tu parles, Anton le chasseur. Il y a son nom qui s’attarde sur sa langue et lui écorche les lèvres puis le terme de chasseur qui vient, naturellement. Comme si les deux étaient désormais indissociables, fusionnés dans un miasme de haine mutuelle, souvenirs amèrement oubliés, blessures jamais cicatrisées, chairs meurtries. Les images qui assaillent l’esprit, le sang sur la peau nue, les premières fois qui n’ont jamais été aussi cruelles. il ne sait pas, il ne sait rien Jon Snow. Et pourtant, il parle comme s’il avait conscience du mécanisme de la louve, comme si la meute était le passage admis, obligatoire, les amis que l’on se fait parce qu’ils sont semblables. Parce qu’ils saisissent la bête. Les réponses enflammées qui se pressent à ses lèvres et qu’elle retient pour ne pas envenimer la situation.
Son regard vissé dans celui d’Anton qui la fixe, Leo retient sa respiration. Son corps se tend de panique lorsqu’elle le voit se saisir d’un objet qu’elle pense être une arme et elle s’imagine déjà mourir, là, de suite. Se dit qu’elle regrette amèrement d’avoir tant de fois souhaité crever dans la forêt parce qu’il n’y a pas plus ridicule comme fin, plus inapproprié. L’héritière déchue retrouvée morte dans la boue. Par-fait. La louve s’apprête à hurler mais ses yeux tombent enfin sur la seringue qu’il assemble, la proposition naissante sur les lèvres du chasseur.
▬  Je te propose un marché. Si tu connais l'existence des chasseurs, tu dois bien savoir à quoi sert cette seringue? Elle voudrait du temps pour réfléchi ou secouer la tête et dire qu’elle s’en fiche complètement mais qu’elle accepte le marché quoi qu’il puisse faire avec son sang. Parce qu’elle n’a aucune envie de mourir de la main de quiconque. Plus maintenant. Plus depuis que la douleur de ses muscles s’est enfin calmée.
De surprise il lui attrape le bras et, mu par un instinct primaire, le corps de Leo se cambre, cherchant à échapper à l’emprise. Besoin de survivre, de reprendre le contrôle. Elle hurle, elle grogne, elle crache sur le chasseur et ses réflexes écartent la seringue de sa peau, plus par crainte que par refus.
Ses bras battent l’air et repoussent violemment l’homme perché sur son torse. Sitôt libérée de l’entrave, la louve se traine à l’écart, l’empressement teinté de peur irrationnelle, celle qui lui serre les tripes, qui lui retourne le cœur. Celle qui teinte ses prunelles d’ambre et dévoile des crocs qu’elle n’a plu.
La main sur sa poitrine, elle s’est redressée, collée à l’arbre le plus proche et tente de calmer les battements de son palpitant. Son regard d’animal affolé se fixe sur le chasseur et elle lui montre ses paumes ouvertes, par peur qu’il prenne son geste comme une provocation.
▬ Me tue pas. Elle murmure, elle implore. Le « pitié » qu’elle s’empêche de justesse de prononcer. Misérable sa silhouette, misérable comme sa condition. Ses doigts effleurent le bras dans lequel la seringue devrait se planter.   J’accepte ton marché, là. Peu importe les conditions, les conséquences, je m’en fiche. Me tue pas, c’est tout. Parce qu’après tout, il n’a jamais dit en quoi consistait le fameux marché. Mais tant qu’elle reste en vie, Leo, ça lui convient. Probablement.

hj;; Désoléééée du retard, n'hésite pas à me MP en cas de souci cyclops

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